Deux arrêts. Il n'aura fallu que deux arrêts de classe mondiale pour faire une réputation. Deux arrêts seulement. Pas cinq ou six comme la légende le laisse entendre. Deux. Une transversale de Wamberto, suivie d'une tête à bout portant de Mémé Tchitéet un retourné acrobatique d'Oguchi Onyewu prenant la direction de la lucarne et détourné du bout des doigts. Du jour au lendemain, le monde du football apprenait à connaître le nom de Wouter Biebauw. C'était il y a cinq ans, en 2006, un après-midi de fin avril ensoleillé. Ce dimanche-là, le Standard voyait s'envoler son objectif n°1 et ses espoirs de titre. Il rajoutait un chapitre à la malédiction du club liégeois privé de sacre depuis 23 ans. Ce match est resté gravé dans toutes les mémoires des supporters du Standard. Telle une cicatrice indélébile. Dans celles des joueurs et du membre du staff technique de l'époque aussi. Comme en témoignent les refus d'évoquer la rencontre de la part de Dominique D'Onofrio, Sergio Conceiçao ou Siramana Dembélé. Il y a des fantômes qu'il vaut mieux ne pas réveiller. Comme pour conjurer le sort. Mais comment ne pas en reparler alors que se profile la finale de la Coupe...
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Deux arrêts. Il n'aura fallu que deux arrêts de classe mondiale pour faire une réputation. Deux arrêts seulement. Pas cinq ou six comme la légende le laisse entendre. Deux. Une transversale de Wamberto, suivie d'une tête à bout portant de Mémé Tchitéet un retourné acrobatique d'Oguchi Onyewu prenant la direction de la lucarne et détourné du bout des doigts. Du jour au lendemain, le monde du football apprenait à connaître le nom de Wouter Biebauw. C'était il y a cinq ans, en 2006, un après-midi de fin avril ensoleillé. Ce dimanche-là, le Standard voyait s'envoler son objectif n°1 et ses espoirs de titre. Il rajoutait un chapitre à la malédiction du club liégeois privé de sacre depuis 23 ans. Ce match est resté gravé dans toutes les mémoires des supporters du Standard. Telle une cicatrice indélébile. Dans celles des joueurs et du membre du staff technique de l'époque aussi. Comme en témoignent les refus d'évoquer la rencontre de la part de Dominique D'Onofrio, Sergio Conceiçao ou Siramana Dembélé. Il y a des fantômes qu'il vaut mieux ne pas réveiller. Comme pour conjurer le sort. Mais comment ne pas en reparler alors que se profile la finale de la Coupe... La scène se passe à Roulers, " sur un terrain pas très grand, dans un petit stade, au fin fond de la Belgique, quasiment à la mer ", explique Philippe Léonard, titulaire à gauche cette saison-là. Le club flandrien, promu l'été précédent, a réalisé une bonne saison sous la houlette de Dennis van Wijk et s'est sauvé. Ce jour-là, le stade sentait la kermesse, le boudin barbecue et les effluves des fêtes de fin de saison réussie. " Il s'agissait un peu de notre match gala ", explique Sébastien Dufoor, l'ancien attaquant de Roulers, aujourd'hui au White Star. " C'était la première fois qu'on recevait le Standard et pour les nombreux bruxellois du noyau, Steve Barbé, Frédéric Vanderbiest ou moi, cela signifiait quelque chose. " Il faut dire que le Standard avait tout pour impressionner son hôte du jour. Des résultats, des noms, des personnalités et une cohorte de supporters venus prolonger les derniers espoirs d'un titre qui tardait à se matérialiser. Une semaine plus tôt, ils avaient déjà été battus en brèche mais le déplacement avait un côté bien plus prestigieux. Bien loin du charme désuet du Schiervelde, le stade Constant Vanden Stock avait accueilli ce que certains avaient désigné comme tournant du championnat... " A Anderlecht, nous étions beaucoup trop timorés ", se remémore Christian Negouai, utilisé cette saison-là à la fois comme médian défensif et comme attaquant. " Nous étions premiers depuis le début du championnat. Or, nous ne l'avons jamais montré à Anderlecht. Nous n'avons pas été là-bas en leaders... ". Nervosité, signe du destin, le Standard avait craqué dans l'antre de son meilleur ennemi et perdu son siège de leader du classement. " A Anderlecht, on s'était adapté au jeu de l'adversaire, ce qu'on n'avait jamais fait auparavant ", relate Léonard. " Pourtant, on ne peut pas dire qu'on avait développé un complexe d'infériorité vis-à-vis d'eux puisqu'on les avait battus à domicile. Mais au retour, on n'a pas joué. On était acculé dans notre moitié de terrain. On ne parvenait pas à sortir et les rares fois où on y arrivait, on balançait de longs ballons vers Tchité qui partait seul à l'abordage. Nous n'avions pas l'énergie pour nous propulser vers l'avant et lui prêter main forte. Pourtant, on n'avait pas eu affaire à un énorme Anderlecht. Malgré tout le respect que j'ai pour lui, c'était Yves Vanderhaeghe leur pierre angulaire. C'est lui qui organisait le jeu et malgré cela, on ne s'en est pas sorti ! " Coup franc de Pär Zetterberg et l'affaire était pliée. 2-0. Anderlecht repassait devant le Standard au classement. Avec encore deux journées dans les pattes. Pour la 33e journée, le programme réservait un Roulers-Standard et un Gand-Anderlecht. Avant un Standard-Gand et un Anderlecht-Zulte Waregem. " Après cette rencontre à Anderlecht, j'avais l'impression que l'histoire se répétait. J'avais déjà connu pareil scénario à l'époque de Robert Waseige ", se rappelle Léonard. " On a été assommé par cette défaite à Anderlecht et il nous avait fallu deux, trois jours avant d'avoir la tête à Roulers. " " Il y avait eu beaucoup de discussions dans le groupe après Anderlecht ", ajoute Negouai. " Il nous avait manqué de la maturité tactique car certains joueurs avaient été changés de position. Moi, j'avais disputé les derniers matches dans la peau d'un attaquant et marqué plusieurs buts. Mais à Anderlecht, on avait décidé de me replacer au médian défensif. Même s'il était composé de joueurs expérimentés, le groupe, moi y compris, n'était pas assez fort et mature pour gérer ces situations. "Le Standard était donc déjà groggy en arrivant à Roulers. Après une première mi-temps d'observation, les hommes de Dominique D'Onofrio accélèrent après la pause. Des centres au cordeau, des débordements, des tirs, une transversale de Wamberto qui revient sur la tête de Tchité. Premier miracle de Biebauw. " Deux semaines auparavant, Jurgen Sierens, le titulaire s'était blessé ", se souvient Biebauw. " Je n'avais que 19 ans et j'avais disputé à Mouscron, la semaine précédente, mon premier match en D1. Contre le Standard, je savais que cela risquait d'être une rencontre très importante pour mon avenir. Cela ne pouvait que s'avérer une bonne publicité. Je voulais prouver mes qualités et que j'avais le niveau de la D1. Mais tu ne sais jamais comment un match va tourner. J'ai tout de suite senti que j'avais de bonnes sensations. " Les secondes passent. Dans les gradins, les supporters crient, invectivent aussi. Comme sur cette rentrée en touche d'Onyewu, légèrement frappé par un supporter roularien masqué. Si sur le terrain, la tension est palpable, elle ne dépasse pas les bornes. " Nous étions le Petit Poucet ", explique Dufoor. " Moi, Bruxellois, je voulais tout faire pour empêcher le Standard de devenir champion. Nous avons passé toute la deuxième mi-temps dans notre rectangle. On sentait le Standard très nerveux. Je revois cette image de Conceiçao, présent en tribune, en train de fumer sa cigarette. Dans les duels, il y avait beaucoup de gros mots et d'injures qui volaient. Nous, on s'accrochait comme on pouvait. Puis arrive cette 90e minute... "94e exactement. Dégagement de Vedran Runje. Onyewu, utilisé comme attaquant dans ces dernières minutes, contrôle de la poitrine (et un peu de la main), pivote et, de volée, envoie le cuir en pleine lucarne. Biebauw en pleine extension va le rechercher. " Il a fait le match de sa carrière ", rigole Dufoor. " Un match comme il n'a plus jamais fait depuis lors ", reconnait Léonard. " On avait dominé du début à la fin. Les dix dernières minutes étaient très stressantes car on sentait que le titre nous filait entre les doigts. Quand j'ai vu la reprise d'Onyewu, je me suis dit - On y est ! J'ai vécu un moment de joie qui a duré un millième de seconde. Et ben non, le gardien était toujours là. Pourtant, je n'avais jamais vu Onyewu effectuer une telle volée. " Rideau. 0-0 et le Standard qui ne profite pas du match nul d'Anderlecht pour repasser devant. Biebauw a, lui, lancé sa carrière. " Je ne me souviens pas de l'ambiance dans le vestiaire car je suis passé d'interview en interview. J'ai encore la bouteille de champagne du match, le DVD et le maillot que je portais. Toute la publicité qui a suivi fut incroyable. La télévision est même venue à l'école car je faisais encore des études de marketing. Deux ans plus tard, quand je fus transféré à Malines, on se souvenait encore de mon match face au Standard. Les supporters liégeois m'en ont un peu voulu mais pas trop. Je me souviens juste que j'avais été sifflé lors de mon passage à Sclessin la saison suivante. Sinon, ils ont compris que je n'avais pas réalisé une telle prestation pour les embêter. "" Tout le monde s'est demandé ce qu'il avait mangé ", résume Dufoor. " Pour lui, c'était comme s'il avait gagné la Coupe du Monde. Avant cela, personne ne le connaissait. "Cette prestation sonnait le glas du Standard. " Dans le vestiaire, tout le monde est resté silencieux ", se rappelle Léonard. " Tout le monde se rendait compte qu'on était passé à côté de la montre en or. "Une semaine plus tard, l'épilogue avait lieu. Un Standard sans ressort finissait la saison en roue libre, s'inclinant une nouvelle fois face à Gand. Léonard : " On a rendu une prestation fantomatique, sans âme. On n'avait pas le droit de finir de la sorte même si on savait qu'on échouerait à la deuxième place. "Le club avait cependant prévu un podium pour fêter une équipe qui venait de réaliser le meilleur résultat du club depuis plus de dix ans. Mais la frustration et l'émotion prirent le dessus sur l'analyse et la fête. A peine monté sur le podium, l'entraîneur était visé par une motte de terre. " Quand on a vu ce qui arrivait à Dominique, on n'était pas pressé de monter sur le podium ", affirme Léonard. " J'étais en bas des marches et j'ai vu ce qui se passait. Il avait été jeté en pâture, exposé à tout le monde. Ce fut sans aucun doute un grand moment de solitude pour lui. C'est toujours facile de trouver un bouc émissaire mais son message avait fonctionné toute la saison. Ce n'est pas lui qui était responsable de notre fin de saison. Moi, je ne comprenais pas la réaction des supporters car on revenait d'années de disette. Le public aurait dû voir qu'on avait donné le maximum sur la saison et ne pas se focaliser sur les derniers matches. La saison avait été belle et pleine d'espoirs, même si on n'avait rien gagné... "PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" J'ai encore la bouteille de champagne, le DVD et le maillot du match. "(Wouter Biebauw)