Justine Henin lui a encore décroché le titre de Sportive de l'Année mais Kim Gevaert est certainement la sportive la plus spontanée. Agée de 29 ans, championne d'Europe sur 100 et 200 m, médaille de bronze du 4x100 m au Mondial d'Osaka, elle revient sur une année de succès et évoque 2008.
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Justine Henin lui a encore décroché le titre de Sportive de l'Année mais Kim Gevaert est certainement la sportive la plus spontanée. Agée de 29 ans, championne d'Europe sur 100 et 200 m, médaille de bronze du 4x100 m au Mondial d'Osaka, elle revient sur une année de succès et évoque 2008. Kim Gevaert : Peut-être mais je veux arrêter avant d'avoir perdu le plaisir de courir. Mentalement, mes efforts commencent à peser et je ne puis me permettre de me livrer à 80 %. Ma vie est très structurée, elle me laisse peu de liberté. Nous sommes fréquemment à l'étranger. C'est chouette au début mais ensuite, on regrette l'absence de ses proches. En plus, je souhaite de plus en plus ardemment fonder une famille. Non mais ma carrière évoluait. Je ne voulais pas rater de Mondial ni de championnat d'Europe. Sans oublier que l'on ne revient pas facilement au top après une grossesse. Je le pense. Jamais je n'aurais osé imaginer ce palmarès il y a dix ans. Je m'estimais incapable de courir le 100 m en 11'05 ". Sur 200 m, je visais 22'30 " ou 22'40 ". J'ai réussi au-delà de mes espérances. Passer une fois sous le cap des 11' constituerait le top ! J'ai couru en 11'05 " à Osaka, sans vent. Or, il faut déduire un dixième de seconde par mètre de vent dans le dos. J'aurais pu réaliser un 10'90 " à Osaka, avec un brin de vent. Dès mes débuts, j'ai compris que ce serait mon principal atout. D'autres sont certainement plus explosives, plus athlétiques mais je décolle mieux de mes starting-blocks. Oui, c'est pour ça que j'aime tant le sprint. Avant, je supportais mal d'être ensuite rejointe par mes concurrentes. Je me crispais. J'ai travaillé cet aspect et mon final est meilleur. La difficulté du 100 m réside en la proximité des autres. Sur la distance double, ce n'est le cas que dans la dernière ligne droite. Cette confrontation directe est très dure. Torri Edwards, qui a signé le même chrono que moi au Japon, a été la plus régulière de l'année. Qu'elle me précède ne me dérange pas. Veronica Campbell est une super femme, intrinsèquement meilleure que moi. Lauryn Williams est un cas à part : elle n'a rien montré le reste de la saison. Je l'ai souvent précédée. J'ai pensé : - damn ! Carmelita Jeter n'avait pas encore fait parler d'elle mais elle a réalisé une bonne saison. Si car un de nos passages de témoin n'a pas été parfait. Olivia Borlée avait été malade la semaine précédente, aussi, elle peut donc être plus rapide. Les USA et la Jamaïque avaient un boulevard d'avance mais nous pouvons améliorer notre chrono. Je voulais à tout prix atteindre la finale du 100 m. J'ai terminé cinquième, à un souffle d'une médaille. Je n'avais plus vraiment la tête au 200 m. En plus, j'ai mal dormi cette nuit-là. Or, quand on perd sa concentration, on sent plus fort sa fatigue et ses petits bobos. Je savais que si je courais le 200 m, je risquais de compromettre le relais. Donc, je me suis octroyé un jour de repos. La suite m'a donnée raison. Bien sûr. La Belgique n'est pas le berceau du sprint mais elle se trouvait brusquement derrière la Jamaïque et les Etats-Unis. Gagner une médaille au niveau mondial est très difficile. Pas vraiment. J'ai remarqué que j'étais plus mince que les autres et que j'étais pratiquement la seule Blanche. J'ai fait mon chemin seule et j'en suis satisfaite. Le milieu du sprint est différent de celui du fond : on joue la carte de l'intimidation. Tout tourne autour d'une course, d'un instant. On court vraiment contre les autres. Il faut faire ce qu'on aime. J'aime le sprint court, j'aime jaillir des starting-blocks. Sur le tour de piste, il faut doser davantage ses efforts. Le 100 m reste l'épreuve reine de l'athlétisme. Au Mondial, j'ai pensé :-Je suis la première Européenne, pas - Je suis la première Blanche Nous sommes plus lents de nature, à cause de notre structure musculaire et de la configuration de notre bassin. Certainement. On a trop longtemps protégé certains sportifs. Chacun voulait savoir ce que Marion Jones avait vraiment fait. Sa sanction est un signal important : ceux qui ne jouent pas le jeu correctement sont punis, y compris pour des affaires passées. Personnellement, je retiendrai son hypocrisie. Jamais je n'oublierai son comportement de diva, lors de son come-back. Son absence de sentiment de culpabilité m'a choquée. Ses aveux a posteriori n'ont pas d'importance. A ses débuts, elle était une magnifique athlète. Elle avait un corps superbe, elle s'exprimait bien, elle avait une aura. C'est pour ça que je trouve tout cela regrettable. Elle aurait pu être une grande championne sans se doper mais elle n'est plus qu'un clown. Certains moyens restent indétectables, ne soyons pas naïfs. Néanmoins, il y a progrès, certainement en sprint. Comparez les chronos actuels avec ceux des années '80 et '90 : le recul est certainement lié à la plus grande rigueur des contrôles. D'une part, j'ai progressé d'année en année. De l'autre, le sport est devenu plus pur. Même les grands noms se font pincer. C'est la fameuse peur du gendarme. Avant, on protégeait certaines vedettes, comme Carl Lewis. On me le demande toujours... Comme si je l'avouerais. Sérieusement : j'ai été tellement dégoûtée par les fautifs que je ne le ferais jamais. Je pense aussi à ma santé, à ma famille. Si j'étais convaincue de dopage, je disparaîtrais sous terre, de honte. Comment expliquer ça à mes parents et à mes grands-parents ? En outre, ces hormones ont des effets terrifiants sur le corps. Je dois envoyer mes lieux de séjour tous les trois mois, pouvoir dire où je suis à toute heure du jour. C'est le seul moyen d'éliminer les tricheurs donc je m'exécute de bon c£ur, même quand on me tire du lit pour un contrôle hors compétition. Six par an, par la WADA (agence mondiale contre le dopage). Sans compter, les contrôles du CIO et de la Communauté flamande et ceux qui sont effectués pendant les championnats. Je suis contrôlée à chaque compétition ou presque. Actuellement, on peut même réclamer un échantillon sanguin à tout moment. Cela m'est arrivé à quatre reprises. Dès qu'on est dans le top vingt de sa discipline, on est contrôlé plus souvent. Ce fut une saison riche en surprises. Göteborg m'a délestée d'une fameuse pression. J'ai eu du mal à recharger mes accus pour cette année mais c'est précisément grâce à cette décontraction que j'ai signé mes meilleures prestations. Jamais je ne m'étais aussi bien sentie en course. Après six ans, je suis à l'aise, au point de considérer le circuit comme une grande famille. Qu'il s'agisse des Jeux, du Mondial ou des Championnats d'Europe, il y a un grand rendez-vous chaque saison. Mon planning ne change pas. La pression est plus forte, en revanche. L'attention des gens prend de proportions incroyables. En 2004, j'étais soulagée de partir enfin à Athènes : partout, même quand je faisais tranquillement du shopping, on m'abordait. Justine Henin. Elle est plus jeune que moi et quand je vois tout ce qu'elle a déjà traversé... J'ai toujours admiré Irina Privalova. La rencontrer serait formidable. Pas vraiment, à moins que je ne me blesse. Cela pourrait bouleverser mes projets. Je réfléchirai surtout à mon aptitude physique et mentale de poursuivre la compétition. Prendre congé sur une médaille olympique serait magnifique. par matthias stockmans - photos: reporters