Pesant 76kg, le footballeur professionnel européen moyen mesurerait 1m82. D'où mon interrogation : combien faut-il ajouter de centimètres pour pouvoir revendiquer le label de pivot, et qu'est-ce qu'un pivot ? D'abord, c'est un terme que le foot a piqué au basket, et bien plus tard que quand j'étais môme : en 1971, à Lisbonne, quand Raymond Goethals a pour une fois sélectionné devant Christian Piot la tour, le grand ogre que fut André Stassart, c'était pour contrer dans le ciel un escogriffe nommé José Torrès, comparse axial d'Eusebio, qui avait tout du pivot sans qu'on utilise déjà le mot... Autres prototypes d'hier à pareil poste, pour faire plaisir aux vieux comme moi ? Allez, deux cadeaux : John Toshack, le Gallois de Liverpool aut...

Pesant 76kg, le footballeur professionnel européen moyen mesurerait 1m82. D'où mon interrogation : combien faut-il ajouter de centimètres pour pouvoir revendiquer le label de pivot, et qu'est-ce qu'un pivot ? D'abord, c'est un terme que le foot a piqué au basket, et bien plus tard que quand j'étais môme : en 1971, à Lisbonne, quand Raymond Goethals a pour une fois sélectionné devant Christian Piot la tour, le grand ogre que fut André Stassart, c'était pour contrer dans le ciel un escogriffe nommé José Torrès, comparse axial d'Eusebio, qui avait tout du pivot sans qu'on utilise déjà le mot... Autres prototypes d'hier à pareil poste, pour faire plaisir aux vieux comme moi ? Allez, deux cadeaux : John Toshack, le Gallois de Liverpool autour duquel virevoltait Kevin Keegan. Ou Horst Hrubesch, qui a crucifié les Diables, mais bien servi les Rouches ! Un pivot se doit de rester aux avant-postes, dos au but adverse pour que ses potes s'appuient sur lui, dans l'axe pour dévier vers eux les ballons aériens. Cela implique qu'à moins d'avoir des pieds comme des trampolines, tutoyer le mètre 90 est une des deux obligations, l'autre étant de pouvoir régulièrement faire preuve d'opportunisme : un pivot donneur d'assists mais incapable de buter ne restera pivot titulaire qu'éphémèrement ! A quoi s'ajoute un... défaut nécessaire pour mériter le label : ne pas être une flèche, manquer de mobilité, de dribble en course. Un pivot n'est pas un attaquant complet, c'est même par définition un attaquant incomplet. Malgré ses 195cm, un Zlatan Ibrahimovic ne sera jamais défini comme pivot : trop de qualités ! Le pivot, si on l'utilise (et ce n'est pas toujours le cas), est le poste du champ le plus spécifique : il n'est guère déplaçable dans le jeu, et on n'en utilise quasi jamais deux de concert. Sauf dans de rares fins de match, où la tactique est celle du balancer-en-désespoir-de-cause. Ainsi, quand un noyau dispose de deux pivots, l'un est concurrent ou doublure de l'autre, presque aussi inéluctablement que deux gardiens de but ! Ce qui m'amène à David Pollet, qui épata la galerie à Charleroi, mais en reléguant aux oubliettes Giuseppe Rossini, à la morphologie similaire, à la recherche actuellement d'une nouvelle vie à l'OHL. Ça a amené Pollet à Anderlecht, il ne s'y est pas imposé mais il eut raison de tenter l'aventure, les Mauves ne disposaient plus de pareil profil depuis le départ de Tom De Sutter. Par contre, David s'est cru Goliath en optant pour La Gantoise en juin dernier... alors que les Gantois avaient annoncé trois mois plus tôt l'arrivée de Laurent Depoitre pour 2014/15. Depoitre a mangé Pollet comme Pollet avait mangé Rossini : que Depoitre se le tienne pour dit le jour où Ivan De Witte engagera Niklas Bendtner qui fait banquette à Wolfsbourg... parce que Bas Dost est mieux qu'un simple pivot ! Aligner deux pivots en front d'attaque et sur le long terme, ça frôle l'utopie. Si Jan Koller avait été associé à John Van Loen, il se serait lui aussi mué en réverbère. Nikola Zigic (2m02) et Peter Crouch (2m03) n'évolueront jamais dans le même onze. Et si Daniel Van Buyten sort de sa retraite pour réaliser sur le tard ce joli rêve de jouer devant pour péter plein de buts, qu'il évite le FC Malines... où évolue un certain Dalibor Veselinovic. C'est une règle, existe donc une exception. Ma mémoire ne peut en avancer qu'une ! Saison 1978/79. Champion de Belgique pour la première fois : le SK Beveren. Jean-Marie Pfaff dans les buts, et un 4-4-2. Le maestro s'appelait Heinz Schönberger, mais je ne vous les cite pas tous. Je rappelle seulement qu' Albert Cluytens pistonnait à droite, que Jean Janssens faisait de même à gauche tout en mettant des buts. Et surtout, que les deux attaquants axiaux étaient les deux géants de l'équipe : ils avaient pour noms Erwin Albert et Bob Stevens (les plus grands parmi ces Beverenois debout sur la photo), on les appelait l'Allemand et l'ingénieur ! C'était peut-être deux réverbères, mais c'était lumineux. Albert et Stevens étaient peut-être deux réverbères. Mais c'était lumineux !