Il était arrivé à Sclessin par la petite porte. - Vous voulez des stars, vous aurez un joueur qui vient d'emmagasiner quelques belles rencontres sous le maillot de Lokeren. Tel était en 2004 le discours des dirigeants du Standard quand ils attirèrent Karel Geraerts, 22 ans à l'époque, médian capable de défendre et d'attaquer, formé à Bruges et révélé dans le pays de Waes.
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Il était arrivé à Sclessin par la petite porte. - Vous voulez des stars, vous aurez un joueur qui vient d'emmagasiner quelques belles rencontres sous le maillot de Lokeren. Tel était en 2004 le discours des dirigeants du Standard quand ils attirèrent Karel Geraerts, 22 ans à l'époque, médian capable de défendre et d'attaquer, formé à Bruges et révélé dans le pays de Waes. Pourtant, en deux ans, le Limbourgeois, résidant à Opgrimbie, à quelques encablures de Genk et de son Fenixstadion, a fait son trou parmi les galactiques du Standard. Il a forgé le respect d'un public, toujours accroché à ses souvenirs et aux fiers services rendus par d'autres Limbourgeois, à une époque plus glorieuse. Aux côtés d'artistes plus médiatiques, Geraerts s'est mué en porteur d'eau capable de débloquer une rencontre par un sens du but aiguisé et en garant d'une ligne de conduite qui pouvait mener les Rouches sur la plus haute marche du podium. Son appel ne fut pas compris par tout le monde et le Standard se ramassa aux pieds des marches. Point de festival de Cannes, ici. Juste un festival de bonnes intentions. Son cri du c£ur fut durement ressenti dans un vestiaire qui l'a lâché, au point de le pousser peut-être vers la sortie. En juin 2007, Geraerts sera en fin de contrat. Soit il resigne, soit il part. A moins qu'il ne preste tranquillement sa dernière année de contrat avant d'aller prêcher ailleurs les vertus du professionnalisme et de la combativité. Geraerts a marqué des points lors des trois dernières sorties des Diables, version René Vandereycken : " C'est un nouveau climat avec de nouveaux joueurs. Il fallait trouver un noyau type et c'est pour cette raison que l'entraîneur fédéral a essayé autant de joueurs. Je crois que maintenant il a ses noms et j'espère en faire partie. Avec Vandereycken, tout est bien clair. Il accorde beaucoup d'importance à la tactique mais son discours n'est pas du tout compliqué. Il connaît parfaitement tous les points forts et faibles de l'adversaire. Il nous dit où il faut laisser l'espace libre pour que l'adversaire s'engouffre où on le veut. Il nous dit de passer par le talon d'Achille de l'opposant, etc. Il explique facilement ce qu'il attend de nous. Et puis, on connaît quand même le football, hein ! On a montré qu'il y avait désormais un bloc sur le terrain. C'est ce qui constituait la force de la Belgique dans le passé et on travaille dans cette direction afin de retrouver nos fondamentaux. C'est vraiment ce qui nous manquait ces dernières années : un bloc. Car le talent n'a jamais fait défaut. Contre la Turquie, on a pu sentir les premiers effets de deux semaines passées ensemble. On a su revenir au score. Cela prouve qu'il y a du mental. A 0-2, on a senti que les gens commençaient à douter de nous mais on a réagi tout de suite. L'ambiance est présente dans le groupe et il y a un bon mixe entre la jeunesse et l'expérience, entre des leaders et des gens plus calmes, entre ceux qui courent et ceux qui dribblent. Moi, je pense avoir trouvé ma place. Il faut dire que c'est un régal de jouer aux côtés de Timmy Simons. On a vécu, dans le passé, dans le même club et cela marche bien entre nous ". Le décor est planté. Reste désormais à passer à la vitesse supérieure. Geraerts : " On a voulu privilégier l'organisation au Luxembourg et en Arabie Saoudite. On aurait bien voulu essayer de combiner en Slovaquie mais on a changé notre fusil d'épaule lorsque l'on a vu l'état de la pelouse. On a préféré assurer et rester bien organisé. Au Kazakhstan, on retrouvera ce type de terrain et d'ambiance. Tout n'est pas parfait et on doit encore peaufiner certains détails mais il vaut mieux commettre des erreurs maintenant qu'au mois d'août ". " C'est vrai que tout le monde a pu profiter de davantage de vacances mais je vais négocier une rallonge ( il sourit). Et puis, on ne peut pas parler de corvée quand on pense à la façon dont ce stage s'est déroulé. René Vandereycken se montre proche des joueurs tout en les laissant très libres. Et quand on joue aux cartes et qu'on discute avec des amis, on n'a pas vraiment l'impression de travailler ! ". " On finit deuxième. C'est bien mais quand tu analyses la compétition sur son ensemble, on aurait pu faire mieux. Anderlecht et Bruges n'évoluaient pas à leur niveau. C'était à nous d'en profiter. De plus, on ne finit pas la saison en beauté. On ressort des trois derniers matches avec une image négative. Je ne sais pas comment on peut expliquer le fait que nous ayons craqué si près du but. Je ne crois pas que cela soit la pression car nous disposions de suffisamment de joueurs expérimentés. Je ne vois pas d'explication. Je voudrais savoir ". " Ma saison ? Entre deux eaux. Je crois que physiquement, j'ai grandi. J'ai disputé 33 des 34 rencontres de championnat. J'ai acquis de l'expérience et je n'ai pas connu de blessures. Par contre, au niveau des buts, je n'ai pas eu le brin de chance que j'avais la saison passée. A Anderlecht, ma reprise aboutit sur la latte. L'année passée, le même tir finissait dedans. Cela s'explique par ma position davantage défensive. En un an, j'ai joué aux côtés de Christian Negouai, Mathieu Assou-Ekotto et Siranama Dembele. J'ai dû m'adapter à chacun. L'année passée, de janvier à mai, j'évoluais avec Assou-Ekotto. Notre duo n'a pas changé et c'est à cette période que j'ai inscrit six buts ". " Pour moi, c'est clair. A certains moments, on a manqué de combativité. Je l'ai dit assez. J'ai défendu mon opinion, notamment après notre piètre match à Roulers. Certains journalistes m'ont alors dit que Sergio Conçeicao était fâché contre moi. Ce n'est pas vrai ou alors, il ne me l'a pas dit. Je n'ai reçu aucun commentaire négatif suite à mes propos. Après Anderlecht et Roulers, j'ai parlé avec Jorge Costa, Eric Deflandre, Vedran Runje, Philippe Léonard et Conçeicao et ils étaient d'accord avec moi. Je n'ai pas eu peur de leur réaction. Si je suis quelqu'un qui respecte les anciens, je me devais aussi de dire mon avis car on venait de passer à côté de quelque chose de beau. Je ne suis pas du genre à parler beaucoup mais là, c'était trop. Pour que cela ne se reproduise plus, il va falloir montrer plus de rage de vaincre ". " C'est vrai, on a pris énormément de cartes mais on en a récolté beaucoup sur discussion. Si on retire ces avertissements, on voit que l'on ne commet pas tellement plus de fautes que les autres clubs. Personnellement, je peux admettre qu'on prenne des cartes sur tacles ou fautes. Cela arrive d'être en retard sur un ballon. Par contre, les autres cartes, je ne peux pas comprendre. Une fois, ça va mais trop, c'est trop ! Je trouve que l'on doit rester calme sur un terrain. S'emporter trop souvent, cela n'est pas très malin et cela nous a coûté des bêtes suspensions. Il faut dire que c'est aussi la spécificité du club qui veut cela. Bruges est plus calme, plus serein. Parfois, je me demande pourquoi on fait une montagne d'un tout petit truc à Liège. Moi, je reste calme. Pour m'énerver, il faut déjà se lever tôt. Et je trouve qu'il s'agit d'une qualité sur un terrain ". " Nous avions les éléments capables de répondre à ce jeu direct. Cependant, si on a évolué de la sorte, c'est surtout à cause de l'état de notre terrain. Sur une telle surface, tu ne peux pas jouer au football. Alors, on envoyait de longs ballons devant car c'était impossible de combiner en plus de deux touches de balle. Un faux rebond et on perdait le ballon. Cependant, on oublie que l'on a montré du beau football avant le mercato. Quand notre pelouse tenait le coup... Tout le monde nous reprochait d'amener le ballon, et donc le danger dans le rectangle adverse en disant - Les Standardmen, ils envoient le ballon devant et ils prient pour que cela tombe au bon endroit. Mais si c'était si facile, pourquoi les autres formations n'ont-elles pas agi de la sorte ? Développer ce type de football demande beaucoup d'énergie car cela va et vient sans cesse. Or, nous avions la capacité physique de partir à l'assaut et de revenir continuellement. Ce que peu d'équipes étaient capables de faire ". " Cela devient une généralité et c'est la façon de procéder au Standard : les vrais créatifs occupent les côtés. Mais il faut choisir : on ne peut pas avoir des artistes à tous les postes. Si la technique est sur les flancs, alors ce sera le travail au milieu. Il faut bien se rendre compte qu'on ne gagne pas un championnat qu'avec de la technique ". " Je pressentais son départ après ce qui s'était passé lors de la dernière rencontre, contre Gand. Je l'ai observé et j'ai vu qu'il n'était vraiment pas bien, déçu du comportement des gens. C'est dommage de dire adieu dans une ambiance de merde. Il mérite plus de respect pour son travail. On lui a reproché des erreurs tactiques mais il avait toujours un plan dans sa tête et on essayait de le mettre en application. Cependant, on a beau être le plus fort sur papier, ce qui compte, sur un terrain, c'est de gagner des duels. Ce n'est que quand tu as réussi à t'imposer dans les duels que tu peux commencer à penser à développer un schéma de jeu. Dominique D'Onofrio était respecté par tout le groupe. Il était le patron du vestiaire. Quand il avait quelque chose à dire à quelqu'un, il le disait devant tout le monde que ce soit moi, Vedran ou Sergio ". " Je ne le connais pas mais c'est agréable de le voir à la télévision. J'aime son style. C'est nécessaire d'avoir un entraîneur qui serre la vis sans oublier les moments de détente. Boskamp sait être dur en donnant une bonne frappe dans le dos et en racontant une bonne blague quand il le faut ". " Quand je suis arrivé au Standard, je n'aurais pas rêvé réaliser un tel parcours mais je pensais sincèrement que j'étais capable d'arracher une place de titulaire. Cela m'a demandé deux mois d'adaptation et puis c'était parti. J'ai acquis de la maturité mais je n'ai pas vraiment changé mon style de jeu. Je jouais déjà de la même façon à Lokeren et à Bruges. Je débute toujours tous mes matches avec cette mentalité de me donner à 100 %. J'adore évoluer à côté d'un autre médian défensif. Attaquer, défendre, mettre le pied pour empêcher de prendre un but, être présent dans le rectangle adverse au bon moment, voilà ce que j'essaie de faire. Il m'arrive d'avoir un jour sans. Alors, je ne me pose pas de questions et je me sacrifie pour l'équipe. Je travaille pour ceux qui savent faire la différence en prenant leur travail physique à ma charge. J'ai toujours fonctionné de la sorte et je me sens respecté dans ce rôle, que ce soit des joueurs ou des supporters. Tout le monde est conscient que travailler dans l'ombre est un rôle difficile. Je suis comme cela : je peux disputer mon pire match, si l'équipe gagne, je serai content ". Après être parti une semaine sous le soleil du Portugal, Geraerts a discuté avec la direction liégeoise de son avenir. Après une première réunion stérile, le dossier a été placé provisoirement au frigo. L'avis de Johan Boskamp qui apprécie beaucoup les qualités du Limbourgeois, pourrait peser dans la balance : " On a beaucoup parlé de ma future destination. On m'a annoncé à Genk, en Allemagne. Cela me fait plaisir que l'on me respecte ailleurs. Pour rester au Standard, il me faut un meilleur contrat et que l'on m'explique le projet sportif. L'arrivée de l'entraîneur constituait un bon signe. Le Standard doit désormais travailler à former une bonne équipe et s'il veut devenir champion, il doit renforcer le groupe pour rivaliser avec Anderlecht. Quelques joueurs importants sont sur le point de partir et il convient de les remplacer par des éléments du même acabit. Que ce soit des titulaires ou des remplaçants. Et puis, il manque aussi peut-être un peu d'intelligence et de mental. Car on doit se montrer capable de disputer chaque match comme celui à domicile contre Anderlecht. Cela doit servir de référence ". STÉPHANE VANDE VELDE