Quatre fois vainqueur des 24 H du Mans, plus de 50 GP de F1 à son actif, détenteur de plusieurs records mondiaux en aviation, Henri Pescarolo peut se targuer d'un palmarès impressionnant. Ce sexagénaire barbu à la voix grave et monocorde n'a jamais pratiqué la langue de bois. Directeur de l'écurie qui perpétue son nom dans les courses de longue haleine, le champion français reste fidèle à lui-même et il n'épargne pas le pouvoir sportif...
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Quatre fois vainqueur des 24 H du Mans, plus de 50 GP de F1 à son actif, détenteur de plusieurs records mondiaux en aviation, Henri Pescarolo peut se targuer d'un palmarès impressionnant. Ce sexagénaire barbu à la voix grave et monocorde n'a jamais pratiqué la langue de bois. Directeur de l'écurie qui perpétue son nom dans les courses de longue haleine, le champion français reste fidèle à lui-même et il n'épargne pas le pouvoir sportif... Henri Pescarolo : C'est tout simple : la Fédération Internationale Automobile (FIA) n'a plus voulu qu'une seule discipline de haut niveau et a tout fait pour torpiller les autres. L'endurance a été touchée de plein fouet alors qu'elle proposait de superbes affiches. Pas besoin de remonter à la grande époque des duels Matra-Ferrari ou Matra-Porsche : il y a une dizaine d'années, les épreuves de sport-prototypes mettaient aux prises des constructeurs comme Mercedes, Peugeot, Nissan ou Toyota. Ce n'est pas rien. Mais la FIA a tout détruit pour amener ces marques vers la F1 où le besoin de motoristes se faisait cruellement sentir. Le résultat est là : Mercedes et Toyota sont en GP, Peugeot s'y est essayé avant de retourner vers d'autres disciplines, et je ne parle pas de Ferrari. Sans doute, mais le championnat mondial n'a atteint son rythme de croisière que depuis cinq ou six ans. Il ne faut surtout rien attendre ni espérer de la FIA : elle ne fera rien, au contraire ! Mieux vaut tabler sur des initiatives personnelles comme celle de Stéphane Ratel qui a remis le grand tourisme sur les rails, et sur la solidité de certaines institutions comme les 24 H du Mans. Soyons clairs : sans eux, il n'y aurait plus d'endurance ! Au fil des décennies, ils ont rendu leur épreuve incontournable et indéboulonnable. Le prestige du Mans suffit à attirer de grands constructeurs. Partant des 24 H, les maîtres d'£uvre de l'Automobile Club de l'Ouest ont jeté les bases d'un nouveau championnat. Les 1000 Kilomètres de Spa programmés ce week-end préfigurent cette série basée sur quelques courses mythiques courues sur des circuits prestigieux : Francorchamps, Silverstone, Monza, le Nürburgring. D'abord, je l'ai dit, le prestige du Mans demeure intact. Par ailleurs, le choix est limité pour une usine désireuse de s'impliquer au plus haut niveau du sport automobile. La F1 ? Elle est devenue inaccessible. Le rallye ? Malgré de nombreuses mesures, il demeure très coûteux également, d'autant que des marques comme Peugeot, Citroën et Ford mettent la barre de plus en plus haut. Le raid ? Les retombées ne sont pas encore énormes. Le championnat FIA-GT ? Le promoteur Stéphane Ratel répète qu'il ne veut pas y voir d'écuries officielles. Reste donc l'endurance où le choix est possible entre deux types de voitures, sport-prototypes ou grand tourisme. Je crois donc que certaines marques pourraient débarquer très bientôt, soit directement soit en confiant leurs intérêts à des équipes privées de la taille de la mienne... Je reviens à la F1 : Schumacher se promenait devant mais Williams a travaillé dur et ses pilotes sont désormais au niveau du champion. Le même phénomène peut se produire en endurance. Mais quelle que soit la discipline, deux ou trois teams dominent et les autres tentent de suivre. Le terme " privée " à propos des Audi me fait sourire : quand une R8 tourne sur un circuit, l'usine n'est jamais bien loin. D'ailleurs, je me suis laissé dire que lors des tests menés par le team Goh à Francorchamps il y a quelques semaines, trois camions venus en droite ligne d'Ingolstadt étaient parqués derrière le stand... Cela dit, cette Audi est évidemment favorite mais pas imbattable, plusieurs voitures me semblent de taille à lui mener la vie dure. Lors des dernières courses, la Courage-Peugeot que j'engage a montré de réels progrès, même si la guigne l'a contrainte par trois fois à l'abandon. Il suffirait de pas grand-chose pour concrétiser ces bonnes dispositions. Exact, cette victoire décrochée en 2002 dans des conditions météos dantesques demeure un excellent souvenir. La pluie vient souvent brouiller les cartes en Ardennes, il faudra en tenir compte à l'heure du pronostic. Ce n'est pas nécessaire pour une épreuve de 1000 km, d'autant que le timing des séances d'essais est serré et ne permet pas de couvrir de nombreux tours. Ou alors il faudrait faire appel à un équipier supplémentaire uniquement pour alléger le budget, mais cette solution n'est pas sans aléas car ces pilotes payants, moins performants que les titulaires, risquent de ruiner le travail de l'équipe. De toute façon, avec Franck Lagorce et Stéphane Sarrazin, je dispose d'un tandem de choc. Je prends parfois le volant pour des tests et j'éprouve toujours autant de plaisir à piloter une auto de course. Il m'arrive d'ailleurs de participer à des épreuves pour ancêtres et je rappelle que j'ai disputé les 24 H de Spa en 2000 sur une Peugeot. Mais j'ai fait mon temps. Si j'ai créé mon écurie, c'est pour briguer la victoire et de ce point de vue, je suis plus efficace au stand que dans le baquet. Je suis détenteur de la moyenne la plus élevée sur un tour d'un tracé routier puisque j'ai tourné à plus de 262 km/h au volant d'une prototype Matra sur le grand Francorchamps, celui de 14 kilomètres. En fait, deux circuits ont marqué ma carrière : Spa et le Nürburgring. Dans leur ancienne version, s'entend. Ils privilégiaient vraiment les qualités de pilotage et le courage.