Il a le port altier, la démarche fière. Il est élégant tout en restant casual. Et pourtant, l'homme que vous voyez n'est pas celui que vous croyez. Peter Maes est un entraîneur atypique. Version militaire davantage que papa-gâteau. Alors que tous les entraîneurs se plaignent de l'irrespect de Laszlo Bölöni en conférence de presse, il fut le premier à fustiger l'attitude du coach roumain la saison passée. Parce que Maes est fait de ce bois-là. Il n'est pas le genre de gars à se coucher. Lui, il l'ouvre quand il le veut.
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Il a le port altier, la démarche fière. Il est élégant tout en restant casual. Et pourtant, l'homme que vous voyez n'est pas celui que vous croyez. Peter Maes est un entraîneur atypique. Version militaire davantage que papa-gâteau. Alors que tous les entraîneurs se plaignent de l'irrespect de Laszlo Bölöni en conférence de presse, il fut le premier à fustiger l'attitude du coach roumain la saison passée. Parce que Maes est fait de ce bois-là. Il n'est pas le genre de gars à se coucher. Lui, il l'ouvre quand il le veut. Mais pas en public. Là, il entretient une certaine courtoisie, voire discrétion. En bon Campinois qu'il est, il préfère bosser que se pavaner. " Comme joueur, je n'étais pas le plus talentueux mais j'ai réussi une belle carrière grâce à ma mentalité et mon travail. Moi, je préfère être jugé sur mon travail en espérant que mes joueurs en bénéficient et reçoivent les éloges ", déclare-t-il souvent. Malgré sa troisième saison au sein de l'élite et une carrière de gardien qui l'a principalement conduit à Anderlecht et au Standard, on le connaît mal. " Il n'a pas l'objectif d'être populaire ", tranche Frédéric Renotte, le préparateur physique de Malines. " Il a un ego qui ne vole pas au-dessus des cimes. " Sans doute parce que, joueur, il vivait dans l'ombre. Celle des grands portiers de l'époque, Filip De Wilde à Anderlecht et Gilbert Bodart au Standard. " Il était très fier ", explique son coéquipier entre 1996 et 1998, Didier Ernst, " Pourtant, quand tu es deuxième gardien, ce n'est jamais facile à assumer. Il devait se farcir des grosses personnalités dans le vestiaire comme Gilbert ou Guy Hellers. Mais il avait du caractère. Malgré son statut, il dégageait du charisme. Il avait de la présence. Et quand on devait compter sur lui, il répondait présent. Il fait partie des gens qui étaient sains dans le milieu du foot. Pas du genre à se prendre la tête. C'était quelqu'un de correct. " Et du coffre aussi ? " Oui. C'était un beau gabarit. Impressionnant et imposant. Par sa prestance, par sa voix et sa stature. " Voilà pour son pedigree. Reste la vocation née de son statut de doublure. " Comme je n'étais pas titulaire à Anderlecht et au Standard, je me suis donc souvent assis sur le banc ", lâche Maes à la Dernière Heure. " Joueur, je me comportais dans cette situation comme un coach et mes entraîneurs de l'époque m'ont toujours laissé cette liberté. J'en ai profité pour emmagasiner un maximum d'expérience. Pourtant, j'ai longtemps réfléchi au moment où la proposition de Meerhout est arrivée dans ma boîte. J'ai bien pesé le pour et le contre avant de m'investir dans ce job prenant. " A partir de là, tout s'est enchaîné : un an à Meerhout (2001-2002), quatre à Geel (2002-2006) et une quatrième saison entamée derrière les casernes malinoises. Des résultats dans les trois clubs et une méthode infaillible. Faite de bruit et de fureur. De menaces et de peur. A Geel, lors d'une séance de tirs au but, alors qu'un joueur a déjà manqué la cible à trois reprises, il s'avance vers lui et lui crie : " Si ce n'est pas dedans, tu reçois mon poing dans la gueule. " Le joueur a marqué. A Malines, il applique la même recette, la méthode du sèche-cheveux, chère à Alex Ferguson. A la place du sèche-cheveux, des cris. " C'est un sanguin. Quand il réagit, ça gueule fort ", explique Julien Gorius qui s'est demandé où il était tombé à son arrivée. " Au début, j'ai eu des relations conflictuelles avec lui. On était toujours repris, ramené à l'ordre pour des choses minimes. On a un peu l'impression d'être la tête de Turc. " " A l'entraînement, il est tout le temps derrière ton dos. Parfois, il est sur le même joueur pendant une semaine entière ", continue Aloys Nong. " Il est très impulsif mais moi, c'est ce que j'aime chez lui ", ajoute Olivier Renard. " Il peut péter un plomb sur un joueur parce qu'il a raté une passe et se laisser aller dans son vocabulaire. Mais il n'est pas rancunier. Il se rend compte quand il est allé trop loin et vient vous taper dans le dos. Il ne va pas ressasser l'incident pendant un mois. Il y a des entraîneurs plus taiseux mais qui sont plus faux culs. Lui n'est pas comme ça. " " Des conflits sont générés mais réglés entre hommes ", résume Renotte. " Il y a toujours une première phase dans laquelle le nouveau regrette d'avoir signé à Malines ", explique un journaliste néerlandophone, " mais quand il se rend compte que le coach essaie d'améliorer ses points faibles, il se dit que c'est pour son bien. "" Il est très dur avec tous les nouveaux. Il a besoin de montrer que c'est lui le boss ", confirme Gorius. " Quand tu viens d'arriver, tu es confronté à une nouvelle expérience ", renchérit Nong, " Il n'y a pas beaucoup d'entraîneurs qui ont un style comparable en Belgique. " Maes sait qu'il est parfois colérique. C'est dans sa nature mais c'est aussi parfois dans sa politique. Il reconnaît qu'il recherche les conflits à l'instar d'un de ses modèles, Aad de Mos : " De Mos était très fort sur le plan tactique et plus que quiconque, il savait préparer une équipe mentalement. Personne n'était aussi intelligent que lui dans sa façon de créer des situations de conflit. De lui, j'ai appris à chercher la confrontation avec certains joueurs, par exemple. " " Il essaie de provoquer le joueur, d'obtenir une réaction de sa part ", dit Gorius. Parfois, ça marche. Alors que Joachim Mununga vient d'arriver à Malines, il le convoque et lui dit : " J'ai mon onze de base dans ma tête et tu n'en fais pas partie. " Mununga est abasourdi mais va redoubler de travail et obtenir la confiance de son entraîneur qui, quand on lui rappelle l'anecdote, lâche : " Je ne pouvais pas lui dire qu'il allait être titulaire. Il fallait être correct. " Mais parfois, cela dérape. Un jour, il passe dans la douche des joueurs et traite Issame Charrai de flikker (tapette). Comme tout musulman, Charrai est très pudique et le prend très mal au point de demander son transfert du jour au lendemain. " Aujourd'hui, Maes parle facilement de cette anecdote et re- connaît qu'il est allé trop loin ", analyse le journaliste néerlandophone. " Mais il argumente en disant que ce qui compte, c'est ce qui se passe après la provocation : Maes fournit souvent une explication au joueur qu'il vient de titiller. " Sa méthode a pourtant ses limites. " Certains ont besoin d'être remués, mais d'autres préfèrent les encouragements ", précise Gorius. " Parfois, il doit savoir avec quel joueur il peut se permettre ce genre de comportement ", corrobore Renard. " Je prends le cas de notre Africain, Abdul Iddi. Quand on lui crie trop dessus, il a tendance à s'éteindre. " " Parfois, je me dis que les gens ont une fausse image de lui ", tempère Mununga. " Il sait piquer les joueurs de manière juste. Il aime les caractères forts. " Pas trop quand même. Alors que Malines remonte en D1 et que le héros du tour final se nomme Olivier Werner, il rentre en conflit ouvert avec lui et le pousse vers la sortie. " Il avait un très gros caractère ", argumente Werner. " Moi aussi. Lui, il a besoin de crier pour s'exprimer. Il est très entier et dit tout en face. Je ne prétends pas que ce qu'il dit est faux, je soutiens qu'il n'utilise pas la bonne manière. Il y a des limites et parfois elles étaient franchies. Quand ton équipe est jeune, ce n'est pas en gueulant que tu vas résoudre les problèmes. Tout le monde pensait la même chose que moi mais personne n'a osé le lui dire. " Et pourtant, depuis qu'il est au Kavé, la méthode Maes fonctionne. " On avait joué deux fois contre Geel. Je suis allé à l'entraînement de Geel et j'ai vu comment il fonctionnait ", explique le directeur technique de Malines, Fi Van Hoof. " Cela m'a plu. Il est direct et dur mais correct. Chaque joueur est traité de la même manière. " " Il essaye d'être juste dans ses choix ", approuve Nong. " Dans ses décisions, il est correct. Du moins, il essaye de l'être ", renchérit Renard. " Il est fort à l'écoute de son groupe. Quand on lui demande d'alléger le programme d'entraînement, il n'est pas rare qu'il nous écoute. "" Il n'a jamais fermé la porte de son bureau. Lors de mon arrivée, quand cela n'allait pas trop bien, j'en discutais avec lui. Il écoute ", se rappelle Gorius. " Il parle beaucoup avec son staff mais comme il est un ancien gardien, je n'ai pas intérêt à faire un pas de travers ", explique l'entraîneur des gardiens, Luc Duville. Ses résultats plaident pour lui. De plus, il sait que la direction le soutient. Alors que les points ne suivaient pas en début de championnat passé, il a été maintenu. " Quand l'entraîneur travaille bien et que l'entente est bonne avec les joueurs, pourquoi changer ?", se défend Van Hoof. Résultat : une fin de championnat réussie avec la finale de Coupe en apothéose. De quoi pavoiser ? Pas avec Maes. C'est un perfectionniste, passionné de foot, qui préfère aller regarder les matches de D2 plutôt que la Ligue des Champions. Depuis huit ans, il n'est plus parti en vacances. " J'ai vu assez d'hôtels comme joueur ", dit-il. " C'est indéniable, il connaît le foot et le championnat belge. Il se trompe rarement dans ses choix de transfert ", énonce Gorius. " Ses changements sont souvent gagnants ", affirme Werner. Maes est donc un connaisseur, jamais content, jamais rassasié. " Je n'ai aucune patience. Je veux toujours tout résoudre immédiatement ", a-t-il un jour reconnu. Après la qualification pour la finale, Maes a ajouté une séance d'entraînement en soirée pour que ses joueurs ne se reposent pas sur leurs lauriers. " Ils avaient fait la fête jusqu'à cinq heures du matin et pensaient prendre un jour de congé. Mais cela ne marche pas comme cela avec moi. "" Il ne supporte pas voir des joueurs cools ", explique Renard. " Il part du principe que tu joues comme tu t'entraînes. " " Il exige de chacun de se donner à 100 % à l'entraînement. Avec lui, on ne peut pas se cacher ", affirme Van Hoof. Ce style a conduit à obtenir un Kavégénéreux dans l'effort. Et pourtant, cela rime aussi avec beau jeu. " Il ne veut pas que des guerriers ou des bouchers ", conclut Renard. " Il prône le beau football et parle possession de balle. Il veut du spectacle et que son équipe s'amuse. Il ne supporte pas de voir des joueurs cools. (Olivier Renard)