Barcelone. Vous connaissez le club grâce à la presse. Vous avez lu qu'il a été fondé en 1899 par HansGamper, un Suisse qui jouait à Bâle mais qui, arrivé à Barcelone, a passé une petite annonce pour trouver des coéquipiers avec qui jouer. Un club aux mêmes couleurs que Bâle était né. Le drapeau catalan et une croix de St-Georges, alias San Jordi, patron de la ville, se sont ajoutés dans le blason.
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Barcelone. Vous connaissez le club grâce à la presse. Vous avez lu qu'il a été fondé en 1899 par HansGamper, un Suisse qui jouait à Bâle mais qui, arrivé à Barcelone, a passé une petite annonce pour trouver des coéquipiers avec qui jouer. Un club aux mêmes couleurs que Bâle était né. Le drapeau catalan et une croix de St-Georges, alias San Jordi, patron de la ville, se sont ajoutés dans le blason. Vous avez aussi entendu parler de l'importance du Barça pour les Catalans, qui sont les commerçants par excellence de l'Espagne, et vous savez que sous Franco, on ne parlait que catalan dans le stade. C'est notamment pour cela que les Catalans continuent à appeler leur stade Camp Nou et non pas Nou Camp. Les anecdotes ne manquent pas... Vous vous trouvez maintenant devant la vitrine du club. Vous découvrez le ticket d'entrée du supporter numéro 1481 du Barça : 7 nov. 1982 a les 6 de la tarda. Fila 5, Num. 12. S.S. El Papa Juan Pablo II. Le Pape Jean-Paul II a d'ailleurs béni la chapelle de la Madone noire, patronne de la Catalogne, lors de sa visite. Les joueurs peuvent y prier avant les matches, ce qui avait fait dire à JohanCruijff que pareille démarche ne servait à rien. Car si 22 joueurs demandent son soutien, pourquoi tous les matches ne s'achèvent-ils pas sur un nul ? Logique. Dans une autre vitrine, une paire de chaussures brunes. Elles appartiennent à PaulinoAlcántara. Il est le joueur le plus productif de l'histoire du Barça : 250 buts en autant de matches. On découvre aussi les affiches des matches Barcelone-Antwerp et Barcelone-Anderlecht. Et des volées de photos. Des clichés de supporters, qui s'asseyaient sur un petit mur, avant, ce qui a valu aux fans de Barcelone le surnom de culos, des photos d'événements, de présidents, de joueurs, d'Espagnols, de Catalans, d'étrangers. Cruijff, Romario, Ronaldo et Kubala, élu meilleur joueur de tous les temps de Barcelone. Ce Hongrois a suscité un tel intérêt pour le club dans les années 50 qu'il a fallu construire un nouveau stade, le Camp Nou. VincentKompany fera-t-il un jour partie de cette palette ? Récemment, le plus grand talent du pays depuis des années a joué ici un match de gala dans l'équipe mondiale de Cruijff et avec panache. Cruijff l'a remarqué. FrankRijkaard idem. Donc, nous demandons à JoanLaporta, le président de Barcelone, lors d'une réception : " Kompany viendra-t-il un jour à Barcelone ?" Il répond : " Cette saison, ce sera difficile. Kompany a livré ici un bon match dans l'équipe de vedettes de Cruijff, nous le connaissons donc. Il est jeune mais costaud et a des qualités. Nous cherchons à sa position un joueur similaire mais il est difficile de le louer cette saison. Nous serions cependant heureux de pouvoir enrôler un élément comme Kompany à l'avenir ". Flash ! Photo. Señor ! On se bouscule, une dernière question et il part. Laporta demeure impassible dans la cohue, élégant dans son costume noir, les cheveux parfaitement coupés, le menton brun rasé de près. Sous sa présidence, Barcelone, le seul club avec Bilbao qui n'affiche pas encore de publicité sur son maillot, bouscule la tradition. Ses finances le contraignent à porter une tenue sponsorisée dès la saison prochaine. Avant, Laporta était un des avocats de Cruijff. Désormais, c'est Cruijff qui le conseille, mais le vice-président SandroRosell exerce également son influence. Rosell est un ancien dirigeant de Nike au Brésil et il a plus d'un tour dans son sac. Sur le terrain aussi, Barcelone s'appuie sur des Brésiliens. Les supporters ont pris l'habitude de surnommer leur équipe Sambarça. Ronaldinho, son plus beau fleuron, sans oublier Belletti, Edmilson, Sylvinho et Motta, a débarqué au Camp Nou grâce à son amitié pour Rosell. Evidemment, on raconte que quand Ronaldinho s'est rendu à Manchester United, AlexFerguson ne lui a offert qu'un sandwich au fromage, ce qui n'a pu lui faire oublier la pluie. Quand un journaliste veut approcher les grands du football, il n'a d'autre choix que de se laisser prendre par le bras. Les sportifs ont des sponsors et les sponsors ont des sportifs. Nike et Ronaldinho se sont unis. La salle sise sous la tribune principale écoute l'attaquant brésilien présenter les Tiempo, les nouvelles chaussures de football de Nike. " J'avais entendu dire que Barcelone était plus qu'un club mais pour m'en convaincre, il a fallu que je joue ici. J'ai réalisé que Barcelone est lié à la Catalogne et bien plus encore. Le football est tout pour moi, il représente toute ma vie. Je suis né en y pensant. Tout tourne autour de ça, y compris ma famille ". C'est pour ça qu'au PSG, Ronaldinho était toujours entouré d'une dizaine d'intimes. Il y était connu pour sa vie nocturne et ses frictions avec LuisFernandez, qui voulait le brider tactiquement sans finalement trouver une position où le Brésilien pouvait obtenir son rendement idéal. Mais, cependant, il apprécie mieux la vie à Barcelone. Il y est entouré de son frère et représentant, RobertoAssis, et de sa soeur Daisy, qui le protègent soigneusement des tiers. Les supporters le portent aux nues. " Ronaldinho ", dit BibianWeggelaar, " a compris ce qu'on attend de lui ". Weggelaar est néerlandaise. Elle est journaliste à El 9 Esportiu, un quotidien catalan. Elle a l'honneur de figurer dans la liste des collaborateurs d' En un momento dado. C'est le titre du documentaire magistral que RamónGieling a réalisé sur Johan Cruijff et sa signification pour Barcelone et la Catalogne. Weggelaar a recherché les personnes à interviewer pour le film, qui tire son nom d'une expression qui n'existait pas en espagnol mais que tout le monde utilise depuis Cruijff. Exclu par l'arbitre, un jour, Johan Cruijff s'était racheté aux yeux du public en embrassant son brassard avec effusion avant de le céder à un coéquipier. Ronaldinho a également gagné le respect des supporters en parlant de temps en temps quelques mots de catalan, à la demande du président. " Il est davantage un joueur collectif que son prédécesseur, Rivaldo ", explique Weggelaar. " Alors que Rivaldo cherchait à s'attirer tous les honneurs, Ronaldinho n'hésite pas à reculer pour donner un coup de main à la défense. C'est une différence ". Une différence qui montre comment Frank Rijkaard veut que son équipe joue. " Deco aussi joue plus en arrière qu'il n'en a l'habitude, à la demande de Rijkaard. Il se consacre moins à l'offensive mais il l'accepte. En revanche, l'entraîneur a libéré Xavi. Celui-ci n'a que 24 ans mais il est professionnel à Barcelone depuis sept ans et est donc un des éléments les plus chevronnés. Sous Rijkaard, il a enfin pu orchestrer les mouvements offensifs de l'équipe tout en continuant son travail défensif dans l'entrejeu ". Xavi est un des dix produits du cru d'un noyau affaibli par des blessures de longue durée. Xavi, Valdes, Jorquera, Gabri, Puyol, Oleguer, FernandoNavarro, Motta, Gerard et Iniesta : tous ont été formés à la Masía, le domaine espagnol du 18e siècle situé en face du stade. Ils évoluent avec d'autres espagnols et des étrangers, comme le médian défenseur néerlandais Giovanni van Bronckhorst, le petit génie technique français de 1m64, Ludovic Giuly, ou l'excentrique buteur camerounais, Samuel Eto'o. " La grande qualité de Rijkaard ", poursuit Weggelaar, " est d'avoir su faire jouer ensemble et offensivement ces éléments en fonction de l'intérêt collectif ". Frank Rijkaard est le parfait alter ego sportif de Joan Laporta. Il est dans son univers. Il observe, laissant la plus grosse partie du travail de terrain à Henk ten Cate, qui sait mieux que nul autre comment tenir un groupe et n'hésite pas à le bousculer s'il le faut, contrairement à Rijkaard, plus doux. " Ten Cate est toujours parfaitement informé de la situation personnelle de chaque joueur. Rijkaard, lui, s'occupe plutôt des contacts, nombreux, avec la direction ". Complémentarité à tous les niveaux, donc. Pour clôturer une journée de sport et de sponsoring, Ronaldinho va taper dans le ballon, en compagnie de PaoloMaldini, venu en avion de Milan, puis des journalistes. En bas, en nous engouffrant dans le tunnel, nous imaginons 22 joueurs concentrés, épaule contre épaule. Le vide. Nous nous asseyons dans le dug-out, parcourant du regard la tribune de trois étages. A chaque match à domicile, 100.000 personnes entrent en communion ici. Leur religion dépasse la Madone noire. Raoul De Groote, envoyé spécial à Barcelone" Nous serions contents d'enrôler UN JOUEUR COMME KOMPANY " (Joan Laporta) " Rijkaard pensait déjà en termes offensifs quand il jouait " (Paolo Maldini)