Une nuit, Gerard Piqué a fait un rêve : marquer contre le Real Madrid. Il l'a réalisé le 2 mai 2009, en inscrivant le dernier des six buts inscrits ce soir-là par le Barça contre les Merengues, dans l'antre blanc de Bernabeu. Enfant, Piqué s'est aussi imaginé planter des buts en équipe nationale d'Espagne et dans un grand match de LC. Les deux songes sont devenus réalité.
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Une nuit, Gerard Piqué a fait un rêve : marquer contre le Real Madrid. Il l'a réalisé le 2 mai 2009, en inscrivant le dernier des six buts inscrits ce soir-là par le Barça contre les Merengues, dans l'antre blanc de Bernabeu. Enfant, Piqué s'est aussi imaginé planter des buts en équipe nationale d'Espagne et dans un grand match de LC. Les deux songes sont devenus réalité. Avec la Roja, il a marqué le pion de la victoire contre la Turquie pour sa deuxième sélection (1-0, le 25 mars 2009). Avec le Barça, il a entretenu un temps l'espoir d'une deuxième CL de suite en réussissant la saison dernière à tromper Julio Cesar, le gardien de l'Inter Milan, dans la demi-finale retour de la compétition. S'il a un jour osé penser qu'il ferait partie de la première équipe espagnole championne du monde, le Catalan a aussi réussi ce coup-là. Cet été, Piqué a paradé en bus dans les rues de Madrid, le trophée de la Coupe du Monde sud-africaine tenu à bout de bras. Maintenant, deux précisions : Piqué n'a que 23 ans, et il joue défenseur central. Dans un pays qui avait jusqu'ici offert au monde des centraux aussi balourds que Puyol, Abelardo ou Migueli et qui n'avait jamais dépassé les quarts de finale d'un Mondial, c'est le genre de choses qui se remarque. En conséquence de quoi Piqué, star en son pays, a gagné un surnom appelé à rester dans les mémoires : il est Piquenbauer, hommage pas même voilé au Kaiser Franz. Soit, tout simplement, le plus grand défenseur central de l'histoire du football. Si le sobriquet sonne prétentieux, l'honnêteté force à dire que Piqué n'a pas volé son titre. Une question de style. Torse bombé-tête haute, le central du Barça est à la fois fort au duel et d'une élégance rare balle au pied. Relance caviar, anticipation permanente et positionnement parfait sont sa signature. Formé à la fameuse Masia au sein de la même promotion que Cesc Fabregas et Lionel Messi. " Piqué avait évidemment cette capacité à bien ressortir le ballon ", dit le joueur franco-camerounais Franck Songo'o, fils de Jacques, ex-portier du Cameroun et de la Corogne qui a effectué sa formation au Barça aussi. " A ça, il ajoutait un jeu de tête impressionnant, en défense où il récupérait tous les ballons, comme en attaque où il marquait déjà énormément de buts. " À Manchester United, où Piqué partit deux ans apprendre à défendre sans ballon et à utiliser son corps pour faire le ménage, le jeune Espagnol a laissé le même genre d'impression. " Les autres défenseurs se débarrassaient au plus vite de la balle, mais pas lui, il aimait l'avoir au pied. C'était un régal de recevoir ses ballons. En fait, c'est de loin le moins sale des défenseurs que j'aie connus ", témoigne le Belge Floribert Ngalula qui, formé à Anderlecht et à Man U, était son pote de chambrée de l'époque et qui est aujourd'hui au Wedeler TSV, en D3 allemande. Si peu sale en vérité que Victor Fernandez, qui l'eut à Saragosse, l'alignait parfois au milieu de terrain. Une sorte d' Edmilson sans les toiles et avec les buts, en somme. " Si vous regardez bien les phases de coups de pied arrêtés, vous remarquerez qu'il est toujours placé au bon endroit. Il sent le jeu comme un attaquant ", détaille l'entraîneur espagnol. Pas pour rien que Pep Guardiola a exigé avant toute chose le retour de Piqué en Catalogne lorsqu'il a été nommé head coach, à l'été 2008. Dire qu'il a été servi en retour tient du pléonasme : sept titres en deux ans, voilà où en est Piqué avec le Barça. Comme Beckenbauer avant lui, Piqué le bien né - papa est avocat, maman dirige un hôpital - balade son talent avec un ego hors normes en bandoulière. Il l'a toujours fait. À Saragosse, Victor Fernandez se rappelle avoir vu passer un type, disons, pressé : " Il était très jeune, 19 ans. C'était un joueur qui devait s'améliorer. Mais moi, ce qui m'a surtout marqué, c'est sa grande et forte personnalité. Il était jeune mais c'était déjà quelqu'un qui comptait dans le vestiaire. "On se souvient qu'à la Coupe du Monde 1966, à 21 ans à peine, Beckenbauer faisait la pluie et le beau temps dans l'effectif allemand... Ngalula, lui, garde l'image de quelqu'un au bord de l'arrogance. " Il avait une telle confiance en lui. Malgré Ferdinand, Vidic, O'Shea et Brown, il me disait souvent : - Je ne suis pas là pour être remplaçant ! À cet âge-là, on est souvent impressionné. Pas lui, il n'avait jamais peur. Quand le coach venait le voir pour lui dire : - Demain tu joues contre Arsenal, il répondait : - OK, pas de problème. " Pour le dire clairement, Piqué donne l'impression d'avoir perdu son temps en Angleterre. " Manchester c'était fantastique, mais quand tu n'es pas titulaire et que tu n'as pas la télé câblée, c'est difficile ", déclarait-il en revenant en Espagne. D'autant que dans le Lancashire, Gerard s'est retrouvé plongé la tête la première dans ce que le pays de Paul Gascoigne fait de plus sauvage. Logé dans une famille du cru, en compagnie d'un autre jeune de l'équipe réserve du nom de Tommy Lee, Piqué flippe. " Le type venait de la banlieue de Manchester, il était super bizarre. J'ai essayé de le ramener à la raison jusqu'au jour où il est entré dans ma chambre, m'a regardé en souriant puis s'est mis à bouffer de la mousse à raser devant moi ", se souvient-il. Surtout, le Catalan n'a pas l'air d'avoir goûté plus que ça Old Trafford, la légende des Busby Babes ni les célèbres coups de sang d' Alex Ferguson. Un environnement sans doute trop pesant pour un type aussi sûr de ses qualités : " À Manchester, la hiérarchie et le respect des anciens comme Neville, Giggs ou Scholes sont très importants. C'est dans les m£urs du club depuis toujours et ça ne dérange personne. Mais moi, j'avoue que j'ai quand même eu beaucoup de mal avec ça. Le respect c'est bien, mais quand il y en a trop, tu n'es pas à l'aise. Par exemple, je respecte beaucoup Xavi et Puyol qui sont des anciens à Barcelone, mais si je peux leur faire une blague ou leur raconter des conneries, je ne vais pas me gêner. Ça n'a jamais tué personne. " Voilà finalement là où les chemins de Kaiser Franz et de Piqué divergent. Si le premier doit rire environ une fois par quinquennat, le second passe son temps à balancer des vannes. Lesquelles, il faut bien l'avouer, penchent plutôt du côté de Michaël Youn que de Woody Allen. Capable d'arroser de Bétadine la portière de la voiture du jeune Bojan ou de voler les serviettes pendant que ses potes sont sous la douche, Piqué n'aime rien moins que baisser le short de ses coéquipiers quand ils sont en interview. On peut appeler ça un boute-en-train ou un gros lourd. Franck Songo'o préfère ne pas se prononcer : " C'est tout simplement le plus grand chambreur que j'aie connu dans ma carrière, il n'arrêtait pas. "Depuis l'époque Masia, Gerard compte une victime de choix : le petit Fabregas. Un jour, il vide l'Actimel du milieu d'Arsenal sans l'ouvrir grâce à une seringue et injecte dans la bouteille, à la place de la substance d'origine, de la purée de pommes de terre. Une autre fois, à la Coupe des Confédérations 2009, Piqué profite d'une sieste pour faire des mèches blondes à Cesc, qui cherchait à se laisser pousser les cheveux. La petite chose d'Arsène Wenger se rasera le crâne deux jours plus tard. " Plus jeune, Cesc avait une verrue sur le nez. Gerard n'arrêtait pas de se foutre de sa gueule à cause de ça. Alors une fois à Arsenal, la première chose qu'a faite Cesc pour que Gerard le laisse tranquille, c'est de se faire enlever sa verrue ", se rappelle Songo'o. À force, il était dit que cette propension à foutre la merde ferait polémique. C'est arrivé deux fois en six mois. La première scène se déroule en mai dernier. Sur le parking du centre d'entraînement du Barça, Piqué fait le guignol en compagnie de Zlatan Ibrahimovic, qu'il serre contre une voiture en le tenant par le menton. Les photographes shootent la scène et le lendemain, la presse s'amuse de ce qui pourrait ressembler à une liaison amoureuse entre les deux joueurs. Tant et si bien que le buteur suédois sera obligé de mettre les choses au point en mondovision devant une journaliste qui l'interrogeait sur une possible homosexualité : " Monte dans ma voiture, viens chez moi, je vais te montrer qui est pédé. Et viens avec ta s£ur, aussi. "Déjà pas au firmament, la cote d'Ibrahimovic tombera en flèche ce jour-là dans l'opinion publique espagnole. Le second épisode remonte à la fin du mois de juillet. Lors des festivités du sacre mondial, Piqué se fait filmer par une télé en train de balancer un immonde mollard sur Pedro Cortes, le délégué de la fédération espagnole et ancien président du FC Valence. Dans l'euphorie de la Coupe du Monde, l'offense est passée comme une lettre à la poste. Mais en même temps, plus personne en Espagne ne prononcera le nom de Piqué pour évoquer le concept d'élégance. Qu'en pense Guardiola ? " Il sait que je suis jeune, que je vis dans ma ville natale et que j'ai beaucoup d'amis pour faire la fête ", concède Piqué. " Alors il ne veut pas que je parte dans tous les sens. Il refuse que je sorte d'une ligne qui va du football au football, en passant par le football. Ma mère me dit exactement la même chose :- Arrête de flirter avec les filles, et concentre-toi sur ton travail ! " Pour l'heure, le seul qui a réussi à remettre Piqué à sa place s'appelle Louis van Gaal. C'était il y a déjà 12 ans, à l'époque où le pélican néerlandais régnait comme un tyran sur le FC Barcelone. Lors d'une réunion chez Amador Bernabeu, vice-président du club et grand-père de Piqué, le jeune prodige est présenté au technicien. " Je lui tends la main pour le saluer et lui souhaiter la bienvenue, mais lui me pousse si fort que je tombe par terre. Là, il me dit : -T'es pas assez fort pour être défenseur. Tout le monde est resté perplexe pendant un bon quart d'heure, avant que van Gaal explique que c'était en fait une blague ", se souvient Piqué. Van Gaal exerce actuellement sa dictature au Bayern Munich, où Beckenbauer dit le plus grand bien de lui. Sans doute pas un hasard. PAR ALEXANDRE GONZALEZ" À Manchester, la hiérarchie et le respect des anciens sont très importants et j'ai beaucoup de mal avec ça. "Gerard Piqué" Je tends la main à van Gaal pour le saluer mais il me pousse par terre : -T'es pas assez fort pour être défenseur. " Gerard Piqué" Guardiola sait que je suis jeune et que j'ai beaucoup d'amis pour faire la fête. Ma mère me dit : Arrête de flirter avec les filles ! " Gerard Piqué