Le Brésilien Luiz Felipe Scolari est l'entraîneur de Chelsea pour les quatre saisons à venir. " Il faut sauter dans le bon train. " Le sourire du coach est un peu forcé car en cinq ans à la tête de la Seleção das Quinas, il n'a rien gagné. " Je n'ai pu tenir ma promesse. L'équipe n'a pas reproduit ce qu'elle avait montré en 2004. C'est dommage car elle était plus forte qu'à l'époque et qu'en 2006. Pourtant, je ne conserve que de beaux souvenirs de ces cinq ans et de mes rapports avec les joueurs. "
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Le Brésilien Luiz Felipe Scolari est l'entraîneur de Chelsea pour les quatre saisons à venir. " Il faut sauter dans le bon train. " Le sourire du coach est un peu forcé car en cinq ans à la tête de la Seleção das Quinas, il n'a rien gagné. " Je n'ai pu tenir ma promesse. L'équipe n'a pas reproduit ce qu'elle avait montré en 2004. C'est dommage car elle était plus forte qu'à l'époque et qu'en 2006. Pourtant, je ne conserve que de beaux souvenirs de ces cinq ans et de mes rapports avec les joueurs. " Voilà qui fait une belle jambe aux Portugais. Le sourire de Scolari est d'ailleurs un peu forcé. Lorsqu'il s'exprime, le Portugal vient d'être éliminé des quarts de finale de l'EURO par l'Allemagne. La Fédération portugaise n'apprécie pas le timing de l'annonce de son passage à Chelsea : " Il est pour le moins malheureux. En plus, on aurait pu nous mettre poliment au courant. La situation actuelle n'a suscité que de l'agitation. "Chelsea a enrôlé un des entraîneurs les plus marquants du moment. En Amérique du Sud, il a tout gagné, y compris le titre de champion du monde avec le Brésil. Le successeur de José Mourinho, parti en septembre 2007 - Avram Grant était intérimaire - doit remplir la carte de visite de Chelsea. Les Blues ont délibérément opté pour un grand nom. Carlo Ancelotti (AC Milan) constituait aussi une option aux yeux de Roman Abramovich, le propriétaire de Chelsea. Celui-ci considère l'expérience de Grant comme un échec. Les Londoniens ont certes lutté jusqu'au bout pour le titre anglais et ont disputé la finale de la Ligue des Champions pour se contenter finalement des accessits. Le manque d'autorité, de personnalité et de passion a rendu une plus longue collaboration avec l'Israélien impossible. Un manager convoité peut être coûteux. Chelsea n'a révélé aucun détail sur le prix de Scolari. Certains journaux évoquent un salaire annuel oscillant entre six et neuf millions d'euros. Ce qui fait de lui le manager le mieux payé de tous les temps. " Mon salaire figure parmi les motifs qui m'ont poussé à accepter ce poste ", reconnaît-il sans sourciller. " La Fédération portugaise ne m'offrait pas assez. J'aurai 60 ans en novembre. Je compte entraîner encore quatre à cinq ans avant de prendre ma pension. " Les journalistes anglais ont fait part de leur stupeur : le nouveau manager de Chelsea gagne 36 fois plus que le Premier ministre, Gordon Brown. Big Phil n'a pas pitié de lui : " J'ai un job formidable mais il comporte beaucoup de responsabilités. Ce poste est plus important que celui de Premier ministre ou de président. Les gens parlent plus de football que de politique, de santé ou d'économie. La carrière d'entraîneur n'est pas facile, à quelque niveau qu'on l'exerce. Collaborer avec des footballeurs est formidable mais il faut travailler très dur pour obtenir des résultats. " Et ceux-ci parlent pour lui : Le sacre en 2002 avec le Brésil lors du Mondial asiatique mais aussi l'empreinte laissée sur le jeu du Portugal. Sous sa férule, l'équipe s'est hissée au-dessus de la moyenne européenne. Il a transformé une addition d'individualités en groupe. Tous les joueurs louent son travail et Chelsea attend énormément de lui. " Maintenant que Scolari travaille à Stamford Bridge, Manchester United aura du mal à renouveler son titre ", déclare Cristiano Ronaldo, le protégé de Scolari en équipe nationale. L'engagement du Brésilien peut paraître étonnant dans la mesure où jamais encore il n'a entraîné de club européen. Après avoir longtemps travaillé dans son pays, il s'est tourné vers de petites nations du football comme le Koweït, l'Arabie saoudite et le Japon à la fin des années 80. A 33 ans, Scolari était toujours professeur d'éducation physique et il entraînait les amateurs de Galopolis, au sud du Brésil. L'équipe était composée de travailleurs d'une fabrique d'étoffes. Scolari était rémunéré en vêtements et en couvertures. Les journalistes anglais décrivent Luiz Felipe Scolari comme un homme qui bat Mourinho à plates coutures dans l'art de susciter la controverse. Si A Special One doit essentiellement son image négative à ses attaques verbales, Scolari a un registre nettement plus étendu. Il s'est décrit lui-même comme le personnage le plus macho d'Amérique du Sud. En 2001, il a suscité l'émoi au Brésil en décrétant qu'il ne tolérerait pas de footballeurs homosexuels dans son équipe. Si, récemment, le sélectionneur français Raymond Domenech s'est ridiculisé par sa foi en l'astrologie. Scolari n'est pas en reste. Avant ses cruciaux matches de qualification pour le Mondial 2002, à la tête du Brésil, il a fait appel à des astrologues qui l'ont aidé à compléter la sélection. Scolari a commencé par nier, ignorant que son staff technique avait dévoilé l'affaire à la presse. Il n'eut d'autre choix que de passer aux aveux quand on produisit une facture portant sa signature. Scolari est un homme très croyant. Il est marié à Olga depuis 35 ans. Il a deux fils, Leonardo (23 ans) et Fabricio (16 ans). Il a déclaré un jour qu'il n'hésitait pas à adopter des méthodes peu conventionnelles. Son staff technique emmène des photos de Notre Dame de Fatima. Le coach prie avant chaque match. Sur le terrain, par contre, son comportement n'est pas exemplaire. Les bornes, il les a souvent dépassées. Ainsi, en septembre 2007, pendant le match de qualification du Portugal contre la Serbie, il en est venu aux mains avec le défenseur et ex-joueur du Standard Ivica Dragutinovic. L'altercation lui a valu une suspension de deux mois et une amende de 15.000 euros. " Ce ne fut pas le meilleur moment de ma vie. Mon épouse n'était pas très contente non plus ", commente maintenant le coach. " Cela ne m'arrivera plus jamais mais tout ce que j'ai fait, en réalité, c'est veiller à ce qu'il n'arrive rien à mes joueurs... La protection de mes footballeurs est une des rares choses qui peuvent me faire perdre mon contrôle. " Ce n'est encore rien du tout. Alors qu'il était sélectionneur du Brésil, une algarade verbale avec un journaliste dégénéra. Coach de Grêmio, Scolari frappa aussi son collègue du Flamengo, Vanderlei Luxemburgo. Il doit son surnom de sergent à cet incident. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il tire son inspiration d' One Art of War, un ouvrage vieux de 2.500 ans sur la stratégie militaire du général chinois Sunzi. Avant le début du Mondial 2002, Scolari distribua d'ailleurs un exemplaire de ce livre de treize chapitres à tous les membres de l'équipe brésilienne. En 2006, les internationaux portugais reçurent également la prose. Ses méthodes de travail fracassantes, sa tactique défensive et la prise de mesures impopulaires dans ses sélections lui ont valu de nombreuses critiques au Portugal. Il ne s'en est pas soucié. " Quand j'étais sélectionneur du Brésil, je restais sourd aux voix de 170 millions d'habitants. Y a-t-il une raison d'écouter les dix millions de Portugais ? Beaucoup de gens ne m'aiment pas et une grande partie de ceux-ci ne me supportera jamais. Cela ne m'intéresse absolument pas. "Felipão trouve le repos dans son foyer, auprès de ceux qui l'aiment. Il partage la vie d'Olga, d'un an sa cadette, depuis 1964. Ils se sont rencontrés à Porto Alegre, quand Scolari travaillait dans une pompe à essence pour compléter l'argent gagné en football. La petite histoire veut que Madame Scolari fréquentait un bon ami de son futur époux, quand ils ont fait connaissance. Devant s'absenter, l'ami lui demanda de veiller sur la dame. Sept ans plus tard, ils se passaient la bague au doigt. Par ailleurs, Olga Scolari aurait poussé son époux à sélectionner Kakà, qui n'avait pas encore vraiment éclos, pour le Mondial asiatique. Scolari a prouvé qu'il était capable de retirer le maximum d'un groupe. Il ose prendre des mesures impopulaires. Ainsi, en 2002, il a dédaigné Romario et en 2004, avant l'EURO portugais, il est entré au conflit avec les vedettes locales, Luis Figo et RuiCosta, ainsi qu'avec le chouchou du public, Vítor Baía. Scolari enchaîne : " Si je suis un bon entraîneur ? Je pense que oui. Partout où je suis passé, les résultats ont toujours parlé en ma faveur. Naturellement, j'ai des points faibles. Peut-être n'ai-je pas analysé à fond chaque aspect du football. " Le manager a certainement un handicap considérable, qui pèsera surtout à ses débuts à Chelsea : il maîtrise à peine la langue anglaise alors que la communication fait précisément partie de ses principales qualités. Il suit des cours d'anglais tous les jours et il dispose évidemment des meilleurs interprètes mais cette situation est tout sauf idéale. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il y a deux ans, Scolari a refusé le poste de sélectionneur de l'Angleterre. " Si je convoite ce poste, je dois maîtriser votre langue ", avait-il déclaré. " C'est moins pour la qualité de ma communication avec les joueurs que pour mes contacts avec les journalistes. Cette nuit, ils étaient vingt à guetter devant ma porte. Je n'ai aucune envie de vivre perpétuellement dans cette atmosphère. "Quelques livres sterling de plus l'ont fait changer d'avis. Ces mêmes journalistes anglais peuvent s'en donner à c£ur joie, aussi important soit le choc culturel pour Scolari. Peu après l'annonce officielle de son embauche à Chelsea, les tabloïdes publiaient déjà des révélations sur le Luiz Felipe Scolari d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Fabio Capello, l'Italien qui a dit yes à la Fédération anglaise en décembre 2007, décèle pourtant beaucoup d'avantages dans l'engagement de Scolari à Londres. " Un entraîneur brésilien qui dirige un club anglais peut apporter beaucoup au football britannique. C'est très intéressant. Scolari va apporter de nouvelles idées, de nouveaux concepts. Je suis convaincu qu'il va faire du bon travail car il est extrêmement intelligent. Son absence d'expérience comme entraîneur de club en Europe ne lui jouera pas de tours. Il est assez malin et il a déjà entraîné aux quatre coins du monde. " Les cartes lui sont donc favorables, pour l'heure. Chelsea sait quel type d'entraîneur il a embauché. Scolari a déjà convaincu un des pions majeurs du club londonien, son capitaine, John Terry. Après la victoire de Chelsea contre Liverpool en demi-finales de la Ligue des Champions, à la mi-avril, Scolari dînait avec des amis et le manager Jorge Mendes dans un restaurent du West End. A ce moment, Terry et ses coéquipiers débarquèrent pour fêter leur succès. On connaît l'influence du défenseur à Chelsea. Même si Terry se garde d'en faire étalage, ce n'est pas un secret : il n'aimait pas Avram Grant. Même José Mourinho a pâti de sa mauvaise relation avec le skipper. Le soutien de Terry est vital si un manager veut réussir chez les Blues. On présenta Scolari et Terry. Les deux hommes eurent alors un entretien informel d'une demi-heure. Durant cette conversation, malgré son anglais limité, le Brésilien parvint à convaincre le défenseur qu'il était l'homme qu'il fallait pour entraîner. Une discussion sur la tactique, des phases de match et les transferts souhaités, dans un cadre agréable, avec un apéritif et des zakouski, fit des miracles. Une des personnes présente en témoigne : " Scolari a immédiatement fait impression sur Terry. Il débordait d'assurance et il était clair qu'il s'y connaissait en football, même s'il n'avait encore jamais travaillé en Angleterre ni avec des joueurs anglais. " Offrira-t-il un football attractif à Stamford Bridge ? On peut en douter. Ces dernières années, les supporters de Chelsea n'ont pas été gâtés par la qualité du jeu des leurs, par rapport à Arsenal. Scolari ne mènera pas de révolution, même s'il a fait transférer José Bosingwa (FC Porto) et Deco (Barcelone). " Evidemment, je trouve plus agréable d'obtenir des succès en développant un beau football mais je vise avant tout les résultats. Ils constituent mon premier objectif et je n'ai aucun doute : nous réussirons. Je suis professionnel. J'ai déjà vécu dans plusieurs endroits du monde, je peux m'adapter à tout et être rentable. " par vincent okker, esm