Serait-elle redevenue une party-animal? Elle en donne un peu l'impression, avouons-le. Ces mots sont venus à la bouche de Paul Bergen quand Inge de Bruijn s'est présentée à lui en 1997. Son impression: trop molle, perdue pour la natation. De Bruijn avait alors 24 ans. Sa carrière sportive est en dents de scie. C'est d'autant plus regrettable qu'elle ne manque pas de talent. Au contraire, et elle a sans doute ça dans le sang. Sa jumelle Jakline, sa soeur aînée Yvette et son frère aîné Matthijn font ou ont fait partie de l'équipe nationale néerlandaise de water-polo. Elle-même a brillamment débuté, par des succès à l'EURO et au Mondial de 1992, des qualifications pour plusieurs finales aux Jeux Olympiques de Barcelone où, sans une intoxication alimentaire, elle aurait sans doute pu briguer le podium. ...

Serait-elle redevenue une party-animal? Elle en donne un peu l'impression, avouons-le. Ces mots sont venus à la bouche de Paul Bergen quand Inge de Bruijn s'est présentée à lui en 1997. Son impression: trop molle, perdue pour la natation. De Bruijn avait alors 24 ans. Sa carrière sportive est en dents de scie. C'est d'autant plus regrettable qu'elle ne manque pas de talent. Au contraire, et elle a sans doute ça dans le sang. Sa jumelle Jakline, sa soeur aînée Yvette et son frère aîné Matthijn font ou ont fait partie de l'équipe nationale néerlandaise de water-polo. Elle-même a brillamment débuté, par des succès à l'EURO et au Mondial de 1992, des qualifications pour plusieurs finales aux Jeux Olympiques de Barcelone où, sans une intoxication alimentaire, elle aurait sans doute pu briguer le podium. Fichue solitude du nageur, livré aux eaux, cette masse qui s'efface un instant devant le corps pour se refermer sur lui. Nager est un combat perdu. Il faut s'enfiler des longueurs, d'un côté à l'autre de la piscine, comme un métronome, sans la moindre distraction... Inge de Bruijn ne semble pas assez forte pour affronter cette torture quotidienne. "J'ai fait tout ce qui est interdit à un sportif de haut niveau". Elle a piétiné. Elle a obtenu sa sélection pour les Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 mais elle n'a pas pris part à ces J.O. Le sélectionneur, Ron Dekker, l'a écartée de l'équipe. Son entraîneur au PSV, Jacco Verhaeren, l'a bannie de sa piscine pour manque d'application. Elle a arrêté. Elle a finalement demandé son avis à un ami qui habite la Virginie et qui nage au club local. C'et là qu'intervient Paul Bergen. Inge de Bruijn n'avait jamais entendu parler de lui. C'est étrange car Bergen s'occupe de grandes nageuses depuis les Jeux de 1972. Il a certes délaissé les bassins un temps mais il est revenu à ses amours. Bergen et De Bruijn ont la même histoire. Après Barcelone, Bergen a eu l'impression d'être fini. "J'étais fatigué. Burned-out. J'avais fait le tour de la question". Il a entraîné des chevaux de course. "Les chevaux ne se plaignent jamais, et en plus, ils n'ont pas de parents embêtants". Les chevaux sont également plus athlétiques. "Mais fragiles. C'est à cause de ça qu'ils sont victimes du dopage". Dégoûté, Bergen est revenu à la natation.Paul Bergen et Inge de Bruijn ( Inky, comme il la surnomme): comment allaient-ils s'entendre, comment la molle jeune fille allait-elle s'accommoder du spécialiste du drill? Bergen : "Les nageurs doivent m'obéir. Depuis 30 ans, je suis le meilleur coach du monde. Je ne veux pas entendre de discussion sur le contenu des entraînements. C'est moi qui en décide, pas l'athlète". De Bruijn a donc dû s'y habituer, elle qui faisait tout ce qui était interdit à un sportif. "Mon programme est monotone: tous les jours la même chose. Lever à quatre heures et demie, nager jusqu'à sept heures, déjeuner, trottiner, relever ma messagerie électronique. L'après-midi, c'est la musculation puis, à cinq heures, un nouvel entraînement de deux heures et demie en piscine, parfois avec des chaussures, pour que ce soit plus dur".Puis l'entraîneur a introduit une nouvelle technique: la tête au-dessus des coudes. De Bruijn a refusé, Bergen n'a pas accepté son attitude. "Toutes les autres ont modifié leur technique. Il n'est pas possible que la meilleure du club conserve son style. Je l'ai placée devant un dilemme: change or go home". Elle a accepté de changer et elle en a été récompensés: elle a collectionné les titres européens et mondiaux, les médailles olympiques (trois d'or à Sydney) et, de fin mai à fin septembre 2000, elle a amélioré dix records du monde.Une telle progression était-elle normale? Elle a soulevé la suspicion. Doping ! Paul Bergen, qui avait renoncé au sport équestre à cause du dopage, l'a défendue: "S'entraîner, s'entraîner et encore s'entraîner. Je l'ai vu faire des choses incroyables, surtout hors de l'eau. D'une position assise, jambes écartées, grimper à une corde et redescendre 15 fois en une minute. Elle était capable d'aligner 16 séries. Inky a tout fait pour devenir la meilleure du monde". Peut-être a-t-elle cédé à la tentation de refaire tout ce qui est interdit. En mai, elle a rompu avec le Dream Team que Philips a formé après les Jeux de Sydney. Ne voulait-elle pas partager sa gloire avec son homologue masculin Pieter van den Hoogenband? Elle n'a donc pas participé à l'EURO berlinois. Elle affirme viser Barcelone 2003 (le Mondial) et les Jeux Olympiques d'Athènes (2004). Mais y arrivera-t-elle? Parviendra-t-elle à retrouver son ambition et sa discipline? Ben Herremans"J'ai fait tout ce qui est interdit à un sportif de haut niveau"