Atteindre l'élite a un inconvénient: on ne peut que redescendre. Un sportif de haut niveau a-t-il une vie après le sport? Prenez Boris Becker. A 34 ans, il est relativement jeune. Pourtant, dans une certaine mesure, il a déjà fait son temps. Il est probablement suffisamment intelligent pour l'avoir compris. L'Allemand a remporté trois fois Wimbledon. Au total, il a triomphé dans 49 tournois et six Grands Chelems. Il a mis fin à sa carrière en 1999, épuisé par des années de tennis de haut vol.
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Atteindre l'élite a un inconvénient: on ne peut que redescendre. Un sportif de haut niveau a-t-il une vie après le sport? Prenez Boris Becker. A 34 ans, il est relativement jeune. Pourtant, dans une certaine mesure, il a déjà fait son temps. Il est probablement suffisamment intelligent pour l'avoir compris. L'Allemand a remporté trois fois Wimbledon. Au total, il a triomphé dans 49 tournois et six Grands Chelems. Il a mis fin à sa carrière en 1999, épuisé par des années de tennis de haut vol. Vidé? Eh oui, le sport de ce niveau vous brûle rapidement. Il vous transforme en cendres. Becker a traversé une tourmente. Il a divorcé de Barbara, la mère de ses deux enfants, Noah Gabriel (huit ans) et Elias Balthasar (deux ans). Il s'en est suivi une bataille pour l'argent. Coût : 15 millions d'euros. Il a été impliqué dans des affaires louches, par exemple avec le mannequin russe Angela Ermakowa, avec lequel il s'est enfermé dans la lingerie d'un restaurant de luxe, à la recherche de quelques minutes d'intimité. Ce pas de côté a abouti à la naissance de la petite Anna, âgée maintenant de deux ans. L'affaire n'a pas été gratuite non plus: trois millions d'euros. Dans ses rapports avec le sexe opposé, Becker réalise plus de doubles fautes que d'aces. Il semble qu'il ait un vécu de l'amour plutôt particulier. La divulgation des lettres d'une ancienne amie, Andrea V., est éloquente. Becker s'y exprime constamment à la première personne du singulier, et il met systématiquement une majuscule à ich, (je). Il semble aussi que Becker soit tout aussi capricieux sur le plan financier. Le fisc allemand l'a joliment secoué. Officiellement, il vivait à Monaco, paradis fiscal, mais en fait, il continuait à résider très régulièrement à Munich-Bogenhausen, plus ou moins incognito, dans un appartement au nom de sa soeur, Sabine. "Une chambre spartiate avec un lit mais même pas de cuisine ni de frigo", se défend-il. Quoi qu'il en soit, puisqu'il résidait en Allemagne, il y était redevable de contributions. Becker a finalement admis sa culpabilité. "Ses regrets viennent avec sept ans de retard", l'a fustigé le procureur général, Manfred Wick. "A cette époque, ma carrière tennistique et l'amour m'accaparaient", s'est justifié Becker. Il a imploré la compréhension: cette enquête si longue aurait brisé son couple et aurait eu une influence sur sa décision de tourner le dos au tennis.Un big deal, a raisonné le juge. Le fait que Becker se soit acquitté de 3,1 millions d'euros d'arriérés, en deux tranches, et en toute hâte, ne l'a pas ému outre-mesure. Il a donc été confronté à la dure réalité de la vie. "On m'a traqué comme si j'étais auteur de crimes graves. Dire qu'ils voulaient me traîner en prison!" Son avocat, Klaus Volk, s'est insurgé contre une telle injustice. "Mon client doit être protégé de la société. Trois ans et demi de prison, ça signifie qu'il vivra à côté de criminels qui ont violé une femme dans un parc". Oui, évidemment, mais dérober 1,74 million d'euros au fisc allemand, de 1991 à 1993, ne relève pas précisément du petit larcin. Il n'est pas vraiment nécessaire de compatir non plus. Becker n'est quand même pas réduit à la mendicité. On estime sa fortune à une centaine de millions d'euros, sans compter ses trois imposants garages Mercedes, qui valent, ensemble, 15 millions. Mais le bonhomme a dû vendre sa villa munichoise, son entretien étant devenu trop onéreux. La faillite de son site internet Sportgate AG lui a fait perdre un million et demi. D'autres manoeuvres commerciales ont échoué: sa société de marketing, BBM, par exemple, se maintient difficilement hors de l'eau. New Food AG, une entreprise de produits bios dont il est actionnaire, a fait faillite. En plus, sa vie amoureuse est particulièrement coûteuse.Pour l'instant, il conserve quand même un bas de laine. Il ne le nie pas: "Mon compte en banque est moins bien approvisionné qu'avant mais je peux encore m'acheter à manger. En Allemagne, quatre millions de personnes sont au chômage. Leur cas est bien plus dramatique que le mien".Il a raison. Une question, toutefois: a-t-il encore un travail? Ben HerremansDans ses lettres d'amour, Becker écrivait toujours "ich" avec une majuscule