VISTA : " Il voit tout plus vite que les autres "

John van den Brom a donné 13 ans de sa carrière à Vitesse Arnhem : 12 en tant que joueur (1986-1993 et 1996-2001) et une comme coach (2011-2012). Reporter à Omroep Gelderland, Jan Sommerdijk l'y a fort bien connu sous ces deux casquettes : " Durant sa première période, il fait office d'attaquant en retrait. Grâce à sa frappe lourde, il a valu une douzaine de buts par saison, inscrits le plus souvent depuis la deuxième ligne. A son retour, après des courtes expériences à l'Ajax Amsterdam et à Istanbulspor, il devient un véritable box-to-box. Une productivité moindre mais une meilleure lecture du jeu. C'est sa vista qui me vient prioritairement à l'esprit. John a toujours tout vu un temps plus vite que les autres. Aussi bien sur le terrain que sur le banc. Il a eu le coaching dans le sang dès son plus jeune âge. Chaque séance est consignée dans un carnet. Ce qui a fait dire au T1 de l'époque, Bert Jacobs, que ses coéquipiers allaient à l'entraînement mais que John allait au cours. Idem avec son bon pote Edward Sturing. Il était écrit que tous deux embrasseraient le métier d'entraîneur. "

GESTION : " Van Gaal comme modèle "

En 1993, l'Ajax, coaché par Louis van Gaal, engage Van den Brom afin de remplacer Wim Jonk, parti à l'Inter Milan avec Dennis Bergkamp. Mais le nouveau venu ne parvient pas à s'imposer.

Ronald Kres, journaliste au quotidien De Telegraaf. " Valeur sûre à Vitesse Arnhem, voilà que, du jour au lendemain, il est subitement rétrogradé au rang de réserviste de luxe. Cette expérience douloureuse lui a quand même été profitable : il a appris beaucoup sur la gestion des hommes. Van Gaal a beau passer pour hautain et abject auprès de bon nombre de suiveurs, il sait s'y prendre avec son groupe. Tant avec ceux qui jouent qu'avec les réserves. Une anecdote : en 1994-1995, le coach n'a pas voulu que son joueur, une fois de plus écarté du onze de base, se produise avec l'équipe B à Arnhem. Car ç'aurait été un affront pour lui. Mais lors du retour, avec la Première cette fois, il l'a titularisé en raison de l'absence de Jari Litmanen. Avec la permission de pouvoir rester auprès de sa famille, à Arnhem, s'il inscrit un but ce jour-là. Et, comme par hasard, John paraphe le 2-3 de la victoire ! A ADO La Haye, la petite histoire veut que la même situation se répète mais avec les rôles inversés. Devenu coach, il a promis à son extérieur slovaque, Frantisek Kubik, de pouvoir rentrer quelques jours à Bratislava en cas de but face à l'Ajax. Et, contre toute attente, l'ADO l'emporte 3-2 dans ses installations. Grâce à une réalisation signée in extremis par qui l'on devine. Comme motivateur, l'homme est très fort. "

POLYVALENT : " Joueur, entraîneur, scout "

John van den Brom boucle sa carrière active à De Graafschap (2001-2003). Il se reconvertit d'emblée comme scout au sein du club de Doetinchem, fonction qu'il combine avec celle de coach de Bennekom, une équipe amateur. Un an plus tard, il est responsable de la Réserve et des jeunes à l'Ajax.

" Prospecteur ? Une fonction nouvelle pour moi à l'époque ", souligne-t-il. " Jusqu'alors, j'avais été non seulement joueur mais aussi entraîneur des jeunes, car Bert Jacobs m'avait autorisé à coacher les U15 à Vitesse. Je connaissais donc le terrain mais pas les à-côtés. C'est pourquoi la détection m'intéressait. Tout comme mon nouveau rôle de mentor dans une formation composée de gens pour qui le football n'était rien qu'un hobby. J'ai toujours été habitué à un milieu qui respire uniquement par et pour le foot et voilà que je me suis retrouvé avec des gars qui n'avaient pas du tout la même fibre. Comme un camionneur, par exemple, qui avait juste le temps de prendre son sac, le soir, avant de se rendre à la séance que je dispensais. Moi qui ai été le plus souvent habitué à gagner, j'ai fait là l'apprentissage de la défaite. Enrichissant, malgré tout. J'aurais poursuivi là-bas si un fait divers n'avait pas retenu mon attention dans la foulée de l'EURO 2004. En vacances en République Dominicaine, j'ai appris que Marco van Basten et Johnny van 't Schip, formateurs à l'Ajax, étaient cités à la tête de la sélection orange. J'ai donc posé ma candidature pour retourner là-bas. Et elle a immédiatement été retenue par Louis van Gaal. Ce qui l'a intéressé, ce n'était pas mon passé avec la jeune classe à Arnhem. Ce qu'il a voulu savoir, c'est comment j'avais fait passer mon message avec des adultes : je devais composer avec ceux-là aussi chez les Amstellodamois ."

ANTI-VEDETTES : " L'ensemble prime l'individu "

L'entrée en matière de Van den Brom au centre sportif De Toekomst du club ajacide ne passe pas inaperçue. Ainsi, il oblige l'ancien titulaire Winston Bogarde, qui maintient sa condition avec les jeunes, à ramasser les ballons au même titre que les autres.

" Avec lui, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de favoritisme ", remarque David de Vries de l'hebdomadaire sportif Voetbal International. " A Vitesse, la saison passée, il n'a jamais hésité à remettre à leur place ceux qui se sont pris pour les vedettes de l'équipe, à savoir le Géorgien Giorgi Chanturia et l'Equatorien Renato Ibarra. A leur place, il a fait appel à des gars moins doués, style Julian Jenner ou encore Marcus Pedersen pour qui la notion de collectif n'est pas un vain mot. Patrick van Aanholt a su lui aussi, très rapidement, à quoi s'en tenir. Transféré des classes d'âge du PSV à Chelsea au même titre que le Français Gaël Kakuta, il a cru lors de son prêt qu'il lui suffirait de paraître pour s'imposer. Il a vite dû déchanter, à l'image d'autres joueurs désirés surtout par le patron, Merab Jordania, comme Valeri Qazaishvili et Ulises Davila. Pour John, l'ensemble prime sur l'individu. Et si des sans-grades répondent plus à l'attente que des gars confirmés, son choix est vite fait. Non pas qu'il soit incapable de travailler avec des vedettes. Mais, pour lui, les cracks doivent encore en faire plus que les autres au nom de leur talent, justement. "

FORMATEUR : " Il n'a pas son pareil pour booster les jeunes "

Au bout de deux saisons à la tête de Jong Ajax, John van den Brom répond à l'appel des dirigeants de l'AGOVV Apeldoorn, soucieux de lui confier les A. Il y passera trois ans, en contribuant au passage à l'éclosion de joueurs tels Dries Mertens et Nacer Chadli.

" L'AGOVV, c'est un peu une punition pour un coach ", précise Jan Leerkes, ancien press-officer du club. " Car Apeldoorn n'est pas l'endroit le plus sexy de Hollande et son club, avec une moyenne d'assistance de 1.500 personnes à peine, en D2, n'a jamais attiré grand-monde. Conséquence positive : faute de possibilités de divertissement, les joueurs n'y ont que le football. Et ceci explique quelques belles réussites, même pour des causes a priori perdues. Comme le retour au premier plan de Sherjill McDonald, recalé à Anderlecht et Hambourg mais qui a rebondi à l'AGOVV avant de retrouver à nouveau ses sensations à Roulers puis au Beerschot. Mais la réussite est plus frappante encore dans le cas de Mertens et Chadli, qui doivent à John d'être devenus Diables Rouges. Faire mûrir et progresser des jeunes a toujours été sa marque de fabrique. Indépendamment de ce duo, je citerai aussi le Congolais Chiro Vuza N'Toko et Roman Leeuwin qu'il a emmenés lors de son passage à l'ADO La Haye en 2010-2011. Il n'a pas son pareil pour préparer les jeunes au haut niveau. Même si cette tâche est plus aisée dans un club de D2 que parmi le top belge. "

OFFENSIF : " Des résultats d'anthologie à l'ADO "

Après ses années à l'AGOVV, John van den Brom prend la direction de l'ADO La Haye, où il reste une saison en 2010-2011. Sous sa coupe, le club termine 7e et arrache pour la première fois depuis un quart de siècle un passe-droit européen. Au prix d'un football bien léché de surcroît.

" Honnêtement, je n'ai pas compris les commentaires d' Aad de Mos selon lesquels JVDB est un spécialiste du contre ", remarque Arnout Verzijl, rédacteur au mensuel Elf. " Il faut quand même m'expliquer comment un club peut procéder d'une telle manière avec Dmitri Bulykin en pointe. Car le Russe est tout sauf un joueur fait pour cette conception. C'est bien simple, à la course, il se fait rattraper par n'importe quel escargot. A quoi sert-il de lancer des ballons en profondeur pour lui dans de telles conditions ? Par contre, avec son physique de déménageur et son habileté, tant dans le jeu aérien qu'au pied, il s'est révélé un atout des plus précieux tout au long de la saison. Flanqué de Frantisek Kubik et Wesley Verhoek, l'entraîneur a possédé deux bons pourvoyeurs de ballons sur les flancs et un véritable renard des surfaces. Les chiffres sont éloquents : Bulykin a terminé à la 2e place du classement des buteurs, avec 21 goals, deux de moins que Björn Vleminckx. Pas une seule fois, JVDB n'a dérogé à son système. A domicile, il a même évolué avec un quatrième élément offensif, tant le Slovaque Aleksandar Radosavljevic a appuyé la man£uvre. Cela a valu quelques résultats d'anthologie à domicile : 3-2 contre l'Ajax, 3-1 face à Heerenveen et 1-0 devant Vitesse notamment. Les supporters ont été conquis. Il est simplement dommage que cet élan n'ait duré qu'un an. Car il n'a pu résister à l'appel de Vitesse, le club de son c£ur. "

TEAM-BUILDER : " Il tire la quintessence de son groupe "

Au même titre qu'avec l'ADO, Van den Brom décroche une qualification européenne au bout d'une saison de travail à peine à Arnhem. Là aussi, il préfère résilier un contrat, portant encore jusqu'en 2014, pour rejoindre Anderlecht.

" La rupture me reste toujours en travers de la gorge ", précise Ted van Leeuwen, le DT du club d'Arnhem. " Pour le reste, je n'ai jamais eu qu'à me louer du travail de John. Je l'ait connu lors de mon passage à l'AGOVV et quand j'ai su qu'un retour à Vitesse le tentait, mais comme coach, j'ai tout mis en £uvre pour le faire venir. Avec succès, comme chacun le sait, même si la fin a été pénible. Ce qui m'a plu chez lui, à Apeldoorn, c'est à la fois le style offensif dont il a imprégné l'équipe mais aussi ses qualités de rassembleur. Avec John, chacun se sent concerné, du n°1 au n° 25. C'était un véritable team-builder. A Vitesse, il est arrivé à la même osmose. Et toujours avec le même souci d'aller de l'avant.

C'est quelqu'un qui sait aussi tirer la quintessence de son groupe. Au départ, il s'est prononcé en faveur d'un 4-3-3. Mais, dans ce système, il nous a manqué un tout bon ailier gauche pour épauler notre pointe ivoirienne Wilfried Bony. Nous avons tenté de pallier cette lacune lors du mercato de janvier. Mais au lieu de trouver l'oiseau rare, deux attaquants axiaux se sont ajoutés : Mike Havenaar et Jonathan Reis. Du coup, le coach a modifié son système, passant du 4-3-3 au 4-4-2. Et c'est cette modification-là qui nous a permis d'être européen en fin de saison. John a eu d'autant plus de mérite qu'il a très rapidement dû fondre les nouveaux venus dans l'équipe de base. Or, par rapport à la concurrence, nous n'avons pas aligné de buteur hors normes, comme Bas Dost à Heerenveen ou Luuk De Jong au FC Twente. Chez nous, c'est l'ensemble qui a remplacé une individualité marquante. Et ça, c'est la patte de l'entraîneur.

On compare parfois John à Van Gaal. D'après moi, il ressemble plus à Guus Hiddink. A la fois pour sa connaissance du foot et sa diplomatie. Van Gaal a toujours été au-dessus de la mêlée. John, lui, se mêle au groupe. A près de 46 ans, il est toujours capable de montrer l'exemple balle au pied. Il possède aussi cette double aptitude de peaufiner les bons et d'améliorer la jeune classe. A l'AGOVV, il y est parvenu avec Chadli et Mertens. A Vitesse, il est arrivé au même résultat avec Marco van Ginkel et, surtout, Alexander Büttner. Il va poursuive sur cette lancée. "

PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE

" Pour lui, les cracks doivent en faire plus que les autres, au nom de leur talent. "

John van den Brom a donné 13 ans de sa carrière à Vitesse Arnhem : 12 en tant que joueur (1986-1993 et 1996-2001) et une comme coach (2011-2012). Reporter à Omroep Gelderland, Jan Sommerdijk l'y a fort bien connu sous ces deux casquettes : " Durant sa première période, il fait office d'attaquant en retrait. Grâce à sa frappe lourde, il a valu une douzaine de buts par saison, inscrits le plus souvent depuis la deuxième ligne. A son retour, après des courtes expériences à l'Ajax Amsterdam et à Istanbulspor, il devient un véritable box-to-box. Une productivité moindre mais une meilleure lecture du jeu. C'est sa vista qui me vient prioritairement à l'esprit. John a toujours tout vu un temps plus vite que les autres. Aussi bien sur le terrain que sur le banc. Il a eu le coaching dans le sang dès son plus jeune âge. Chaque séance est consignée dans un carnet. Ce qui a fait dire au T1 de l'époque, Bert Jacobs, que ses coéquipiers allaient à l'entraînement mais que John allait au cours. Idem avec son bon pote Edward Sturing. Il était écrit que tous deux embrasseraient le métier d'entraîneur. " En 1993, l'Ajax, coaché par Louis van Gaal, engage Van den Brom afin de remplacer Wim Jonk, parti à l'Inter Milan avec Dennis Bergkamp. Mais le nouveau venu ne parvient pas à s'imposer. Ronald Kres, journaliste au quotidien De Telegraaf. " Valeur sûre à Vitesse Arnhem, voilà que, du jour au lendemain, il est subitement rétrogradé au rang de réserviste de luxe. Cette expérience douloureuse lui a quand même été profitable : il a appris beaucoup sur la gestion des hommes. Van Gaal a beau passer pour hautain et abject auprès de bon nombre de suiveurs, il sait s'y prendre avec son groupe. Tant avec ceux qui jouent qu'avec les réserves. Une anecdote : en 1994-1995, le coach n'a pas voulu que son joueur, une fois de plus écarté du onze de base, se produise avec l'équipe B à Arnhem. Car ç'aurait été un affront pour lui. Mais lors du retour, avec la Première cette fois, il l'a titularisé en raison de l'absence de Jari Litmanen. Avec la permission de pouvoir rester auprès de sa famille, à Arnhem, s'il inscrit un but ce jour-là. Et, comme par hasard, John paraphe le 2-3 de la victoire ! A ADO La Haye, la petite histoire veut que la même situation se répète mais avec les rôles inversés. Devenu coach, il a promis à son extérieur slovaque, Frantisek Kubik, de pouvoir rentrer quelques jours à Bratislava en cas de but face à l'Ajax. Et, contre toute attente, l'ADO l'emporte 3-2 dans ses installations. Grâce à une réalisation signée in extremis par qui l'on devine. Comme motivateur, l'homme est très fort. " John van den Brom boucle sa carrière active à De Graafschap (2001-2003). Il se reconvertit d'emblée comme scout au sein du club de Doetinchem, fonction qu'il combine avec celle de coach de Bennekom, une équipe amateur. Un an plus tard, il est responsable de la Réserve et des jeunes à l'Ajax. " Prospecteur ? Une fonction nouvelle pour moi à l'époque ", souligne-t-il. " Jusqu'alors, j'avais été non seulement joueur mais aussi entraîneur des jeunes, car Bert Jacobs m'avait autorisé à coacher les U15 à Vitesse. Je connaissais donc le terrain mais pas les à-côtés. C'est pourquoi la détection m'intéressait. Tout comme mon nouveau rôle de mentor dans une formation composée de gens pour qui le football n'était rien qu'un hobby. J'ai toujours été habitué à un milieu qui respire uniquement par et pour le foot et voilà que je me suis retrouvé avec des gars qui n'avaient pas du tout la même fibre. Comme un camionneur, par exemple, qui avait juste le temps de prendre son sac, le soir, avant de se rendre à la séance que je dispensais. Moi qui ai été le plus souvent habitué à gagner, j'ai fait là l'apprentissage de la défaite. Enrichissant, malgré tout. J'aurais poursuivi là-bas si un fait divers n'avait pas retenu mon attention dans la foulée de l'EURO 2004. En vacances en République Dominicaine, j'ai appris que Marco van Basten et Johnny van 't Schip, formateurs à l'Ajax, étaient cités à la tête de la sélection orange. J'ai donc posé ma candidature pour retourner là-bas. Et elle a immédiatement été retenue par Louis van Gaal. Ce qui l'a intéressé, ce n'était pas mon passé avec la jeune classe à Arnhem. Ce qu'il a voulu savoir, c'est comment j'avais fait passer mon message avec des adultes : je devais composer avec ceux-là aussi chez les Amstellodamois ." L'entrée en matière de Van den Brom au centre sportif De Toekomst du club ajacide ne passe pas inaperçue. Ainsi, il oblige l'ancien titulaire Winston Bogarde, qui maintient sa condition avec les jeunes, à ramasser les ballons au même titre que les autres. " Avec lui, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de favoritisme ", remarque David de Vries de l'hebdomadaire sportif Voetbal International. " A Vitesse, la saison passée, il n'a jamais hésité à remettre à leur place ceux qui se sont pris pour les vedettes de l'équipe, à savoir le Géorgien Giorgi Chanturia et l'Equatorien Renato Ibarra. A leur place, il a fait appel à des gars moins doués, style Julian Jenner ou encore Marcus Pedersen pour qui la notion de collectif n'est pas un vain mot. Patrick van Aanholt a su lui aussi, très rapidement, à quoi s'en tenir. Transféré des classes d'âge du PSV à Chelsea au même titre que le Français Gaël Kakuta, il a cru lors de son prêt qu'il lui suffirait de paraître pour s'imposer. Il a vite dû déchanter, à l'image d'autres joueurs désirés surtout par le patron, Merab Jordania, comme Valeri Qazaishvili et Ulises Davila. Pour John, l'ensemble prime sur l'individu. Et si des sans-grades répondent plus à l'attente que des gars confirmés, son choix est vite fait. Non pas qu'il soit incapable de travailler avec des vedettes. Mais, pour lui, les cracks doivent encore en faire plus que les autres au nom de leur talent, justement. " Au bout de deux saisons à la tête de Jong Ajax, John van den Brom répond à l'appel des dirigeants de l'AGOVV Apeldoorn, soucieux de lui confier les A. Il y passera trois ans, en contribuant au passage à l'éclosion de joueurs tels Dries Mertens et Nacer Chadli. " L'AGOVV, c'est un peu une punition pour un coach ", précise Jan Leerkes, ancien press-officer du club. " Car Apeldoorn n'est pas l'endroit le plus sexy de Hollande et son club, avec une moyenne d'assistance de 1.500 personnes à peine, en D2, n'a jamais attiré grand-monde. Conséquence positive : faute de possibilités de divertissement, les joueurs n'y ont que le football. Et ceci explique quelques belles réussites, même pour des causes a priori perdues. Comme le retour au premier plan de Sherjill McDonald, recalé à Anderlecht et Hambourg mais qui a rebondi à l'AGOVV avant de retrouver à nouveau ses sensations à Roulers puis au Beerschot. Mais la réussite est plus frappante encore dans le cas de Mertens et Chadli, qui doivent à John d'être devenus Diables Rouges. Faire mûrir et progresser des jeunes a toujours été sa marque de fabrique. Indépendamment de ce duo, je citerai aussi le Congolais Chiro Vuza N'Toko et Roman Leeuwin qu'il a emmenés lors de son passage à l'ADO La Haye en 2010-2011. Il n'a pas son pareil pour préparer les jeunes au haut niveau. Même si cette tâche est plus aisée dans un club de D2 que parmi le top belge. " Après ses années à l'AGOVV, John van den Brom prend la direction de l'ADO La Haye, où il reste une saison en 2010-2011. Sous sa coupe, le club termine 7e et arrache pour la première fois depuis un quart de siècle un passe-droit européen. Au prix d'un football bien léché de surcroît. " Honnêtement, je n'ai pas compris les commentaires d' Aad de Mos selon lesquels JVDB est un spécialiste du contre ", remarque Arnout Verzijl, rédacteur au mensuel Elf. " Il faut quand même m'expliquer comment un club peut procéder d'une telle manière avec Dmitri Bulykin en pointe. Car le Russe est tout sauf un joueur fait pour cette conception. C'est bien simple, à la course, il se fait rattraper par n'importe quel escargot. A quoi sert-il de lancer des ballons en profondeur pour lui dans de telles conditions ? Par contre, avec son physique de déménageur et son habileté, tant dans le jeu aérien qu'au pied, il s'est révélé un atout des plus précieux tout au long de la saison. Flanqué de Frantisek Kubik et Wesley Verhoek, l'entraîneur a possédé deux bons pourvoyeurs de ballons sur les flancs et un véritable renard des surfaces. Les chiffres sont éloquents : Bulykin a terminé à la 2e place du classement des buteurs, avec 21 goals, deux de moins que Björn Vleminckx. Pas une seule fois, JVDB n'a dérogé à son système. A domicile, il a même évolué avec un quatrième élément offensif, tant le Slovaque Aleksandar Radosavljevic a appuyé la man£uvre. Cela a valu quelques résultats d'anthologie à domicile : 3-2 contre l'Ajax, 3-1 face à Heerenveen et 1-0 devant Vitesse notamment. Les supporters ont été conquis. Il est simplement dommage que cet élan n'ait duré qu'un an. Car il n'a pu résister à l'appel de Vitesse, le club de son c£ur. " Au même titre qu'avec l'ADO, Van den Brom décroche une qualification européenne au bout d'une saison de travail à peine à Arnhem. Là aussi, il préfère résilier un contrat, portant encore jusqu'en 2014, pour rejoindre Anderlecht. " La rupture me reste toujours en travers de la gorge ", précise Ted van Leeuwen, le DT du club d'Arnhem. " Pour le reste, je n'ai jamais eu qu'à me louer du travail de John. Je l'ait connu lors de mon passage à l'AGOVV et quand j'ai su qu'un retour à Vitesse le tentait, mais comme coach, j'ai tout mis en £uvre pour le faire venir. Avec succès, comme chacun le sait, même si la fin a été pénible. Ce qui m'a plu chez lui, à Apeldoorn, c'est à la fois le style offensif dont il a imprégné l'équipe mais aussi ses qualités de rassembleur. Avec John, chacun se sent concerné, du n°1 au n° 25. C'était un véritable team-builder. A Vitesse, il est arrivé à la même osmose. Et toujours avec le même souci d'aller de l'avant. C'est quelqu'un qui sait aussi tirer la quintessence de son groupe. Au départ, il s'est prononcé en faveur d'un 4-3-3. Mais, dans ce système, il nous a manqué un tout bon ailier gauche pour épauler notre pointe ivoirienne Wilfried Bony. Nous avons tenté de pallier cette lacune lors du mercato de janvier. Mais au lieu de trouver l'oiseau rare, deux attaquants axiaux se sont ajoutés : Mike Havenaar et Jonathan Reis. Du coup, le coach a modifié son système, passant du 4-3-3 au 4-4-2. Et c'est cette modification-là qui nous a permis d'être européen en fin de saison. John a eu d'autant plus de mérite qu'il a très rapidement dû fondre les nouveaux venus dans l'équipe de base. Or, par rapport à la concurrence, nous n'avons pas aligné de buteur hors normes, comme Bas Dost à Heerenveen ou Luuk De Jong au FC Twente. Chez nous, c'est l'ensemble qui a remplacé une individualité marquante. Et ça, c'est la patte de l'entraîneur. On compare parfois John à Van Gaal. D'après moi, il ressemble plus à Guus Hiddink. A la fois pour sa connaissance du foot et sa diplomatie. Van Gaal a toujours été au-dessus de la mêlée. John, lui, se mêle au groupe. A près de 46 ans, il est toujours capable de montrer l'exemple balle au pied. Il possède aussi cette double aptitude de peaufiner les bons et d'améliorer la jeune classe. A l'AGOVV, il y est parvenu avec Chadli et Mertens. A Vitesse, il est arrivé au même résultat avec Marco van Ginkel et, surtout, Alexander Büttner. Il va poursuive sur cette lancée. " PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Pour lui, les cracks doivent en faire plus que les autres, au nom de leur talent. "