La victoire face à Genk et le nul obtenu aux forceps vendredi contre Bruges (1-1) lui ont fait du bien. Ces résultats l'ont rassuré dans ses visions de coach et dès lors renforcé en vue de ses tâches futures. L'amer Michel a cédé sa place au Preud'homme qu'on connaît: ambitieux, rassembleur, sûr de lui, rageur, décidé, fidèle à ses certitudes et à ceux qui lui font confiance au top de son club.
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La victoire face à Genk et le nul obtenu aux forceps vendredi contre Bruges (1-1) lui ont fait du bien. Ces résultats l'ont rassuré dans ses visions de coach et dès lors renforcé en vue de ses tâches futures. L'amer Michel a cédé sa place au Preud'homme qu'on connaît: ambitieux, rassembleur, sûr de lui, rageur, décidé, fidèle à ses certitudes et à ceux qui lui font confiance au top de son club.L'humour ourle à nouveau les lèvres. "Je souhaite à chaque entraîneur de D1 d'avoir un carrossier et un maître-nageur dans son staff technique", lance-t-il. Eclat de rire général. Finement joué. Une petite phrase toute simple pour défendre ses collaborateurs épinglés récemment dnas ce magazine. Un petit coup de fil avant le début de l'entretien, le Standardman apprend que son fils a préparé de bonnes crêpes à la maison. Il sourit en se régalant à l'avance de confiture et cassonade?Aller à la castagneMichel Preud'homme: Si je m'en tiens au choc face à Bruges, l'image est incomplète. Nous avons fait mal au Club mais si je devais avancer une référence, ce serait plutôt le match contre Genk. Bruges n'est pas la formation la plus spectaculaire mais je ne vois quand même pas de phalange plus complète. Elle a tout: du physique, de la taille, de l'ingelligence tactique, des automatismes, de la technique. Elle a profité d'une erreur individuelle pour ouvrir la marque. A partir de là, tout le monde sait que c'est dur face à Bruges. Nous avons dès lors un peu gambergé après un bon début. Bruges a eu des balles de matches mais si on a égalisé, c'est avec une fin de match à haut engagement mental. Cette rage fut présente de la première à la dernière minute de jeu contre Genk. Nous n'avions pas laissé un centimètre de liberté aux Limbourgeois avec un pressing très haut, jusque dans leur rectangle. Il y a eu de la construction face à Bruges, rusé et organisé, mais notre recherche de profondeur (ce qui ne signifie pas nécessairement de longs ballons mais une volonté de verticalité) après la troisième passe n'était pas assez décisive. Ça généra des pertes de balles et des contres adverses. Le but est de passer le plus de temps possible dans l'autre camp. Si on y perd une balle, on peut la récupérer un peu plus aisément qu'en cas de chasse devant notre rectangle. Contre Genk, le Standard avait géré le jeu durant 48% du temps pour 52% à l'adversaire.Par contre, nous avions passé 5'28 dans le rectangle de Genk, ce qui est énorme. Alors, la conclusion est très simple: augmenter la possession du ballon tout en préservant ce souci de presser très haut. Héritage, c'est un très grand mot mais c'est ma façon de voir le jeu et je sais que le public du Standard aime ça.Il y a des choses à améliorer mais on ne changera pas de cap. C'est peut-être un retour aux sources, oui, et une référence à ce que j'y avais vécu comme supporter et joueur. Le Standard s'installait au-delà de la ligne médiane, dans le camp adverse, et allait vite à la castagne devant le gardien de but. Quand on approche de cela, le stade répond: c'est ça le "trip" du Standard. Même quand ce n'est pas super-académique comme en deuxième mi-temps contre Bruges. On a senti la rage, le feu liégeois qui peut tout brûler.J'ai lu que des joueurs estimaient que notre jeu était le plus moderne de D1. Cela fait plaisir même si nous ne sommes pas où nous devrions être. Presser haut, on le faisait du temps de Raymond Goethals: j'étais souvent le libero de l'équipe, c'est tout dire.Spehar a marqué un but typiquement Standard. Longue balle, déviation de Gonzague Van Dooren, centre de Michaël Goossens, splendide tête plongeante de Robert: le public a aimé et on doit chercher ça, même si on rate trois fois avant d'atteindre la cible.Beaucoup d'équipes misent sur la vitesse et la profondeur mais le désir du Standard est d'y ajouter une grosse présence dans le rectangle adverse pour ne pas être une équipe de contres, ce qui serait une autre philosophie. Notre noyau peut se le permettre car nous avons des constructeurs, des passeurs et des gars qui pèsent devant.Je suis un idéalisteOui. On évitait les risques d'une construction un peu trop élaborée mais cela ne veut pas dire, évidemment, que le jeu ne doit pas être pensé au niveau de la ligne médiane. Il faut savoir que c'est dangereux et passer aussi par d'autres caps. Un long ballon, un duel aérien, ce n'est pas péjoratif. Cela fait partie du football, que je sache.Oui, c'est le Bayern. J'ai des armes de ce genre et c'est le style de la maison. Pour jouer comme le Real, il faut être deux fois plus fort que son adversaire. Le Standard n'a pas cette chance-là. Le Real, c'est magnifique mais les Munichois jouent plus en équipe que les Madrilènes.Je ne pouvais pas changer tout de suite. Je suis arrivé en décembre et on n'avait guère de temps. Le Standard a obtenu une troisième place. C'était bien mais pas suffisant. Le but était plus ambitieux et notre présence en tête du championnat à la fin du premier tour prouve que notre souhait était légitime. Le Standard n'était pas là par hasard: le cap tactique en 4-3-3 avec des choix variables dans la ligne médiane était bon, le groupe ne manquait pas de valeur.La presse a ses idées et j'ai les miennes. Je ne ferai évidemment pas le procès de ce qui a pu se passer. J'interviendrai pour que cela ne se reproduise plus mais ce fut une accumulation de détails qui a généré finalement une situation difficile. A tous les niveaux, il ne fallait pas faire passer les petits inconvénients personnels avant l'intérêt général. Il y a des problèmes dans tous les clubs mais au Standard, cela se sait à l'extérieur et je le reproche aux parleurs car ça crée des problèmes.On a voulu les résoudre et ce n'était pas le moment en janvier alors qu'il fallait continuer sur la lancée. Je me suis évertué à trouver des solutions mais le temps manquait et j'ai demandé d'oublier les problèmes durant les matches. Cela n'a pas fonctionné. Pas tout le temps ou dans le cas de tout le monde: je ne veux pas généraliser. C'est très dur car je suis un idéaliste et un rassembleur. Je veux bien en prendre plein la gueule car je ne suis pas important, c'est le Standard qui compte. Joueurs, dirigeants, n'importe qui: le club prime, pas eux. Nous aurions pu être plus calmes, plus solides sur le plan mental, et résoudre nos problèmes plus tard. Le Standard se serait peut-être aussi cassé la figure de la même manière si nous n'avions pas pris le taureau par les cornes.Le groupe ne fera pas la loiLe Standard voulait le garder avec augmentation de salaire. Je l'aime bien, il mouille son maillot mais si Didier n'a pas accepté le nouveau contrat, pourquoi le club est-il le mauvais? La seule force du club est de ne pas l'aligner pour le faire réfléchir. Il a été perturbé par les rumeurs de transfert et son avenir. Blay joue même s'il nous quittera à la fin de la saison. Si j'étais persuadé qu'Ernst pouvait apporter un plus, je l'aurais aligné. A la longue, un joueur veut plus et la presse lui donnait finalement plus de valeur qu'il n'en avait en réalité. S'il était resté, Didier n'était pas du tout certain de jouer la saison prochaine...A-t-on perdu le groupe à ce moment-là? Si le groupe veut dicter le ton, il se trompe. C'est la direction qui fera et fait la loi. Avec l'entraîneur. J'ai essayé de résoudre tous les problèmes mais cela a été dans tous les sens et ce n'était plus possible. Dans le passé, un groupe de quatre ou cinq joueurs a fait la loi, ce ne sera plus le cas. Je ne désigne pas Ernst mais un groupe de quatre ou cinq joueurs. Je suis déçu car on avait les capacités et le potentiel pour terminer plus haut, même viser le titre. La machine a eu des ratés mais prouve ponctuellement, face aux grands, qu'elle a de l'avenir.Tout cela a influencé ma décision. J'avais pris goût au job. J'aurais pu faire pas mal de choses intéressantes mais je veux me donner le temps de m'occuper des problèmes qui viennent du dessus ou du dessous. J'ai choisi dans l'interêt du Standard et le nouvel entraîneur aura moins de problèmes que moi. Je serai là, représentant la direction, en sachant parfaitement ce qui se passe dans un vestiaire. Luciano D'Onofrio connaît bien le foot mais n'est pas souvent là et le directeur général est formidable dans son travail de tous les jours mais n'a pas le feeling car il n'a pas été joueur et entraîneur...Oui, cela faisait partie de mon plan de carrière. Je peux être plus utile à ce poste.Non même si j'ai donné plus d'amendes que la direction. Je définirai le cap, je trouverai le coach qui acceptera la philosophie globale tout en ayant sa marge de manoeuvre, évidemment. Il aura énormément de liberté car plusieurs chemins mènent à Rome. Je vais prendre en mains la gestion au quotidien. Je veux m'occuper des jeunes aussi car on nous les pique. Je veux les protéger ou j'irai piquer chez les autres aussi...Avant, c'est avant, je n'étais pas là. J'ai introduit beaucoup de jeunes dans le noyau: ils ont retrouvé des espoirs de débouchés. Il faut les garder. Là, il y a du travail que je ferai dans le club, à la fédération, à la Ligue Professionnelle, à l'échelon international aussi. En Ecosse, les Celtic et les Rangers s'entendent pour des tas de projets. Or, quand il y a un derby, le plus beau au monde, on reparle de guerres de religions entre eux. Il n'y a pas de guerres de religions entre les clubs en Belgique mais ils ne s'entendent pas.Tous ensemble dans la défaite et le succèsCeux qui sont là se sont investis pour que le mythe Standard ne disparaisse pas. Il y en a eu d'autres avant eux mais ils ont peut-être récupéré une partie de leur mise. En gros, on ne peut pas vivre éternellement sous injection et la formation peut être une source de satisfactions.Non, j'aurais pu rester coach et j'aurais eu les mêmes paroles. Je sais que la presse apprécie mon boulot, m'aime bien mais comme cela ne va pas toujours, elle fait porter tout le poids de certains échecs à Alphonse Constantin et Luciano D'Onofrio. Non, c'est tous ensemble: on ne nous opposera ni dans la défaite ni dans le succès.Oui, bien sûr, mais cela ne le dérange pas.Nous ramons dans le même sens. Je suis persuadé en mon âme et conscience qu'il veut le bien du Standard, pas le sien. Je n'ai aucune difficulté à avancer dans le même sens que lui. Si ce n'était pas le cas, je m'opposerais à lui. J'ai de l'expérience. Luciano D'Onofrio ne m'écrase pas, c'est une force extraordinaire pour nous. Il y a des gens qui méritent parfois un merci. Luciano ne veut pas qu'on le défende, il ne veut pas de merci mais on ne le laisse pas tranquille. On lui tire dans les pattes. En janvier, quand on a fait venir des joueurs, c'était grâce à ses relations: Genaux et Spehar n'ont rien coûté. On avait des blessés et si arrivées il y a eu, c'est parce que nous croyions au titre.Je suis l'homme du Standard. Je crois et bosse avec quelqu'un qui est terriblement attaché à notre club. On vit à l'époque des étiquettes. Il faut faire des choix: certains préfèrent aller à la pêche, c'est leur droit, je travaille au Standard et tant pis pour les étiquettes.Je sais me fâcher...Tout le monde s'embrasse. C'est la mode chez les jeunes. Je donnais la main. A un moment, Moreira m'a fait la bise, Drago, El Yamani et Dimvula ont suivi. C'était spontané mais quand j'ai quelque chose à dire, bise ou pas, je le dis. Je ne fais pas la bise, ils me l'a font. Je ne suis pas gentil, je suis conciliant, c'est différent. Je sais me fâcher, je l'ai fait sans en abuser car les colères répétées ne s'entendent plus.Pas trop. A part une grosse offre, personne ne partira. Vu le nombre de blessés dans le football moderne, je veux deux joueurs compétitifs à chaque poste. Le Standard se renforcera. Il fait partie du noyau...Ce sont des amis, Philippe Germay est même le parrain de ma fille. Je les aime bien, ils sont compétents mais le conseil d'administration veut restructurer le département médical. Je ne suis pas intervenu. Un jour, on m'a aussi dit: "Tu peux partir". Le staff médical était triste comme je suis triste pour eux aujourd'hui. C'est la vie. Ils sont restés mes amis. Je suis revenu plus tard. Ils reviendront peut-être un jour aussi.Pierre Bilic,Dia 1"Ce sera plus facile pour le nouvel entraîneur""Luciano D'Onofrio veut le bien du Standard""Je ne suis pas gentil, je suis conciliant"