Il ne faut pas toujours habiter dans la même ville pour se haïr. Il suffit parfois d'occuper la même mer et de se ressembler. Peu importe la distance. Pohang et Ulsan sont deux villes distantes de 230 kilomètres. Elles partagent donc la même mer (la mer du Japon) et sont persuadées de posséder les plus belles plages de Corée du Sud. Et puis, elles ont toutes deux été façonnées par un même héritage industriel.
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Il ne faut pas toujours habiter dans la même ville pour se haïr. Il suffit parfois d'occuper la même mer et de se ressembler. Peu importe la distance. Pohang et Ulsan sont deux villes distantes de 230 kilomètres. Elles partagent donc la même mer (la mer du Japon) et sont persuadées de posséder les plus belles plages de Corée du Sud. Et puis, elles ont toutes deux été façonnées par un même héritage industriel. Pohang, cette cité de 500.000 habitants, n'en comptait encore que 50.000 dans les années 60 et doit son développement à l'usine sidérurgique POSCO, 4e producteur mondial d'acier, qui profita du port pour grandir. Plus au sud, Ulsan, ville d'1,1 million d'habitants s'est reposée sur Hyundai, constructeur automobile reconnu en Europe mais qui est également actif dans le domaine de la construction navale. Ulsan, c'est le plus grand chantier naval du monde (25.000 salariés) et une des icônes de l'essor économique de ce dragon asiatique. Depuis cinquante ans, les deux villes ont donc appris à se regarder en chien de faïence, lancées tour à tour dans une course à la prospérité industrielle. Il n'en fallait pas plus pour que cette rivalité trouve dans le football un terreau naturel pour s'exprimer. Les deux géants ont donc, chacun, investi dans le club de leur ville, POSCO devenant propriétaire de ce qui allait s'appeler les Pohang Steelers, et Hyundai faisant de même à Ulsan après avoir essayé plusieurs villes pour établir sa franchise. Restait alors aux hommes et aux événements à nourrir la légende. Au sein d'une compétition (la K-League) qui ne vit le jour qu'en 1983, les années 90 allaient s'en charger. Comme en 1998. Cette année-là, les deux clubs se rencontrent en demi-finales de la K-League. Au match aller, menés au score, à domicile, les Steelers marquent deux buts dans le temps additionnel. Le retour fut tout aussi épique, Ulsan l'emportant finalement aux tirs au but, après un but salvateur de son gardien Kim Byung Ji... sur un coup franc à la 90e minute ! Depuis lors, le derby du Donghaean est le plus disputé de Corée. Et les transferts entre les deux clubs prêtent à discussion. Comme celui de l'icône des Tigres, le gardien de la sélection nationale, ce même Kim Byung Jiqui passa, en 2000, d'Ulsan à Pohang. Pendant quatre ans, les Steelers ont chaque fois devancé Ulsan, les supporters des Tigres parlant alors de la " malédiction Kim Byung Ji ". Cette année encore, le derby dégagera une saveur particulière. Il aura lieu à la dernière journée et pourrait décider du titre, les deux formations occupant les deux premières places du championnat. PAR STÉPHANE VANDE VELDE