Ce championnat est animé d'étranges séquences. Il y a dix jours, après le match nul du Club Bruges contre Lokeren, Michel Preud'homme s'était interrogé quant à la mentalité de son équipe. C'est bizarre dans le chef d'un entraîneur qui insiste tant sur la passion et l'engagement, dans un club dont le dévouement et la furia sont la marque de fabrique. Plutôt que de se demander pourquoi l'équipe s'assoupit par moments, il est bien plus intéressant de savoir comment ça se produit.
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Ce championnat est animé d'étranges séquences. Il y a dix jours, après le match nul du Club Bruges contre Lokeren, Michel Preud'homme s'était interrogé quant à la mentalité de son équipe. C'est bizarre dans le chef d'un entraîneur qui insiste tant sur la passion et l'engagement, dans un club dont le dévouement et la furia sont la marque de fabrique. Plutôt que de se demander pourquoi l'équipe s'assoupit par moments, il est bien plus intéressant de savoir comment ça se produit. Parce que les footballeurs se laissent trop aisément contaminer par le virus de la facilité ? Parce qu'ils se surestiment ? Le fait que cela arrive parfois au Club est éloquent quant à la mentalité qui règne dans le football contemporain. Chacun ne s'intéresse qu'à sa personne et dans ces conditions, il n'en faut pas beaucoup pour entamer le collectif. Michel Preud'homme, un modèle de professionnalisme durant sa carrière de joueur, doit réveiller la flamme brugeoise plus souvent qu'il ne le souhaiterait. Le Club a été brillant à Aalborg et est quasiment assuré d'atteindre les huitièmes de finale de l'Europa League. Mais dimanche, à Gand, il n'a pu poursuivre sur sa lancée. Preud'homme a notamment évoqué les suites du déplacement européen et a cyniquement balayé une remarque concernant un mauvais choix tactique en première mi-temps. Comment un homme présentant de tels états de service peut-il éprouver tant de mal à supporter la critique ? C'est plus fort que lui. Depuis le début de l'année, la stabilité pose problème aux Bleu et Noir. Comme à tout le championnat. Trois défaites en 27 matches, ce n'est pas une catastrophe en soi mais le Club a également concédé dix matches nuls. 52 points sur 81, cela ne représente que 65 % du butin. La saison passée, après 27 journées, le Standard comptait 63 points et le Club, son dauphin, en était à 56. Le championnat peut connaître tous les revirements possibles et nous nous apprêtons à vivre des play-offs palpitants. Cinq points seulement séparent le premier du cinquième. Donc trois au début des play-offs. Quel rôle va jouer Gand, qui a trouvé pendant la trêve hivernale son chaînon manquant en la personne de Moses Simon ? Il confère de la vitesse et de la profondeur au jeu. Il augmente aussi le rendement de Laurent Depoitre. Pourtant au comble du bonheur, Hein Vanhaezebroeck a accueilli la victoire avec une modestie remarquable. Il a accompli un pas en avant dans sa carrière. De même, ces derniers temps, il dissimule mieux son manque latent de quiétude. Courtrai s'est joliment ressaisi après sa défaite à Waasland-Beveren pour étriller Westerlo. Avec les deux attaquants les plus productifs de la D1 : Ivan Santini est l'auteur de treize buts et de trois assists, Teddy Chevalier de dix buts et d'autant d'assists. Quant au Sporting Charleroi, il mérite vraiment sa place dans les play-offs. En début de saison, le Mambourg était froid mais par moments, il développe maintenant un football qui réchauffe le coeur. Les entraîneurs ont parfois un mal fou à se contrôler après une défaite. Harm van Veldhoven, qui est pourtant d'un naturel chaleureux, s'est immédiatement réfugié dans le car après la défaite 6-0 de Westerlo à Courtrai. C'est un signe de faiblesse. Après une telle raclée, un entraîneur doit expliquer pourquoi il a posé certains choix tactiques et pourquoi son équipe a été aussi faible. Au lieu de ça, Van Veldhoven a fui dans le bus. Samedi, après le nul 2-2 de Zulte Waregem au Cercle, Francky Dury ne s'est pas présenté à la conférence de presse, ulcéré par quelques décisions malheureuses de l'arbitre, Nicolas Laforge. Les joueurs n'ont pas eu le droit de s'adresser à la presse non plus. Impossible de trahir plus d'impuissance. Il est plus que jamais difficile de se contrôler, pour certains, dans un monde du football empêtré dans les rets de l'émotion. Certains dirigeants se fendent également de déclarations cassantes. Ils ne sont pas capables de dépasser les seuls intérêts de leur club. PAR JACQUES SYSLes entraîneurs qui brossent les conférences de presse trahissent leur impuissance.