R oberto Mirri (30 ans) a à peine poussé la porte du Ristorante Pantalone, à Bruxelles, qu'un homme vient lui faire la bise. Albert Cartier, un habitué des lieux. Ex-coach de Mirri à Mons. Le Français est un ami du patron : ils multiplient ensemble les joggings et préparent les prochains 20 km de Bruxelles.
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R oberto Mirri (30 ans) a à peine poussé la porte du Ristorante Pantalone, à Bruxelles, qu'un homme vient lui faire la bise. Albert Cartier, un habitué des lieux. Ex-coach de Mirri à Mons. Le Français est un ami du patron : ils multiplient ensemble les joggings et préparent les prochains 20 km de Bruxelles. Mirri-Cartier : souvenirs, souvenirs... Bons souvenirs ! " Les problèmes actuels de Mons, je te les avais prédits dès le mois d'avril de l'année dernière, hein, Roberto ", lance Cartier. " Maintenant, tu comprends mieux pourquoi je n'ai pas prolongé là-bas ?"Autre anecdote : " Tu te souviens de la tête des jeunes du noyau quand j'avais dit dans le vestiaire que vous deviez avoir en bouche le goût du sang de vos adversaires ?" Cartier rigole, ça fait aussi rire Mirri. Mirri passe à table : " Cartier est le meilleur entraîneur que j'aie eu à Mons. Il avait directement remis de la discipline dans le vestiaire. " Le vestiaire le plus difficile de D1 ? " Non, sûrement pas. Je lis qu'il y a des clans et des clashes mais c'est exagéré. Simplement, il ne peut pas y avoir une bonne ambiance quand les résultats sont mauvais. Tout le monde vit les défaites à sa manière : certains se renferment, d'autres continuent à rigoler. Il y a parfois des coups de gueule, mais ça aussi, c'est normal : tous les joueurs ne sont pas obligés de s'aimer. Mais quand on est pro, on doit être capable de bien s'entendre avec n'importe quel coéquipier. "Les potes montois de Mirri sont Frédéric Herpoel, Frédéric Jay et Alessandro Cordaro. Parce que les deux premiers sont de sa génération, parce que le troisième a des racines italiennes. Mirri est chez nous depuis cinq ans. Il ne s'attendait pas à jouer aussi longtemps en Belgique. Alberto Malusci, qui avait été son coéquipier à Catane, lui a parlé de Mons et il a signé à la trêve du championnat 2003-2004. " Je ne m'étais engagé que pour six mois. Mais nous nous sommes sauvés avec Sergio Brio et je me suis dit : -Pourquoi ne pas continuer l'aventure ? L'année suivante, nous avons basculé en D2, j'aurais voulu m'en aller mais j'étais gravement blessé au tendon d'Achille, donc il n'y a pas eu d'offres. Et finalement, je me suis installé de plus en plus en Belgique. Avec le temps, on m'a aussi oublié complètement en Italie. D'année en année, mes chances de pouvoir rentrer au pays diminuaient. " Aujourd'hui, il est le capitaine de l'équipe. Par défaut. Et à contrec£ur depuis la fameuse histoire du resto entre coéquipiers : " Christophe Dessy a appris que nous étions allés manger en ville et il en a parlé à la presse. On nous a presque fait passer pour des alcooliques. C'était pendant la semaine qui précédait notre match à Anderlecht : peut-être notre meilleur cette saison. J'aurais encore compris qu'on nous accuse si nous étions sortis avant le match à Charleroi, où nous avons été catastrophiques. Mais là, non. Qu'est-ce qui est mieux ? Manger entre copains et boire un verre, ou passer bêtement ses soirées devant la télé en ruminant notre classement catastrophique ? J'ai dit à la direction que je ne voulais pas rester capitaine mais on m'a demandé de garder le brassard pour éviter une nouvelle polémique. J'ai donc décidé de prendre un brassard noir. Comme en signe de deuil pour bien montrer ce que j'en pense. Et de toute façon, le seul capitaine de Mons reste Herpoel. C'est toujours lui qui tient ce rôle dans le vestiaire. " Roberto symbolise l'apport italien dans l'histoire de Mons en D1. Il y a eu quelques étoiles filantes, comme Carlo Cardascio ou Alessio Scarchilli. " Un gars comme Scarchilli ne pouvait jamais réussir dans ce club. Nous étions obligés de nous arracher à chaque match, c'était la guerre chaque week-end, alors que lui, son truc, c'était de jouer au ballon. Il était trop calme pour s'imposer dans une équipe pareille. " Aujourd'hui, il y a Francesco Migliore. Entre ces deux générations, on a vu une ex-star européenne : Alessandro Pistone. " Des qualités à revendre mais il était clairement en bout de course et il tirait la langue dès que le rythme s'accélérait. " Et il y eut bien sûr Brio. " Il en a pris plein la figure, tout le monde l'a démoli mais je ne serai jamais d'accord avec ça. Il a essayé d'apporter quelque chose à Mons : une méthode de travail, du professionnalisme. Personne n'en a voulu. Il était trop pro pour ce club, il est arrivé trop tôt parce qu'il n'y avait pas encore de culture de la D1. Beaucoup de choses se sont passées dans son dos et la situation a dégénéré de semaine en semaine. J'avais de très bons rapports avec Brio. Nous prenions l'avion ensemble pour rentrer en Italie, nous retournions dans la même région : lui à Pistoia, moi à Florence. Je gardais toujours une certaine distance, comme entre un joueur et son entraîneur, mais nous avions des conversations de football très intéressantes. "C'est avec Brio que Mirri a vécu l'un de ses meilleurs souvenirs à Mons : le maintien en D1 " alors que tout le monde nous avait définitivement enterrés à la trêve. " Il retient aussi le retour en première division avec José Riga " même si j'ai pas eu l'impression d'en être un acteur principal, à cause d'une sale blessure " et les deuxièmes tours sur les chapeaux de roue avec Riga puis Cartier. Et le plus triste moment ? " Le fameux 0-9 contre Bruges. Nous étions mathématiquement sauvés après ce match, mais quelle claque ! Brio est allé faire le fou devant les supporters, il était complètement déchaîné. C'était surtout de la maladresse : il avait beaucoup bossé pour atteindre l'objectif et il s'est subitement relâché. Moi, j'ai pleuré comme un gosse. Je me sentais nul, ridicule. Je me suis demandé à quoi ça servait encore de jouer au foot ? Ce traumatisme m'a poursuivi longtemps... "Quand il quittera Mons, Mirri gardera des souvenirs forts de quelques coéquipiers. " Wamberto et Pistone : des professionnels exemplaires. Wilfried Dalmat : il peut jouer ailleurs qu'en Belgique. Benjamin Nicaise : je ne comprends pas pourquoi il n'a jamais reçu une vraie chance en France. François Zoko : il était fort critiqué mais physiquement, c'était un monstre. Dommage que la tête ne suivait pas toujours. Adriano Duarte m'a aussi marqué. Comme Jay : sobre, régulier, intelligent dans le jeu. " A côté de cela, beaucoup d'échecs. Il en retient un : " Mohammed Aliyu Datti, une énigme. Quand il est revenu de Zulte Waregem, je n'ai vraiment pas reconnu le gars qui avait claqué plein de buts pour nous deux ans plus tôt. Complètement méconnaissable, comme s'il avait tout perdu. A l'entraînement, ça allait encore, mais dès qu'il jouait un match, il n'était plus nulle part. La tête ne suivait plus. " Cette saison, il y a peu de têtes qui suivent. " Nous avons plus de qualités que l'année où nous avons basculé en D2, mais le problème mental est énorme. Si rien ne change à ce niveau-là, ce sera presque mission impossible. Dès que nous encaissons un but, les têtes tombent, on n'y croit plus. Nous avons prouvé dans plusieurs gros matches que nous savions jouer au football : contre Genk, à Anderlecht, au Standard. Mais à côté cela, nous avons multiplié les prestations catastrophiques. Si nous n'arrivons pas à changer très vite certaines choses, les neuf derniers matches seront neuf chemins de croix. "Et quel que soit le verdict final, l'avenir de Mons ne se conjuguera probablement plus avec celui de Mirri : " J'arrive en fin de contrat. Le club a une option de deux ans qu'il peut lever avant la fin du mois de mars, mais il ne bougera pas. Nous devions nous mettre à table en début de saison. La direction a reporté le rendez-vous. Il était prévu de se voir après quatre matches. Puis, il a été question de Noël, ensuite de fin janvier. Maintenant, on me dit que rien ne sera décidé avant le maintien. Dans ma tête, je suis déjà parti. A part l'année de la remontée, j'ai toujours dû me battre pour le maintien avec Mons. C'est dur à vivre. Et de toute façon, je ne veux plus jamais connaître une saison comme celle-ci. J'ai d'ailleurs déjà failli partir l'été dernier. J'avais une belle offre du CSKA Sofia, tout était arrangé entre le club et moi, mais Mons a finalement refusé de me laisser partir. "Son ambition est de retourner en Italie : " La D2, ce sera difficile. Mais pourquoi pas en D3, où c'est encore totalement professionnel ?". L'Italie sera privilégiée car l'homme souffre. Le mal du pays a une explication : son fils de 8 ans qu'il voit très peu. " Mon aventure à Mons m'a coûté mon mariage. Ma femme est toujours restée en Italie avec notre fils. Mais plus les années passaient, plus les retrouvailles étaient difficiles car nous étions deux célibataires qui devaient subitement reprendre une vie de couple, l'espace de quelques jours. Cela n'a pas tenu. Et notre séparation est définitive depuis un peu plus d'un an. Le club me donne des facilités, j'ai l'occasion de rentrer pour voir mon enfant une fois par mois environ, mais c'est dur. C'est difficile de vivre avec un problème pareil dans la tête quand ça va déjà aussi mal sur le terrain. "par pierre danvoye - photos : reporters/guerdin