Le corner botté par Christian Tiffert, le médian de Kaiserslautern depuis la gauche, a atterri dans le rectangle. L'envoi n'était pas puissant mais arrivait directement sur Logan Bailly, le gardien de but de 'Gladbach et des Diables. Il était dans le petit rectangle, sans être gêné, et aurait aisément pu s'emparer du cuir. Pourtant, Bailly a sauté et, du poing droit, a envoyé le ballon dans ses propres filets. Au terme du match, Tiffert a commenté : " Le gardien de 'Gladbach a fait l'objet de notre théorie. Nous savions qu'il n'était pas sûr. C'est pour ça que j'ai toujours tiré vers lui... "
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Le corner botté par Christian Tiffert, le médian de Kaiserslautern depuis la gauche, a atterri dans le rectangle. L'envoi n'était pas puissant mais arrivait directement sur Logan Bailly, le gardien de but de 'Gladbach et des Diables. Il était dans le petit rectangle, sans être gêné, et aurait aisément pu s'emparer du cuir. Pourtant, Bailly a sauté et, du poing droit, a envoyé le ballon dans ses propres filets. Au terme du match, Tiffert a commenté : " Le gardien de 'Gladbach a fait l'objet de notre théorie. Nous savions qu'il n'était pas sûr. C'est pour ça que j'ai toujours tiré vers lui... " Ce but contre son camp (0-1), décrit par le Süddeutsche Zeitung comme " grotesque, bête, presque indécent ", a failli sceller le destin du Borussia lors de la 27e journée de la saison passée. L'équipe ne comptait que 23 points et était lanterne rouge de Bundesliga. " Beaucoup d'entre nous ont cru que s'en était fini ", explique aujourd'hui le jeune médian Marco Reus. Mönchengladbach n'a pas été rétrogradé. Le club a assuré son maintien in extremis, dans les matches de barrage (grâce à Igor de Camargo). L'équipe n'a pas encore oublié sa frayeur. De bons gardiens de but peuvent être victimes de crises de forme quand l'existence de leur club est menacée. C'est un risque professionnel. La pression est énorme : chaque ballon peut décider de millions d'euros, chaque erreur peut être fatale. Ce poste ne tolère pas la moindre faiblesse, ni sur le terrain ni en dehors. Bailly, âgé de 25 ans, avait pourtant des problèmes privés alors que se jouait le destin du Borussia. Son histoire nous apprend ce qui peut arriver quand un joueur-clef d'une équipe déraille. Il y a deux ans et demi, quand Bailly a été transféré du RC Genk au Borussia Mönchengladbach, il était considéré comme un grand talent, enclin à prendre des risques. " Ce garçon est une force de la nature ", écrivait Toni Schumacher, l'ancien gardien de la Mannschaft, dans un éditorial. Même la Juventus s'était intéressée au portier. Les Gladbacher ont accepté son style de vie tape-à-l'£il. Bailly a posé pour des sous-vêtements, a acheté une Bentley à son père, une Audi A5 à son épouse. Lui-même s'est gréé une Lamborghini, une Ferrari et une Audi A5 Cabrio. Puis Bailly a connu une crise de forme. Fin octobre 2010, il a perdu sa place de titulaire. Durant les neuf premiers matches de la saison, il avait encaissé 27 buts. Et le Borussia a découvert l'autre face du gardien. Malgré un salaire annuel net fixe d'un demi-million d'euros, Bailly avait des problèmes financiers. En Belgique, le frère de Bailly avait démoli l'Audi Q7 attribuée au footballeur. Montant des dégâts : 75.000 euros. L'assurance a refusé d'intervenir, puisqu'il y avait un problème d'alcoolémie. Elle a donc prévenu la concession Audi de Mönchengladbach, qui s'est retournée contre le club. Le fameux gardien devait payer la note. Mais Bailly n'avait plus d'argent pour l'auto démolie par son frère ! Il est fréquent que de jeunes footballeurs ne parviennent pas à gérer leurs émoluments. Le cas Bailly est pourtant spécial. Même son conseiller, l'avocat et agent de joueurs luxembourgeois Michael Becker, qui compte aussi Michael Ballack parmi ses clients, s'est lassé de son protégé et a mis un terme à leur collaboration. Les problèmes étaient constants. Ainsi, le fournisseur en énergie de Bailly a exigé des arriérés colossaux : le gardien aurait maintenu une température de 28 degrés dans la piscine de son jardin pendant tout un hiver. L'accord de résiliation entre Becker et Bailly stipule que le footballeur, à cause de son entourage familial, " est à peine en mesure de respecter un contrat de travail professionnel ". Un confident de la famille dit que Bailly devait constamment payer pour son clan. " Dans des proportions qu'on ne connaît généralement que dans le chef de joueurs africains. "La direction du Borussia a proposé un plan d'assainissement de ses dettes à Bailly. Il s'élevait à quelque 300.000 euros. Le gardien a accepté de rendre ses cartes de crédit et sa carte maestro au club. Il était également d'accord que son employeur ne lui verse plus que 7.000 des 40.000 euros de son salaire fixe mensuel, les 33.000 euros restants permettant d'apurer sa dette. La direction avait aussi un accès complet aux mouvements de compte de Bailly. " J'ai moi-même vécu pas mal de choses dans ma carrière ", explique Uwe Kamps, l'entraîneur des gardiens de 'Gladbach, " mais encaisser autant de coups est très difficile à digérer ". Un professionnel qui n'est plus maître de sa vie peut déstabiliser toute une équipe. Un tel joueur devient un facteur de risques pour son club. Une relégation en 2e Bundesliga a des conséquences énormes : rien que les droits TV sont réduits de dix millions environ. Certains clubs mettent des années à se redresser. Après la trêve hivernale, Bailly est d'abord resté second gardien. Le changement d'entraîneur, à la mi-février, lui a rendu sa chance mais la situation était grotesque. Au moment où Lucien Favre, le nouveau coach, replaçait Bailly dans la cage, celui-ci était en plein procès, à Liège, pour coups et blessures - de même que son frère. Les deux hommes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et entre-temps, le gardien s'est pourvu en appel. En même temps, malgré le contrôle de ses finances, le Borussia ne parvenait toujours pas à remettre Bailly sur les bons rails. On voyait fréquemment le joueur au casino et le Borussia ne cessait de recevoir des renseignements sur lui. Bailly a disputé quatre matches à son retour dans le but. Puis, à la mi-mars, il y a eu cette joute contre Kaiserslautern, durant laquelle il a boxé le ballon dans son propre but. Favre n'a plus fait appel à Bailly qu'une seule fois, contre le Bayern. Il a ensuite titularisé Marc-André ter Stegen, âgé de 18 ans. Ce gamin a eu une large part dans le maintien in extremis de 'Gladbach. " Aligner le mauvais joueur peut perturber tout l'ensemble ", a déclaré Favre une fois, alors qu'il entraînait le Hertha BSC. 'Gladbach a rejeté Bailly. Il l'a loué au Xamax Neuchâtel, pensionnaire de D1 suisse. Le Borussia qualifie Bailly de chantier et est heureux d'avoir clôturé cet épisode. Bailly ne prend pas position. Fin juin déjà, le Spiegel lui avait envoyé une liste 33 questions traduites en français, auquel le gardien n'a jamais répondu. Neuchâtel, son nouveau club, n'a pas davantage réagi au courrier, pas plus que son père Patrick. Il y a dix jours, contacté par téléphone, le gardien a encore refusé une rencontre. " Il ne réagira pas non plus " à des questions écrites. " Pour le moment, il ne veut pas parler de ça." Max Eberl, le directeur sportif du Borussia, et le directeur Stephan Schippers ne s'expriment pas non plus en détails concernant Bailly. Le joueur n'est pas encore entré en action pour son nouveau club suisse. Bailly affirme être blessé. Le nouveau propriétaire de Xamax, un milliardaire tchétchène, possède une option d'achat sur le gardien belge jusqu'en juin prochain. S'il ne la lève pas, Bailly retournera alors au Borussia Mönchengladbach. PAR RAFAEL BUSCHMANN, CLEMENS GERLACH ET PETRA TRUCKENDANNER (DER SPIEGEL)Malgré un salaire annuel net fixe d'un demi-million d'euros, Bailly avait des problèmes financiers.