Un adieu en beauté, ça compte, bien que ça n'existe évidemment pas. Précisons notre pensée: il n'y a pas d'adieu sans tristesse. L'année dernière, Laurent Jalabert a eu le pompon. Avant même d'avoir l'occasion de tomber de son vélo, il est tombé d'une échelle. Dans son garage! Alors que ni le Poggio, le Mont Ventoux, le Col de la Madeleine ou l'Alpe-d'Huez ne sont parvenus à déstabiliser Jaja.
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Un adieu en beauté, ça compte, bien que ça n'existe évidemment pas. Précisons notre pensée: il n'y a pas d'adieu sans tristesse. L'année dernière, Laurent Jalabert a eu le pompon. Avant même d'avoir l'occasion de tomber de son vélo, il est tombé d'une échelle. Dans son garage! Alors que ni le Poggio, le Mont Ventoux, le Col de la Madeleine ou l'Alpe-d'Huez ne sont parvenus à déstabiliser Jaja. Augmentons le drame d'un degré: pourquoi donc escaladait-il cette échelle? Pour ranger des pneus de vélo. Véridique. Pareil coup de malchance est presque inconcevable. Trois vertèbres brisées. Et une carrière cycliste fichue? C'est ce qu'on croyait. Le timing était complètement erroné également. Même si, évidemment, il n'y a jamais de bon moment pour tomber de l'échelle de son garage. Juste avant le coup d'envoi de la saison 2001, d'abord. Il aurait pu cocher le Tour des Flandres, dans son agenda. Mais pour ça, il vaut mieux ne pas dégringoler d'une échelle à la mi-février... Par-dessus le marché, l'hiver précédent, Jalabert avait lié son destin à la toute jeune écurie danoise de Bjarne Riis, CSC-Worldonline. Après dix années au service des Espagnols d'Once, il voulait conférer une nouvelle orientation à sa carrière. Certes, celle-ci en était déjà à son automne mais qu'importe. Jalabert souhaitait se défaire de sa réputation de roi des courses de deuxième catégorie. Bon, d'accord, ça lui a rapporté gros. Longtemps, ses succès lui ont permis de trôner en tête du classement UCI. Mais depuis quelques années, Jalabert s'était fixé sur les inconvénients de cette image de vainqueur de petites courses à étapes. Elle occultait son réel talent de coureur. Car en fin de compte, son palmarès comporte des victoires de poids: Milan-Sanremo (1995), le Tour de Lombardie (1997), deux Flèches Wallonnes (1995, 1997), trois fois Paris-Nice (1955, 1996 et 1997), le Tour d'Espagne (1995), le championnat du monde contre-la-montre (1997). A l'heure actuelle, le nom de Laurent Jalabert est synonyme de 153 victoires. Combien d'autres en aurait-il remporté, s'il ne s'était fourvoyé en se focalisant sur le Tour de France? Hélas, il a écouté les voix qui s'élevaient, dans l'Hexagone, pour réclamer un vainqueur tricolore. Toutefois, ses compatriotes ne sont pas les seuls repsonsables: sa quatrième place au classement final du Tour de France 1995 (et son statut de vainqueur de la Vuelta) ont peut-être ravivé ses propres illusions. Par facilité peut-être, il a rejeté au fond de sa mémoire ce constat implacable: en huit participations au Tour, mise à part cette quatrième place, il a réalisé son meilleur résultat final en 1993 avec une 43e place. Il a été contraint à l'abandon dans la moitié des Tours auxquels il a participé. En d'autres termes, on peut conclure que Laurent Jalabert a gaspillé beaucoup d'énergie à cause de ses ambitions, déplacées, dans la Grande Boucle. Pourtant, ce fameux Tour de France est la principale raison de son passage chez CSC-Worldonline. Bjarne Riis ne s'était pas fourvoyé: avec Jalabert dans ses rangs, il ne pouvait rater une wild card. C'était sans compter avec cette chute de l'échelle du garage, évidemment. Jusqu'à présent, un mot a été passé sous silence: caractère. Sa fracture des vertèbres n'a pas arrêté Laurent Jalabert. Bon, il a dû suivre les premières classiques de son fauteuil mais il a effectué son retour peu avant le Tour de France, sauvant ainsi la wild card de son équipe. Puis, il y a eu le Tour: 19e au classement général. Deux victoires d'étapes, dont une historique le 14 juillet, le jour de la fête nationale française, ont eu plus de poids que ce classement. Pendant trois semaines, il a attaqué, sans relâche. Son esprit d'initiative lui a valu le maillot de la montagne. Vous vous rendez compte, un triomphe sur le terrain où il était toujours trop court avant! Ce n'était pas encore assez pour le chouchou de la France. Après un bon Tour, il a gagné la Clasica San Sebastian. Le titre mondial ne pouvait lui échapper mais Jalabert a raté le rendez-vous de Lisbonne. Des douleurs au dos et aux genoux l'ont mis hors-jeu. Quels sont les obligations de Laurent Jalabert en 2002? Ne plus se blesser bêtement, avant tout...Ben Herremans