Nicolas Ouédec attend la trêve avec impatience. L'interruption lui permettra notamment de soigner une blessure qui n'en finit pas. Au départ, ce bobo prête à rire. Fracture du petit orteil. Rien de vraiment dramatique en somme. Pourtant, à l'usage, l'attaquant français se trouve paralysé: "Je ne pouvais imaginer tirer au but, je ressentais une vive douleur rien qu'en marchant".
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Nicolas Ouédec attend la trêve avec impatience. L'interruption lui permettra notamment de soigner une blessure qui n'en finit pas. Au départ, ce bobo prête à rire. Fracture du petit orteil. Rien de vraiment dramatique en somme. Pourtant, à l'usage, l'attaquant français se trouve paralysé: "Je ne pouvais imaginer tirer au but, je ressentais une vive douleur rien qu'en marchant".La calcification a mis tant de temps à s'opérer qu'un moment les médecins envisagèrent de poser une minuscule plaque métallique. Heureusement, il n'en sera rien. La guérison s'annonce. Au plan sportif, il s'agira pour l'ancien international français de rattraper le temps perdu. Des tourments moraux l'accablèrent. Son rayonnement sportif n'atteint pas la hauteur des espoirs placés en lui. On ne l'a guère vu durant le premier tour. Il le sait. Il l'admet. Du reste, l'homme n'est pas du genre à chercher des faux-fuyants.Votre arrivée en Belgique a surpris. D'autant que La Louvière ne fait pas partie du top. N'avez-vous pas pris un risque?Nicolas Ouédec: Je restais sur une année difficile à Montpellier. J'y étais en stand by. La descente de D1 en D2 n'a pas été appréciée par les dirigeants. Ils ne m'avaient plus en odeur de sainteté. Notez, je ne me trouvais pas seul dans le cas. Tous les anciens de Nantes, cinq au total, déploraient une position similaire. Une fois la résiliation de mon contrat opérée, j'attendais de voir s'ouvrir une porte de sortie. Arriva la proposition émanant de La Louvière. J'ai foncé. Vous n'aviez pas d'autre offre?Pas à ce moment. J'aurais pu attendre. Elles seraient venues, sûrement de pays plus ensoleillés que le vôtre. Je n'avais pas envie de gamberger. Je voulais jouer. Le plus vite possible. Retrouver un but. Une équipe. La joie.Le club louviérois vous était totalement inconnu pourtant.Et bien non! La présence de Daniel Leclercq a attiré les médias français. Il m'avait été donné de lire quelques articles. Ayant ainsi l'occasion de me façonner une idée convenable. De surcroît, je m'intéresse de près à tous les championnats européens. Y compris la compétition belge. Mon manager a organisé un test de deux jours. Lors de mon arrivée, j'ai fixé Daniel Leclercq bien en face dans les yeux et je lui ai demandé s'il souhaitait ma venue. Jean-Claude Verbist assistait à l'entretien. L'entraîneur a répondu par l'affirmative. Ne restait qu'à trouver un terrain d'entente au plan financier. Quoi que là ne se situait nullement l'essentiel."Je cherchais une bande de copains et je l'ai trouvée"Tout de même. Les salaires belges n'ont rien de comparables avec ceux d'application en France ou en Espagne.Non. Evidemment. Toutefois, nous sommes tombés d'accord très rapidement. Mon agent a posé mes conditions. Elles furent acceptées. J'ai consenti un effort. Car cet aspect ne représentait pas une priorité absolue. Je le répète: je voulais goûter au plaisir. D'ailleurs je n'ai participé personnellement à aucune conversation tournant autour de l'argent.Aviez-vous l'impression de recevoir une leçon d'humilité ou releviez-vous un défi?Je ne me suis pas posé la question. Nantes, Paris, l'Espanyol de Barcelone, même Montpellier présentent de solides références. Un passé. Une histoire. Quand bien même? On s'éclate autant à La Louvière. Une bande de copains, voilà précisément ce que je cherchais par-dessus tout. Petit club, grand club. Arrive un moment où cela ne veut plus dire grand-chose.Après six mois passés au Tivoli, pensez-vous toujours de cette manière?Absolument! La Belgique représente un pays de football. J'en suis certain. Quant à La Louvière, voilà un vrai centre qui vibre. Je vois des stades bien garnis et une équipe nationale qualifiée pour la sixième fois d'affilée, -c'est bien ça?- pour une Coupe du Monde. Pas mal! Bien sûr, il y aura toujours cette étiquette, "petit frère" de la France. Ce n'est pas propre au foot. L'image puise ses racines dans l'histoire. Je crois même savoir que des Belges nourrissent un projet de rattachement à la France.S'agit-il d'un plus d'évoluer dans la partie francophone?Je me sens chez moi ici. Comme en France. Du moins jusqu'au 30 septembre de cette année, quand les déclarations du président Gaone m'ont subitement fait sentir que je n'étais qu'un étranger! Je ne vais pas chercher à cacher qu'il y a un avant et un après 30 septembre. La pilule passe lentement. Dans une relation avec une femme, on a coutume de dire que les bons souvenirs s'effacent, laissant uniquement la place aux moins bons. Sans prétendre que j'ai eu une relation de couple avec le président Gaone, le cheminement risque d'être le même. Les images souriantes que je garderai de La Louvière, je dois me les fabriquer. C'est clair. Au début de ma carrière, un journaliste m'a demandé quelle trace je rêvais de laisser. Avant les qualités sportives et les statistiques, je souhaite que l'on retienne les atouts présentés par l'homme. Une empreinte au niveau humain. Malgré des hauts et des bas, je m'efforce de montrer que je suis honnête, correct. Normal que j'aspire à la réciproque, non?"Il n'y a pas de sentiment de revanche en moi"Avez-vous parlé de cela avec Monsieur Gaone?Oui. On s'est expliqué deux, trois jours après. Le feu restait brûlant. Avec des braises bien rouges. Depuis, non. Il a ses affaires à gérer. J'ai peu joué, donc nous nous sommes moins croisés au stade le jour des rencontres. Le président a sa conscience pour lui. J'ai la mienne pour moi. Après...Lui démontrer qu'il avait tort de dire que "les Français pouvaient tous partir", peut représenter un challenge. Lui prouver, pour son plus grand plaisir, qu'il avait tort.Prouver? A mon entraîneur, oui. Prouver qu'il a raison de me conserver sa confiance. Prouver que je mérite ma place sur le terrain. Prouver aux supporters que je vais me battre pour les Loups. Ça, oui. Etre animé d'une revanche quelconque, non. Les propos de Monsieur Gaone m'ont fait mal. Tant pis. Je pense à mon club, à mon coach, aux supporters, à ma famille. Point final.Pourquoi vous êtes-vous trouvé impliqué dans "l'affaire Leclercq" ?Bonne question. J'ignore. Etant donné que Daniel Leclercq demeure dans l'entourage louviérois, qu'il assiste à nos rencontres, j'espère, avoir, un jour l'occasion de lui en parler. Il n'y a rien de dérangeant à ce que nous allions prendre un café ensemble afin de vider notre sac. Je n'ai pas bien compris. Certains disent qu'il me voulait. D'autres qu'il s'opposait à ma venue. Franchement, je ne sais pas. Unique certitude, je suis à La Louvière. Sa dispute avec Gaone ne me regarde pas. D'autres ont réalisé un amalgame à cause de notre nationalité. Je peux juste témoigner du fait qu'il n'a jamais dérapé en ma présence, ou dans la presse à mon sujet. Qu'il ne soit plus là n'est pas mon problème. Je ne vois d'ailleurs pas l'utilité d'épiloguer."Je le sens bien ce deuxième tour"Parlons de l'avenir alors. Comment sentez-vous le deuxième tour?Bien. A condition de franchir l'écueil constitué par les dix premiers rendez-vous. Il n'y a pas de mystère: nous devons affronter les meilleurs. A l'instar de ce qui se produisit à l'aube de cette saison. Seule différence, nous recevrons Bruges, Genk, La Gantoise. Faut pas se planter.Cette fois, vous partirez avec un avantage. L'équipe tourne mieux et elle sait exactement à quoi s'attendre.Il convient également de reconnaître que l'arrivée d'Ariel Jacob a modifié la donne. Dans la situation que connaissions, il est l'homme tout indiqué pour redresser la barque. C'est pas quelqu'un qui parle énormément aux joueurs cependant, son langage juste, porte sur le groupe. Voilà pour l'aspect humain. Au niveau sportif, il a instauré un système défensif fiable. Apporté des réglages nous faisant défaut. Travaillé petit point par petit point en assemblant les pièces du puzzle. Bon, notre jeu n'a rien de flamboyant mais nous ne perdons plus. Ou de moins en moins. Derrière, nous sommes devenus solides. Auparavant le bastion s'effritait trop vite.Cette construction défensive doit-elle être appréhendée à la manière d'un gros oeuvre?C'est ça. Sans parler de la confiance. Travailler en semaine en sachant que l'on perd tous les week-ends sape le moral. Au point d'en oublier que la manière est séduisante. Plus les jours filent, plus l'attention se porte sur le classement. Seuls comptent les points. Il convenait de faire le dos rond. Laisser passer l'orage et arracher une unité ici et là. Avez-vous remarqué: nous avons arrêté les "soirées portes ouvertes" à la maison. Chez nous, on devient redoutables. Un redressement part de là! Je vous promets que les ténors n'auront pas la vie facile, au Tivoli. Il ne suffira pas de s'appeler Bruges ou Genk pour nous marcher sur la tête. A cette époque, le noyau aura récupéré Steev Yousfi, Onder Turaci, Benoit Thans. Et Ouédec! Ariel Jacob devra effectuer des choix. Ce sera tout profit pour un ensemble redevenu compétitif."Notre groupe a tout de même été harmonieux!"Cet ensemble, a-t-il été aussi gangrené que l'on a bien voulu le dire?J'ai connu bien pire! Par rapport aux angoisses, aux défaites se succédant, le groupe a vécu en harmonie. Sans heurts. Sans méchanceté. A aucun moment, le vestiaire n'a cessé de respirer. La presse a relaté des mensonges. Notamment à propos de soi-disant clans: les Français, les Flamands, les Wallons. De la blague! Je me suis accroché avec Manu Karagiannis à l'entraînement, on en a fait un plat. Mais ça arrive partout, des heurts de ce genre. Maintenant, Manu est l'un de mes meilleurs copains. Nous nous retrouvons tous les matins pour boire notre café ensemble. Nous discutons énormément. J'ai appris à connaître un chouette gars m'inspirant le respect. Vous m'autorisez une critique? Par rapport à la France ou à l'Espagne, oui, absolument, les journalistes courent sans cesse après la petite bête. Rare que vous n'expliquiez pas les défaites par un climat malsain dans le vestiaire. Faut arrêter! Vous cherchez trop à savoir des trucs n'ayant rien à voir avec le foot. Etonnant. Et petit. Je le dis parce que j'ai envie de le dire, ne vous vexez pas.D'accord. Toutefois il arrive qu'une formation, disposant d'atouts, se plante suite à un climat oppressant entre collègues.Je ne pourrais pas me regarder dans une glace si je sabotais la production d'un équipier. Etre victime de tels agissements m'est arrivé une seule et unique fois. Au Paris Saint-Germain avec Marco Simone. Lui a vraiment un mauvais esprit. Il a foutu le bordel dans le groupe en le divisant. D'ailleurs il vient de prouver une nouvelle fois sa déplorable mentalité en insultant Deschamps dans France Football. Votre interview de Missé Missé à coté des déclarations de Simone, c'est un poème! "Je me vois bien rester"Des jalousies peuvent naître à partir de diverses inégalités. Le montant de votre contrat, par exemple.Alors là, je m'en fous. Pas le moindre scrupule. Je n'ai mis de revolver sur la tempe de personne pour le faire signer. Je peux me regarder tous les matins sans sourciller. Et fixer le président ainsi que Roland Louf de la même manière. Eux par contre, je suis moins sûr.Votre bail se termine à l'issue de la compétition. Pourriez-vous envisager de poursuivre votre carrière en Belgique.Bien entendu. A La Louvière précisément. Pourquoi pas? Actuellement, je m'efforce de ne pas penser à l'avenir, vivant au jour le jour. Mon unique préoccupation concerne la remontée au classement. Mon image a été un peu ternie, je tiens à la restaurer. Les gens, les sympathisants, ne sont pas dupes. Ils ont compris. Les absents ont toujours tort, pourtant je reste convaincu que sans cette satanée blessure, j'aurais apporté beaucoup.Et si Ariel Jacob, fort des performances positives décidait de ne pas modifier ses batteries, vous laissait sur la touche. Quelle serait votre réaction ?Cela peut arriver. Dans tel cas, il convient de faire montre d'intelligence, de patience. Le rôle de chacun d'entre nous mène à une analyse objective. Simplement.Daniel Renard