Le mur de son bureau est barré par une immense photo du port d'Anvers. Aimé Anthuenis (63 ans) a jeté son ancre dans la Métropole et il est très actif dans son rôle de directeur technique du Germinal Beerschot. Le stade est niché dans la rue des Athlètes, souvenir des Jeux Olympiques qui s'y déroulèrent en 1920, mais le Kiel a surtout été une terre d'artistes qui y ont trouvé l'inspiration comme ces célèbres peintres impressionnés par l'atmosphère régnant à Collioure, petite perle française des Pyrénées orientales. Le Germinal Beerschot a aussi ses Pablo Picasso et Henri Matisse qui Anvers, s'appellent Rik Coppens ou Juan Lozano. Ce club a retrouvé son énergie d'antan en fusionnant avec Germinal Ekeren (1999). Et, petit à petit, le football anversois regarde l'avenir avec une nouvelle confiance. Cette saison aura été celle du grand envol de François Sterchele mais ce n'est pas la seule satisfaction au Kiel.
...

Le mur de son bureau est barré par une immense photo du port d'Anvers. Aimé Anthuenis (63 ans) a jeté son ancre dans la Métropole et il est très actif dans son rôle de directeur technique du Germinal Beerschot. Le stade est niché dans la rue des Athlètes, souvenir des Jeux Olympiques qui s'y déroulèrent en 1920, mais le Kiel a surtout été une terre d'artistes qui y ont trouvé l'inspiration comme ces célèbres peintres impressionnés par l'atmosphère régnant à Collioure, petite perle française des Pyrénées orientales. Le Germinal Beerschot a aussi ses Pablo Picasso et Henri Matisse qui Anvers, s'appellent Rik Coppens ou Juan Lozano. Ce club a retrouvé son énergie d'antan en fusionnant avec Germinal Ekeren (1999). Et, petit à petit, le football anversois regarde l'avenir avec une nouvelle confiance. Cette saison aura été celle du grand envol de François Sterchele mais ce n'est pas la seule satisfaction au Kiel. Aimé Anthuenis : J'ai été malade mais il ne fut jamais question de pépins cardiaques comme on l'a dit ou écrit. Le problème était d'une tout autre nature. A la fin de mon passage à la tête de l'équipe nationale, j'avais décidé de réorienter mes activités dans le monde du football. Je m'étais préparé à embrasser le métier de directeur sportif d'une équipe de D1. Lokeren fut le premier club qui s'intéressa à moi pour ce job. Je connais la région et, de plus, j'y ai joué et coaché tant les jeunes que l'équipe Première. Lokeren était intéressé par mon vécu. Mais une personne occupait cette fonction au Daknam : Willy Verhoost. Je ne voulais pas prendre sa place et, plus tard, Lokeren me proposa autre chose. Slavo Muslin avait quitté le club et j'ai été sollicité afin de le remplacer. Je ne pensais pas me retrouver sur un terrain mais j'ai finalement accepté. J'ai décidé moi-même et je me suis vite rendu compte que quelque chose clochait. Je n'étais pas prêt. Je ne parvenais plus à relativiser les choses. J'étais stressé, énervé, fatigué par les blessures qui minaient le noyau. Je ne le savais pas encore mais le ressort était cassé. J'avais mal à la tête, j'étais surpris par des palpitations cardiaques. La lassitude était énorme mais la cause de tout cela n'était pas physique. Tout à fait. Le burn-out semble survenir tout d'un coup, pourtant il est le fruit d'une tension continue qui mène lentement vers l'épuisement. Au bout du compte, on a parfois rendez-vous avec la dépression. Quand on l'habitude de franchir une difficulté, on la corse avec la certitude que cela ira comme d'habitude. Mais quand tout se bloque, c'est la plongée. Personne n'est à l'abri de ce syndrome, surtout pas les jeunes qui doivent assumer des exigences de plus en plus poussées. Je songe là aux footballeurs qui sont dans l'obligation de forger leur palmarès dans des délais de plus en plus courts. C'est désormais une maladie professionnelle. Mes troubles psychosomatiques s'expliquaient évidemment par plus de 25 ans de stress. Mon médecin a confirmé ce que j'avais assez vite soupçonné : j'étais brisé par le burn-out. C'était mental, pas physique. Epuisé, je n'étais plus capable de faire quoi que ce soit. Sachant tout cela, le docteur m'a imposé des tas d'examens dont celui de mon c£ur. On en a déduit que je souffrais de problèmes cardiaques. C'était totalement faux. Il y a eu une erreur d'interprétation. Mon médecin me conseilla de prendre du recul par rapport au football durant une période de deux mois. C'était dur mais il est peut-être bon de vivre cela : je savais ce qui arrivait. J'ai réfléchi, je me suis fixé des limites. Après cette période de repos, j'étais un autre homme, frais, prêt à accepter de nouveaux défis. Le mental avait retrouvé toute sa fraîcheur. Notre club a alterné les beaux succès et des défaites évitables. L'équipe a dès lors été irrégulière même si elle peut créditée d'une saison convenable. Comme d'autres effectifs de D1, le nôtre a subi pas mal d'oscillations. Anderlecht et le Standard, entre autres, ont perdu les trois quarts de leurs éléments en deux ou trois ans. C'est énorme et le Germinal Beerschot n'échappe à cette tendance générale avec des départs importants (Mario Cvitanovic, Marc Hendrikx, Mohamed Messoudi, Tosin Dosumnu, Wim De Decker) et des arrivées de tous les horizons : les Argentins Daniel Quinteros, Hernan Losada, Victor Fugueroa, Augusto Colman et Patricio Gonzalez ; Justice Wamfor, François Sterchele. La touche argentine a été visible et ceux qui sont restés après le mercato d'hiver (Colman, Losada rejoint ensuite par Vicente Monje) ont apporté leur savoir-faire. Ils constituent un plus. Leur capital technique est évident mais il y a aussi leur mentalité exemplaire. Quand le coach les installe sur le banc, cela ne pose pas de problème. Losada s'exprime couramment en néerlandais et cela situe bien son désir d'intégration dans le groupe. Il ne m'étonnerait pas que ces deux joueurs attirent le regard de grands clubs. Nos spectateurs apprécient le jeu technique. Il en a toujours été ainsi et les supporters anversois, tellement humoristiques, ont souvent admiré les artistes comme Rik Coppens et Juan Lozano. Le Germinal Beerschot dispose d'un registre technique de qualité. Garder la balle n'est pas un problème. Mais, et c'est le revers de la médaille, le football moderne exige une rapide reconversion offensive. Or, chez nous, des joueurs comme Colman, Daniel Cruz ou Jürgen Cavens, entre autres, veulent la balle dans les pieds. Quand il faut se manifester en profondeur, Sterchele semble parfois un peu seul sur son île. Les lignes sont trop distantes et les médians trop loin de l'attaquant de pointe. Personne ne peut dire où son talent le mènera. Le Germinal Beerschot avait pris des risques financiers en été dernier afin de l'engager. Dosumnu était parti à Nancy et Sterchele avait le profil indiqué pour le remplacer. Il a réussi mais personne n'était certain qu'il confirmerait à ce point ce qu'on pensait de lui. Le club a investi plus ou moins 750.000 euros pour réaliser ce transfert. A notre échelle, c'est tout à fait considérable. François construit patiemment sa carrière : Loncin, Liège, La Calamine, Oud-Heverlee Louvain, Charleroi, Germinal Beerschot. Cette sagesse est la meilleure façon d'atteindre ses objectifs. Il a encore une marge de progression énorme. Nous avons été étonnés par cette forte croissance. En huit mois, cette évolution est impressionnante. Sterchele est un buteur mais il a d'autres atouts : la vitesse, un excellent physique, un désir de bien lier le jeu technique avec ses médians, recule bien sur le terrain, reste calme dans le rectangle et le gardien adverses, une grinta qui fait la différence. Il marque mais son aisance technique l'autorise aussi à délivrer des passes décisives. Mentalement, François est très solide et quand cela n'a pas été, il tourne vite la page. A l'entraînement, où on voit même plus qu'en match, son potentiel a vite été évident. Son contrat le lie au Germinal Beerschot jusqu'en 2010. Certains le pistent mais nous n'avons pas reçu d'offres concrètes. Non, même pas d'Anderlecht. Des clubs hollandais le connaissent. Charlton, le club anglais avec qui nous collaborons, aussi mais tout cela ne veut rien dire. L'intention de base est de le conserver et de ne pas secouer l'effectif. La donne changera quand un grand club se lancera dans la bagarre. J'ai connu cela à Anderlecht. Quand Dortmund a présenté 12,5 millions d'euros pour Jan Koller, il est parti. D'autres ont suivi : Didier Dheedene, qui lui était libre, et Bart Goor. Même Tomasz Radzinski a été transféré. Anderlecht ne pouvait pas lui offrir un salaire anglais. Il aurait été inhumain de le retenir et Tomasz est désormais un homme riche. Pour Sterchele, il en ira de même et tout dépendra de l'offre et de la demande. Ici, il a fallu compter ses sous il y a quelques années et Genk a acquis pas mal de joueurs au Kiel : Paul Kpaka, Jan Moons, Wesley Sonck, Moumouni Dagano, etc. Bien revendus, certains ont rapporté gros. Le Germinal Beerschot doit devenir un autre Genk, garder ses vedettes et les vendre au bon moment. Oh, je ne sais pas. Chacun s'adapte à son noyau et Van Veldhoven l'a bien fait au Cercle Bruges et dans ses clubs précédents. Cette fin de collaboration avec Brys ne met pas ses qualités en doute. Il termine son contrat et la direction estime que le temps est venu de vivre autre chose, c'est aussi simple que cela. En D1, on voit de bonnes choses. J'ai été séduit par le sérieux de Gand (qui a réalisé de bons transferts, surtout Adekanmi Olufade), les progrès de Charleroi (bon travail de Jacky Mathijssen), le brillant retour du Standard de Michel Preud'homme : cela tranche par rapport aux soucis du Club Bruges. Il n'y a pas de petit titre ou de champion moral. Celui qui gagne le mérite et le reste est du vent. Genk a tonifié la saison avec ses jeunes, ses gars du cru, etc. Anderlecht a été critiqué. A tort. Je comprends Frankie Vercauteren. Il veut que le talent soit rentable et collectif. La critique est facile. En 2001, la presse m'a attaqué car on jouait trop long. Faux : ce groupe a battu des grands (Real, Porto etc.) et a failli franchir le cap du deuxième tour. C'était une bande formidable avec de la taille, de la technique, de la vitesse. L'ambiance était extra : on a fêté le Soulier d'Or de Lorenzo Staelens comme cela ne s'est jamais vu. Mais quelques jours plus tard, le groupe mettait les choses au point sur le terrain. On n'en connaîtra jamais les limites. Avec un ou deux renforts, il aurait été très loin. Si Aruna Dindane n'avait pas eu de problèmes dorsaux et que Nenad Jestrovic ne s'était pas fracturé la cheville, tout aurait été plus facile. De toute façon, quand une équipe joue bien, d'autres y trouvent des bijoux. L'équipe de 2001 était nettement plus forte que la présente. Non, ce n'est pas aussi simple que cela. René Vandereycken a le même problème que moi : l'absence d'attaquants valides. Il y a de moins en moins de buteurs belges en D1. Si Emile Mpenza est là (ses blessures m'ont souvent privé de ses services), tout sera plus facile pour René. Emile peut apporter de la profondeur contre le Portugal et en Finlande. Les plus forts sont appelés à disputer ces matches et les meilleurs Espoirs doivent prendre part à l'Euro des -21 ans même s'ils ont joué avec les Diables Rouges. Tout à fait. J'organise mon agenda comme je le veux. Je suis l'intermédiaire entre le groupe ou le staff et la direction. Il faut chercher le talent, voyager, étudier, etc. Il y a du stress mais pas comparable à celui des coaches sur le banc. A Lokeren, j'ai déniché du talent en D2. Et j'étais plus qu'un coach à Genk où j'ai lancé ou relancé des joueurs : Souleymane Oularé, Branko Strupar, Davy Oyen, Hendrikx, etc. Je connais le monde du football belge, j'ai vécu pas mal de choses avec mes différents clubs, j'ai coaché l'équipe nationale et j'ai des relations : je mets tout cela au service du Germinal Beerschot. (*) Manifestation d'une nouvelle maladie " moderne ", le burn-out est un épuisement professionnel dont le psychanalyste américain, Herbert J. Freudenberger, parla le premier en affirmant que c'était un " incendie intérieur " laissant les gens vidés intérieurement mais d'apparence intacts...par pierre bilic - photo : reporters/beddegenoodts