Le Saint-Guidon est la maison de bouche du Stade Constant Vanden Stock. C'est un plaisir de s'y attabler et le football est forcément présent au menu de tous les convives. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout en ne négligeant pas les spécialités exotiques, on devine que les chefs mauves ont envie de travailler les produits frais des terroirs belges.
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Le Saint-Guidon est la maison de bouche du Stade Constant Vanden Stock. C'est un plaisir de s'y attabler et le football est forcément présent au menu de tous les convives. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout en ne négligeant pas les spécialités exotiques, on devine que les chefs mauves ont envie de travailler les produits frais des terroirs belges. L'intérêt très prononcé pour le robuste Tom De Sutter s'inscrit totalement dans ce retour à la cuisine d'autrefois, à ce football aux jets de houblon. La venue de ce solide gaillard rappellerait celle du légendaire Jef Mermans acquis au Tubantia Borgerhout pour 4.500 euros (!), un record en 1942. Quarante ans plus tard, Erwin Vandenbergh (ex-Lierse) et Alex Czerniatynski (venu de l'Antwerp) ont été transférés pour un investissement total de 2,5 millions d'euros. Ce fut une belle réussite et De Sutter devrait égaler les stars dans une belle galerie : Marc Degryse (ex-Club Bruges), Luc Nilis (Winterslag), Edi Krncevic (Cercle Bruges), Gilles DeBilde (Alost), Johnny Bosman, Marc Emmers, Bruno Versavel (FC Malinois), Danny Boffin (FC Liège), Jan Koller (Lokeren), Tomasz Radzinski (Germinal Ekeren), etc. Tous furent des joueurs intéressants à plus d'un titre. C'est déjà le cas de De Sutter (23 ans, sous contrat au Cercle jusqu'en 2001) et qui passerait à Anderlecht lors du prochain mercato d'hiver à condition que le Cercle soit alors bien classé. L'argent qu'on pourrait lui proposer ailleurs ne le fera pas changer d'avis. Quand un club envisage de s'emparer d'un attaquant de ce format, les commentaires vont bon train. Anderlecht rêve visiblement de former une paire d'attaquants semblable au duo Koller-Radzinski qui lui procura tant de joies nationales et européennes avant de remplir les caisses de sa trésorerie. A Anderlecht et au Cercle (qui ont souvent fait affaire ensemble : Krnevic, Josip Weber, etc.), on ne dira forcément que du bien de cette force de la nature. Et Ariel Jacobs doit souvent en parler avec Besnik Hasi, son T2 qui lui servait encore de rampe de lancement la saison passée. C'est dire si Anderlecht cerne bien tout ce que ce joueur pourrait lui apporter en ces temps de disette offensive. Les Mauves ont besoin d'une star en pointe comme de pain blanc. Il y a des requins anglais sur sa piste et West Bromwich Albion serait prêt à dépenser 7 millions d'euros pour lui. Même en ces temps de crise boursière ? Cela reste à prouver. " Quel club belge serait d'accord d'investir 5 millions d'euros ?", se demande Jacobs. " Aucun et le Cercle aurait tort de ne pas conclure affaire avec le plus offrant. Anderlecht s'intéresse peut-être à lui mais, moi, je n'en sais rien. Cela ne fait pas partie de mon job. D'ailleurs, est-ce que je serai encore là à la trêve hivernale ?" Jacobs noie le poisson et sait que De Sutter n'a qu'une envie : jouer à Anderlecht. Et le Cercle devrait être intéressé à la revente plus tard, ce qui au total lui rapporterait plus qu'une vente directe en Angleterre. De Sutter a besoin d'une étape intermédiaire. Le bougre aime la vie et s'amuser (c'est normal) et serait même parfois influençable. Voici quelque temps, Hasi nous a dit : " De Sutter est un meilleur technicien que Koller. Il peut devenir un très grand attaquant. " Avec un peu de recul, il ne change rien à ses propos : " Tom dispose d'un bon bagage technique et est adroit des deux pieds. Grand, rapide, il aide les autres, ne rechigne jamais à abattre sa part de travail pénible. Il est fort, intelligent et utilise bien son corps. Son jeu de tête pourrait être meilleur. De Sutter n'a que 23 ans et sa marge de progression est importante. A cause de sa blessure, il n'a pas encore retrouvé son rythme de la saison passée. C'est une question de temps et de patience. A mon avis, Tom deviendra l'attaquant numéro 1 de l'équipe nationale. "Observateur discret mais attentif de la vie en D1, Robert Waseige partage l'avis de Hasi et précise : " Je suis évidemment impressionné par le potentiel de ce jeune joueur. Il n'est pas fou de la gloriole et son bon sens sera un atout dans le développement de sa carrière. De Sutter ne succombe pas aux rêves et sait visiblement que la patience est bonne conseillère. Les jeunes joueurs flamands optent pour les Pays-Bas et je peux les comprendre : c'est facile, on y parle la même langue. Ailleurs, il faut s'adapter. Si De Sutter choisit Anderlecht, il sera tout de suite opérationnel. C'est un gain de temps énorme. Ce joueur arrive probablement à la fin de son apprentissage en D1. Il va passer à la vitesse supérieure. Technique, taille, présence : à mon avis, De Sutter et Mbark Boussoufa, cela a de l'allure. Pour moi, Boussoufa est indispensable à Anderlecht et il trouverait facilement des atomes crochus avec De Sutter. Ce serait l'alliance d'un pivot et d'un joueur imprévisible : idéal pour un 4-4-2 mais les variantes ne manquent pas avec des éléments comme Guillaume Gillet, ThomasChatelle ou Jonathan Legear pour s'infiltrer dans les brèches ou les ravitailler. Oui, il y a des ressemblances entre le couple Koller-Radzinski et un duo De Sutter-Boussoufa quand même plus technique. De Sutter sait se faire respecter sur le terrain. Il ne se cache pas et on a besoin d'un point d'appui sur un terrain. Avec lui, on peut aller à la guerre mais il exhale surtout du bonheur, la joie d'être là et le plaisir de pratiquer son métier. La Belgique tient un attaquant complet. Intelligent, l'homme sait d'où il vient. A un moment, il était à Torhout malgré son talent. Quand on rebondit comme il l'a fait, c'est assez indicatif à propos de son caractère. De Sutter a déjà mangé du pain noir et quand on en a bavé, on n'oublie pas. On ne déstabilisera pas facilement cet homme apparemment solide dans sa tête mais l'accueil du vestiaire sera décisif. S'il signe à Anderlecht, comme tout le monde le dit, il aura accompli un grand pas en avant mais tout restera à faire. C'est un bon choix. " Jean-François de Sart le connaît très bien aussi : " Ses potentialités sont énormes. Tout le monde le sait tant cela saute désormais aux yeux. Il n'est pas compliqué et adore la vie de groupe. Au Cercle, Glen De Boeck a eu le temps de tout lui expliquer. Quand il ne marque durant plusieurs semaines au Cercle, ce n'est pas grave car on a le temps. A Anderlecht, c'est la crise du buteur après un match et demi. C'est le même championnat mais pas la même culture du succès. Cela demande des efforts, un travail sportif et mental très important. Mais il a tant de qualités que cela ne devait pas le freiner. " par pierre bilic - photos: belga