Le saut en longueur. Planer le plus loin possible, franchir les obstacles, essentiellement mentaux. Le bac à sable dans lequel on atterrit. Sauter, c'est aussi tomber. Penchez-vous sur l'histoire de Fiona May. L'année dernière, à Edmonton, au Canada, elle a sauté 7,02 mètres. Un bond qui lui a offert le sacre mondial, puisque la Russe Tatyana Kotova a sauté un centimètre de moins. Parfois, victoire et défaite sont séparées d'un cheveu et d'un brin de hasard. Cette fois, la chance était du côté de May. C'était son tour car elle sait ce que terminer deuxième signifie, elle qui a dû se contenter de l'argent olympique à Atlanta (1996) et à Sydney (2002).
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Le saut en longueur. Planer le plus loin possible, franchir les obstacles, essentiellement mentaux. Le bac à sable dans lequel on atterrit. Sauter, c'est aussi tomber. Penchez-vous sur l'histoire de Fiona May. L'année dernière, à Edmonton, au Canada, elle a sauté 7,02 mètres. Un bond qui lui a offert le sacre mondial, puisque la Russe Tatyana Kotova a sauté un centimètre de moins. Parfois, victoire et défaite sont séparées d'un cheveu et d'un brin de hasard. Cette fois, la chance était du côté de May. C'était son tour car elle sait ce que terminer deuxième signifie, elle qui a dû se contenter de l'argent olympique à Atlanta (1996) et à Sydney (2002). Non qu'elle en ait été traumatisée. Terminer deuxième vous rend sympathique. Raymond Poulidor doit sa popularité à cette place. Fiona May n'a pas seulement sauté une distance énorme. Elle a réuni des continents et réconcilié des couleurs de peau. Sa vie est un modèle pour la société multiculturelle et permet de relativiser la nationalité. En 1967, ses parents ont quitté la Jamaïque, deux ans avant la naissance de Fiona. Son père est ingénieur, sa mère infirmière. Ils préfèrent l'exil, dans l'espoir d'un avenir plus souriant. Ils débarquent en Grande-Bretagne. La vie y est meilleure. Ils ont deux filles. Ils font leur bonhomme de chemin, via Slough, dans la banlieue londonienne, Chesterfield et Derby - là où Fiona, l'aînée, va entamer sa carrière d'athlète à l'âge de 13 ans. Elle est douée. En 1988, à Sudbury, au Canada déjà, elle est championne du monde Juniors de saut en longueur. Sa performance n'empêche pas son coeur de battre, lors de la soirée qui clôture le championnat, pour Gianni Iapichino, un perchiste italien dont l'histoire est trop belle pour être dédaignée. Il est le fils d'un architecte sicilien et d'une Américaine venue étudier l'histoire de l'art à Florence. C'est là qu'ils se sont connus avant de se marier aux Etats-Unis et de retourner en Italie avec un fils de deux ans. Retour à Gianni et Fiona, l'alliance du blanc et du noir. L'amour ne connaît pas de frontières. Alors que les familles et amis prédisaient une triste fin à leur amitié, les deux athlètes se sont mariés, en 1993. Ils quittent Derby pour Croci di Calenzano, un village à flanc de coteau, près de Florence. Adaptation à une nouvelle vie et Gianni, devient son entraîneur.: "Un jour pendant que je téléphonais, je me suis surprise à gesticuler. J'avais attrapé les manières italiennes", avoue-t-elle..Après les manières italiennes, elle a pris la nationalité de son époux mais cette étape fut plus amère. Elle s'entraînait à Formia, le camp d'entraînement de l'équipe nationale italienne, et elle a demandé une bourse à la Fédération anglaise d'athlétisme. Frank Dick lui a proposé 750 euros par mois. Fiona May a estimé que la nationalité britannique ne valait pas une telle aumône. Elle est devenue la première championne du monde italienne en 1995, à Göteborg. Les Britanniques ont pesté d'avoir perdu pareille perle tandis que les Italiens étaient séduits par la pantera nera (la panthère noire). Dans sa nouvelle patrie, Fiona May a des allures de diva. Sacrée championne du monde à Edmonton, elle a donc annoncé qu'elle s'octroyait une pause d'un an pour mettre au monde un bébé cet été. Elle a pleinement savouré cette année. "J'ai vécu autrement, selon un rythme différent. Au début, les changements de mon corps m'ont effrayée. J'avais peur de faire des faux mouvements. Après un certain temps, cette peur a fait place au plaisir. Je me sentais bien dans ma peau, relax, je savourais enfin des choses étrangères à l'athlétisme".Le tartan la séduira-t-il encore? Le dimanche, trois jours après la naissance de sa petite Larissa, elle a confirmé que le 21 juin 2003 elle serait présente lors de la finale de la Coupe d'Europe à Florence. Elle le jure: le travail lui manque. "J'ai envie de retrouver ce processus durant lequel on progresse, on s'améliore afin de réaliser une performance". Ben HerremansJamaïcaine, anglaise, italienne: la panthère noire n'a pas de frontières.