Non, elle ne devra plus recourir au coup de pouce de Wilfried Meert pour être invitée aux meetings d'Oslo, de Paris ou de Rome. Aux yeux de Marion Jones, la championne du monde et des Jeux Olympiques, elle n'est plus une des simples figurantes européennes qui croisent brièvement sa route dans les meetings de la Golden League. En remportant deux médailles d'argent aux Championnats d'Europe de Munich, Kim Gevaert, à 24 ans, s'est fait un nom dans le monde de l'athlétisme international.
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Non, elle ne devra plus recourir au coup de pouce de Wilfried Meert pour être invitée aux meetings d'Oslo, de Paris ou de Rome. Aux yeux de Marion Jones, la championne du monde et des Jeux Olympiques, elle n'est plus une des simples figurantes européennes qui croisent brièvement sa route dans les meetings de la Golden League. En remportant deux médailles d'argent aux Championnats d'Europe de Munich, Kim Gevaert, à 24 ans, s'est fait un nom dans le monde de l'athlétisme international. Non que la sprinteuse ait été confinée dans l'anonymat jusqu'à présent. Donovan Bailey, le champion olympique canadien du sprint, a même déjà demandé sa main, même si c'était en guise de plaisanterie. Avant même d'avoir réalisé ces exploits, Kim a déjà fait la une des hebdomadaires et des mensuels belges, elle a été invitée à des tas de programmes radio et tv et a posé avec un plaisir évident pour des reportages de mode et des séances photos nue. Kim Gevaert utilise tous ses atouts car soyons francs: si une femme brigue la une des pages sportives, le talent ne suffit pas. Un look sexy, de la classe, une certaine aura, ça aide. C'est même indispensable, sans doute à la grande frustration des féministes ou des athlètes qui tentent en vain d'attirer l'attention par leur seul labeur. Depuis Munich, en tout cas, Kim Gevaert est bien plus qu'une pin-up rapide. Elle a conquis une place parmi l'élite mondiale. Paradoxalement, bien plus grâce à un 200 mètres impressionnant qu'à sa distance favorite, l'hectomètre. Son chrono: 22.53,représente un progrès de près d'une demi seconde en moins d'un an. C'est aussi la sixième meilleure performance mondiale de l'année et l'illustration parfaite de l'épanouissement de Kim Gevaert, mentalement et physiquement. Toutes les pièces du puzzle sont en place et elle respecte son plan de carrière.Depuis l'année dernière, elle est délivrée de ses études. Elle a obtenu haut la main son diplôme de logopède et d'audiologue. Grâce au contrat professionnel que lui a offert Atletiek Vlaanderen, Kim a fait son métier de son hobby. Elle dispose de davantage de temps, non pour s'entraîner beaucoup plus d'un coup, mais pour mieux doser ses séances et, surtout, mieux récupérer. Très ambitieuseElle est ambitieuse. Et elle ajoute: "Pourquoi resterais-je en Belgique si je peux apprendre quelque chose ailleurs?" Elle rejoint régulièrement Londres, pour s'abreuver des conseils de Mike McFarlane et s'entraîner avec des vedettes du gabarit de Dwain Chambers, Julian Golding, Joice Maduaka et Tony Jarrett. Elle est donc fermement résolue à réussir et met tous les atouts de son côté. Elle utilise même les thérapies qu'elle a étudiées, comme celles qui sont destinées aux bègues. Pourquoi ne pas les transposer à l'athlétisme? Elle essaie d'appliquer la pensée positive, pour contrôler sa nervosité et son stress. Ses apparitions médiatiques sont chouettes, bien sûr, mais aussi utiles: "Car sur la piste, il y a parfois des caméras, juste sous votre nez, et vous devez essayer de rester vous-même". Sa discipline sportive profite de sa réussite et elle soigne ses relations publiques. Ce n'est pas dénué d'importance pour une athlète professionnelle. Les championnats du monde d'Edmonton, en 2001, devaient constituer son premier grand moment mais des circonstances extérieures (le vent, un mauvais couloir, en bref, un jour sans) ont reporté l'échéance. Pourtant, au Canada, elle avait déjà pressenti qu'elle était à même de rivaliser avec les meilleures. "Simplement, je n'avais pu en fournir la preuve au monde extérieur". Froissée par les commentaires qui ont suivi sa contre-performance, du style "Gevaert cherche toujours des excuses", elle a couru la rage au ventre les Universiades de Pékin. Elle y a franchi la barrière mentale des 23 secondes sur 200 mètres et est revenue avec deux records de Belgique. Un coup d'éclat, une revanche, peut-être, mais de là à planer?"Non. La première sous les 23 secondes, c'est chouette mais sur le plan international, ce n'est pas vraiment significatif". Sa performance lui a valu le Spike d'Or. "Un honneur, mais beaucoup de filles ont eu de la malchance l'année dernière". Elle visait beaucoup plus haut. 2002 devait donc être l'année de sa percée définitive. La nouvelle campagne a commencé comme la précédente s'était achevée: avec deux records nationaux. A Vienne, Gevaert a été sacrée championne d'Europe du 60 mètres en salle. Tout le monde n'a pas estimé cette performance à sa juste valeur mais il s'agissait d'un extra bienvenu, qui a, surtout, accrû sa confiance en prévision de Munich où elle devait faire ses preuves. Elle n'avait pas de chrono ni de place précise en tête, simplement un pressentiment. "J'avais la volonté d'atteindre ma meilleure forme lors des grands moments et de montrer ce que je vaux dans ces cas-là. Je sentais que j'en étais capable".Volée par la Grecque?Emotions et sentiments, voilà le fil rouge de ces dernières années. La saison 2000 a été pourrie, empoisonnée par la pression, la frustration et la déception d'avoir raté sa sélection olympique. C'est à ce moment que Gevaert a décidé de relativiser les choses, de ne plus se laisser submerger par ses sentiments, mais de les transformer en énergie positive, comme elle l'a fait à Munich. En finale du 100 mètres, elle s'est déchargée de la colère provoquée par une attente inutile avant le départ. En remportant sa première médaille d'argent, elle a du même coup tourné le bouton. Elle a affronté avec succès quatre journées de compétition chargées, la fatigue, l'euphorie, la pression, l'attention des journalistes et un 200 mètres qui a toujours l'air si long: il n'y a pas si longtemps encore, elle se serait crispée. Cette fois, elle a réussi à livrer le meilleur d'elle-même. Son commentaire: "Quelques mètres de plus et j'aurais peut-être battu Hurtis". Il y a quelques années, devant une caméra, Kim Gevaert, timide, ne produisait que quelques vagues sons presque incompréhensibles. Elle semble maintenant intarissable. Elle a même osé mettre en doute les prestations de la Grecque Thanou sur 100 mètres: "Elle m'a peut-être pris la médaille d'or". Le grand talent de Kampenhout s'est complètement épanoui en 2002, en tout cas. Après Sydney, Kim a appris par le télétexte que le COIB l'avait rayée de sa liste. "Comme si je n'étais plus bonne à rien, d'un coup, après une saison merdique". La voilà devenue une des certitudes belges pour les Jeux Olympiques d'Athènes, et peut-être même une candidate à une médaille. Sera-t-elle bientôt la Sportive de l'Année?Inge Van Meensel"Je dois avant tout être moi-même"