Lundi 23 juin

Aujourd'hui, nous avons fait la connaissance de Jorge Luis Pinto, le charmant sélectionneur colombien du Costa Rica. La veille du match contre l'Angleterre, il vient expliquer comment il a accompli ce miracle : se qualifier alors qu'il était versé dans la poule de trois anciens champions du monde. Il rappelle qu'il a disputé de nombreux matches et que ses footballeurs sont intelligents, qu'ils exécutent parfaitement ce qu'il leur demande.
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Aujourd'hui, nous avons fait la connaissance de Jorge Luis Pinto, le charmant sélectionneur colombien du Costa Rica. La veille du match contre l'Angleterre, il vient expliquer comment il a accompli ce miracle : se qualifier alors qu'il était versé dans la poule de trois anciens champions du monde. Il rappelle qu'il a disputé de nombreux matches et que ses footballeurs sont intelligents, qu'ils exécutent parfaitement ce qu'il leur demande. L'intelligence qui permet de gagner un match, les tabloïds anglais ne peuvent pas laisser passer ça. Monsieur Pinto trouve- t-il que les footballeurs anglais n'ont pas été assez intelligents pour mener à bien leur tâche ? Car l'Angleterre est éliminée... Pinto fait répéter la question, histoire de gagner du temps, puis il répond : " That is not a question for me ! "Peu après, il raconte une anecdote : il a acheté des billets à sa famille pour le huitième de finale contre... la Colombie, à Rio, partant du principe qu'il y serait en spectateur ou en tant que deuxième de son groupe. Il n'aurait osé rêver de la première place et d'un match à Recife. Ensuite, nous regardons Pays-Bas-Chili, agrémenté du commentaire de la radio néerlandaise. Le journaliste se demande qui sera le kamikaze du jour.C'est Leroy Fer. Qui est le meilleur buteur de tous les temps à un Mondial ? Klose ou Ronaldo ? Le quotidien sportif Lance analyse les quinze buts des deux joueurs. Intéressant. Saviez-vous que Klose a marqué tous ses buts du rectangle, en Coupe du Monde, et qu'il en a inscrit treize en une seule touche de balle ? Ronaldo y est parvenu à huit reprises. Les autres buts ont été marqués au terme de belles actions, bien plus belles que celles de l'Allemand. Klose a marqué trois buts du gauche, Ronaldo quatre. Celui-ci a également converti un penalty, contrairement à Klose. Mais le Brésilien était le roi du petit rectangle : il a marqué quatre buts de là, contre trois pour Klose. En revanche, Ronaldo n'a inscrit qu'un but de la tête, son point faible, alors que Klose en a réussi sept, dont ses cinq premiers dans une phase finale. Mais Klose n'a donc pas marqué de loin alors que Ronaldo y est parvenu à deux reprises. Poldercatenaccio, titre le Volkskrant après la victoire contre le Chili. Parfois, un mot suffit à tout résumer. Notre motel commence à ressembler à une prison. Des fenêtres sans chambres, les repas servis par un loquet. Un coup de sonnette confirme la livraison. Heureusement, nous ne devons pas attendre qu'un gardien nous laisse sortir une demi-heure par jour. La vie en prison doit être horrible. Costa Rica-Angleterre est superflu. Les supporters anglais sont les plus amusants. Ils profitent de la vue et après le coup de sifflet final, ils restent à leur place, agréablement ensoleillée, ce qui force les autorités à les faire sortir manu militari. De retour au motel, nous croisons un Argentin. Il essaie de vendre de la bière. Avec succès, les Anglais assoiffés se jettent dessus, même si elle est tiède. Il est à court de glace. C'est la crise en Argentine et le gouvernement limite l'importation de devises. Les Argentins qui voulaient assister au Mondial ont donc eu du mal à acheter des dollars, même sur le marché noir, où ils sont trop chers. Donc, il faut tirer son plan et essayer de gagner un peu d'argent. Le groupe vit en mobilhome, il achète de la bière à la supérette et la revend. L'argent permet d'acheter de l'essence. Les séminaristes du coin se débrouillent aussi. On ne peut se parquer en rue dans un rayon de deux kilomètres autour de Minerao. Une mine d'or pour ceux qui vivent dans le quartier, plutôt prospère. Ceux qui disposent d'un peu d'espaces les muent en parkings. Un restaurant met son parking à disposition : 16 euros par match. Certains demandent jusqu'à 30 euros et gagnent jusqu'à 350 euros par match. Belo Horizonte organise six matches, dont un du Brésil, peut-être deux s'il se qualifie pour les demi-finales... Faites vos comptes. Et donc, les séminaristes jouent le jeu. Mais ils ne demandent que 10 euros par place. Notre chauffeur de taxi confie : " Je n'aurais jamais imaginé qu'il y avait autant d'hôtels dans cette ville. J'en découvre de nouveaux tous les jours. " O Tempo, un quotidien de Belo Horizonte, publie les résultats d'une enquête effectuée auprès des supporters étrangers. Que pensent-ils de la ville ? Ce ne sont que clichés : les femmes sont belles, la bière délicieuse, l'organisation est bonne mais il y a des problèmes linguistiques. Deux Anglais en ont tellement marre qu'ils démolissent un taxi. La raison de leur frustration ? Le chauffeur ne comprenait pas leur anglais. Splendid isolation, Albion est une ancienne puissance mondiale... Place à un nouveau chapitre. Pour la dernière fois, nous découvrons une nouvelle ville. Recife, au nord-est. Deux heures de vol de Belo Horizonte, en direction de la côte. Ah, la plage... Encore que, vue de plus près... La plage voisine de notre petit hôtel est constellée d'énormes panneaux d'avertissements : attention aux requins ! C'est un exemple de plus de l'impact néfaste de l'homme sur la nature. Ici, comme nous l'explique une employée du service touristique, on pense que c'est lié à la construction du port de Suape, au sud de Recife. Jusque-là, le port était au centre de la ville et les récifs protégeaient les plages. Ce port est devenu trop étriqué et on en a donc bâti un nouveau au sud. Les travaux remontent aux années 80 mais le port n'a atteint le sommet de son rendement que dans la décennie suivante. Les attaques des requins coïncident avec le développement portuaire. Avant, on n'avait pas vu un seul prédateur des mers mais depuis, on a recensé plus de 40 incidents, dont une douzaine ont été mortels. Un sale coup pour la Venise du Brésil, point de ralliement de plusieurs rivières. Les biologistes affirment que les requins suivent les navires, attirés par les déchets qu'ils peuvent ainsi trouver dans la mer. En plus, il y a un banc de sable à environ un kilomètre de la côte, un endroit dont ils raffolent. Un surfeur est une proie facile. D'après les images diffusées par la télévision avant et après le match Argentine-Nigeria, Porto Alegre est littéralement assiégée. Quelque 80.000 Argentins, la plupart sans billet, essaient d'assister au match. Ça promet si jamais le Brésil devait jouer la finale contre l'Argentine, vu la rivalité qui oppose les deux nations. La Venise du nord-est fait honneur à son surnom. Il pleut à seaux le jour d'Amérique-Allemagne. Comme à Venise, les cours d'eau débordent et noient les rues. Les images sont apocalyptiques. Une femme s'est réfugiée sur un îlot de circulation, au milieu d'une rue muée en rivière. Des autos tombent en panne, on pousse des motos. Seuls les bus parviennent encore à passer. Aujourd'hui, la place Saint-Marc se trouve à Recife, Pernambuco. Le bus met trois heures pour franchir 25 kilomètres. Nous ratons de peu le coup d'envoi du match. Mais la pelouse ? En parfait état. Fameux travail des Brésiliens. Le Ghana fait parler de lui mais pas en bien. Il est battu par le Portugal et renvoie deux joueurs à la maison. L'enjeu de la dispute ? L'argent et la crainte que les primes ne soient pas payées. Pour tenter d'apaiser les esprits, le gouvernement envoie 2,2 millions d'euros en liquide par avion. Trop tard. La FIFA était prête à verser de l'argent aux joueurs, quitte à le retenir sur la somme qui reviendrait au Ghana à l'issue du tournoi. Trop tard aussi. Le Cameroun a déjà eu des problèmes avant même le début du tournoi. Dans une première réaction, la FIFA a déclaré vouloir connaître les accords pris avec les joueurs avant le tournoi, afin de pouvoir intervenir à temps. L'exemple du Ghana fait école. Le lendemain de sa qualification, le Nigeria refuse de s'entraîner. A cause des primes... Pep Guardiola assiste à Argentine-Nigeria à Porto Alegre puis il met le cap sur Buenos Aires, où il est invité par des managers à analyser la Copa au Luna Park, une salle de concerts. Tata Martino, l'ancien entraîneur, est également présent. Nous retenons ce passage de son discours : " Parfois, les jeunes entraîneurs doivent écouter les anciens. Ceux-ci disent toujours que les meilleurs joueurs doivent entrer le plus souvent possible au contact du ballon. En jouant donc dans l'axe. C'est pour ça que Messi joue davantage au centre et pas sur le flanc. " Wilmots pourrait peut-être s'en inspirer, histoire d'améliorer le rendement d'Eden Hazard... On a marqué 136 buts au premier tour, le plus grand nombre depuis 1998 et l'élargissement du tournoi à 32 nations. On le doit peut-être un peu à Guardiola et à son audace ? Les joueurs du Nigeria reçoivent un coup de fil. Le président est en ligne. Goodluck Jonathan leur promet de l'argent. Le soleil est revenu sur Recife, qui affiche un tout autre visage. Le Mondial s'accorde un jour de repos, le premier sans football depuis le 12 juin. Il faut s'y faire. Les supporters envahissent les plages. Nous apercevons des Allemands, beaucoup d'Américains et les premiers Costaricains ainsi que quelques Russes et même un Marocain qui porte fièrement le maillot du Raja Casablanca. C'est... un journaliste. Là, la neutralité n'est pas de mise. Les services de nettoyage s'affairent dans notre quartier, la mondaine Boa Viagem. Ils ne manquent pas de travail, après les pluies torrentielles de la veille. Normalement, il tombe 3,8 litres d'eau par mètre carré durant le mois de juin. Un tiers de cette quantité s'est abattue sur la ville en 24 heures. Les journaux regorgent de récits sur la catastrophe. La maison de la réceptionniste de notre hôtel a été complètement submergée. Elle est contente que la presse internationale en parle. En juin et juillet, Recife est souvent inondée mais nul ne s'en soucie et les autorités locales ne renouvellent pas les canalisations. Maintenant, elles vont peut-être s'y mettre. Elle espère que les prochaines élections vont changer les choses. La FIFA effectue le bilan des 48 premiers matches. Une moyenne de 2,83 buts par match, c'est spectaculaire. La meilleure défense : la Belgique - avec le Costa Rica et le Mexique. La meilleure attaque : les Pays-Bas. Le Cameroun n'a pas fait bonne impression : un but pour, neuf contre. L'assistance est de 2.454.377, soit 51.132 personnes par match. Si vous voulez parier, un conseil : onze matches se sont terminés sur le score de 2-1. Ah, ceci encore : la Belgique est l'équipe qui a le moins voyagé : 698 kilomètres au total. Les Américains, eux, détiennent le record avec 5.609 kilomètres en avion, de leur base à Sao Paulo vers Manaus, Natal et Recife. Pour la première fois depuis 1982, le ramadan a lieu pendant la Coupe du Monde. Il débute aujourd'hui. Les musulmans ne peuvent ni boire ni manger du lever au coucher du soleil. Ce n'est pas évident pour ceux qui sont toujours en lice. Le soir tombe rapidement, vers 17 heures, puisque nous sommes en hiver, ici. Mais le soleil se lève vers 5.30 heures. Il est possible d'obtenir une dispense à condition de respecter le mois de jeûne, un des cinq piliers de l'islam, plus tard. Nous vivons Brésil-Chili à la Fan Fest de la ville. Un héritage du Mondial 2006, que l'UEFA a repris pour les championnats d'Europe. C'est génial : tout le monde regarde le match ensemble et il y a des animations avant et après le match ainsi que pendant la mi-temps. Nous avons rarement ressenti une telle émotion. Pour les Brésiliens, assister à un match, c'est un mélange de joie et de souffrance. Mais la délivrance à l'issue des tirs au but... Elle valait bien deux heures sous un soleil de plomb. Notre figure est un peu rouge aussi et ce n'est pas à cause de la bière... Vous le savez : le dimanche est le jour du jogging, cette fois le long de la plage. Avec plus de chance que l'Australien rencontré hier. Il s'y est adonné ici. Il a été encerclé par une vingtaine de Brésiliens armés de couteaux. Il a dû leur abandonner son gsm et ses chaussures... PAR PETER T'KINT À BELO HORIZONTE ET RECIFELes Africains ont tous foiré à cause d'histoires de primes.