Suite au forfait de Jonas De Roeck, Didier Dheedene (34 ans) a effectué son retour dans le championnat belge plus tôt que prévu. Après une saison à Munich 1860 et quatre années à l'Austria Vienne, l'ancien Diable a retrouvé son port d'attache.
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Suite au forfait de Jonas De Roeck, Didier Dheedene (34 ans) a effectué son retour dans le championnat belge plus tôt que prévu. Après une saison à Munich 1860 et quatre années à l'Austria Vienne, l'ancien Diable a retrouvé son port d'attache. Didier Dheedene : C'est vraiment un retour aux sources puisque j'ai été formé au Beerschot avant d'atterrir au Germinal Ekeren. Je n'ai pas hésité longtemps à signer. Je ne constituais pas la priorité. Le club manquait d'attaquants. En plus, le Germinal Beerschot ne pouvait répondre à mes souhaits financiers. J'ai mis de l'eau dans mon vin, d'autant qu'on m'a promis un poste ici au terme de ma carrière. Mon âge posait problème. On ne me proposait qu'un contrat d'un an. Je n'avais pas envie de déménager pour quelques mois. Nous possédons beaucoup de qualités techniques. Nous devons être plus dangereux devant le but et plus réalistes. Il ne faut pas faire la passe ou le dribble de trop. Un long ballon qui fait mouche a autant de valeur qu'un autre but. Non, le spectacle est important, surtout à domicile. Il ne faut pas jouer comme le Brussels contre nous. Sur papier, nous alignons deux avants mais on ne les voit guère. C'est typiquement belge. Nous avons de bons défenseurs, nous formons un bon bloc mais c'est peut-être ce qui nous prive de créativité. Il est difficile de trouver un équilibre car il ne faut pas non plus jouer contre sa nature. Ce qu'on me demande : diriger les jeunes, corriger ce qu'il faut. Je m'épanouis mieux dans l'axe mais je suis polyvalent. En cas de besoin, je peux jouer dans l'entrejeu ou sur le flanc gauche. En quatre ans, j'ai eu sept ou huit coaches avec des méthodes différentes... On s'entraîne très dur ici. Je n'étais pas habitué à deux longues séances quotidiennes mais j'apprécie l'approche de l'entraîneur. Il a raison de mettre l'accent sur le physique, surtout en début de semaine. Sans condition, comment réaliser une action ? Lors de mon premier match, au Brussels, je n'ai souffert de crampes que dans les cinq dernières minutes. Ce n'est pas trop mal pour quelqu'un qui n'a plus joué de match depuis quatre mois et ne s'entraîne que depuis une semaine et demie. J'ai toujours eu une bonne condition physique. Lors des tests physiques que l'Austria nous a fait passer en janvier dernier, j'étais le meilleur du groupe. C'est aussi pour cela que je ne voulais pas signer de contrat pour une seule saison : si je suis épargné par les blessures, je sais que je peux encore jouer longtemps. Je suis bien trop motivé pour lever le pied. Je n'ai jamais redouté le moindre problème de condition. A Ekeren, il m'avait fait progresser. Je l'ai retrouvé à Anderlecht, même si je n'étais pas son choix - c'était Davy Oyen. Il m'a appris à presser, à défendre plus vite. J'ai aussi travaillé avec lui en équipe nationale. Ce fut une belle expérience, même si nous ne nous sommes pas qualifiés pour un tournoi. Le revoilà ici comme directeur technique... Nous nous respectons mais nous n'avons jamais eu de contacts très étroits. Frank Stronach, l'argentier, était entouré de gens qui n'étaient pas nécessairement bien intentionnés. Ils touchaient un pourcentage sur les joueurs transférés ! Cela ne pouvait durer. Stronach a coupé le robinet, une dizaine de joueurs sont partis et l'Austria végète en bas de classement. C'est un club spécial. La victoire ne suffit pas : il faut du spectacle aussi, sinon l'entraîneur vole, quelle que soit sa réputation. Christoph Daum, Joachim Löw... Ce dernier n'est pas bon, à mes yeux, mais le voilà sélectionneur de l'Allemagne. Avec lui, nous passions notre temps à courir. Comme le groupe, je ne le trouvais pas terrible sur le plan tactique. Il ne nous parlait pas, il suivait ses idées. Or, il faut savoir comment un groupe vit. S'il y a quelques mécontents, il ne faut pas tout bouleverser mais si tout le monde demande une autre approche, c'est différent. J'ai réussi deux doublés et enlevé une troisième Coupe avec l'Austria mais Löw est le seul avec lequel nous n'avons rien remporté. C'est éloquent, surtout compte tenu de la qualité du noyau. Nous aurions dû être champions avec dix unités d'avance. La veille du match, nous allions systématiquement au vert et il nous tenait un discours de deux heures. Sur la vie. Comment puiser des forces grâce à la présence des autres, des trucs de ce genre. C'était intéressant au début mais à la longue... Il commençait vers neuf heures et demie du soir et certains s'endormaient. Comme le football allemand a plus d'argent, je pensais que tout y serait beaucoup plus professionnel. Au contraire. Nous n'entraînions pas la technique, les défenseurs étaient tout juste capables d'arrêter un ballon. C'était courir et encore courir. Sans plaisir... J'ai vécu là une période fantastique. La ville est magnifique, il s'y passe toujours quelque chose, il y en a pour tous les goûts. Le groupe était génial, surtout les deux dernières saisons. Pas comme à Anderlecht. Il y avait toujours ces problèmes entre Wallons et Flamands. Quand un Wallon ne jouait pas, la presse francophone se retournait contre nous et vice-versa. La langue n'a quand même rien à voir avec le football ? Si chacun y met du sien, il n'y a pas de problème. Je ne citerai pas de noms mais il y avait des caractères spéciaux et ces joueurs avaient leur mot à dire, en plus. Malgré tout, je me plaisais à Anderlecht. Nous avons récolté de jolis succès : des titres, une belle campagne en Ligue des Champions. J'y ai vécu les meilleures années de ma carrière. Peut-être ai-je encore progressé durant ma première saison à l'Austria puis je suis resté à un niveau constant. La régularité est mon principal atout. Je ne fais jamais de match exécrable. J'ai appris à me connaître en Autriche. Le football est ma vie. Je comprends Gert Verheyen quand il explique qu'il ne peut plus jouer en ayant mal et trouver la motivation nécessaire pour s'entraîner tous les jours. Mais j'y trouve toujours plaisir. Mon père était concierge d'un complexe sportif, je passais mon temps avec un ballon. Quand je n'obtiendrai plus le niveau requis, je me rabattrai peut-être sur une division inférieure car j'aime trop jouer pour renoncer. J'occuperai ensuite une fonction ici. Oui, j'en connais la nature mais cela reste entre le président et moi pour le moment. Je veux me concentrer à fond. Je ne suis pas pré-pensionné. ROEL VAN DEN BROECK