Barré parce que son contrat, jugé trop lourd, serait prolongé automatiquement s'il jouait 25 matches cette saison, il garde toute sa motivation à défaut du sourire.
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Barré parce que son contrat, jugé trop lourd, serait prolongé automatiquement s'il jouait 25 matches cette saison, il garde toute sa motivation à défaut du sourire.Manu Karagiannis: Ce n'est pas facile de rester tranchant en semaine quand on sait qu'on n'entrera pas en ligne de compte le week-end. Mais j'ai appris à m'y faire. Je continuerai jusqu'au bout à bien faire mon boulot. J'avais signé un contrat qui m'obligeait moralement à donner le maximum lors des entraînements et des matches. On m'empêche de jouer depuis quelques semaines, mais je mets un point d'honneur à toujours prester du lundi au vendredi. Si on me disait de m'entraîner deux fois par semaine, OK. Si on m'imposait dix entraînements, OK aussi. Et si on m'envoyait jouer en Réserves, je serais toujours d'accord. Je tiens surtout à ce qu'on ne puisse rien me reprocher. C'est ma façon de montrer que je sais respecter mon contrat, moi. Je parle, je coache mes coéquipiers. Et j'essaye toujours de m'amuser dans la mesure du possible. Evidemment, ce n'est pas simple quand on commence à préparer spécifiquement le match du samedi. Il a raison et je ne jette la pierre à personne. Le malheur des uns fait le bonheur des autres: Karagiannis qui sautait, ça donnait l'espoir à quelques joueurs de prendre ma place. Mais si je n'ai pas vu de la tristesse dans les yeux de mes coéquipiers, j'ai constaté qu'ils n'étaient pas d'accord avec la décision de la direction. Cette reconnaissance implicite du groupe, c'est ma récompense. C'est agréable de sentir que beaucoup de joueurs auraient préféré que je reste dans l'équipe."La Louvière gagne sans moi? Ça ne veut pas dire grand-chose"Je regrette surtout de ne pas pouvoir jouer des matches plus agréables que ceux qui ont précédé mon éviction. Pendant plusieurs mois, nous avons dû travailler dans des conditions délicates. La Louvière ne parvenait pas à décoller des deux dernières places: ce n'est jamais gai. Mais le groupe dans sa totalité a donné tout ce qu'il avait dans le ventre pour sortir de la zone rouge. Moi-même, j'avais retrouvé le niveau qui était le mien il y a deux ans, avant mes problèmes au GBA. Cette remontée spectaculaire au classement, c'était le mérite d'Ariel Jacobs et des joueurs. Je n'ai malheureusement pas pu participer à la fête dès que nous avons eu la quasi-certitude de rester en D1. C'est cent fois plus agréable de monter sur le terrain quand il n'y a pas une obligation absolue de résultat, quand on peut jouer sans pression, pour le plaisir. J'étais vraiment heureux de pouvoir terminer la saison sur un mode plus relax. Mais la direction a choisi ce moment-là pour me faire sauter de l'équipe. C'est beaucoup plus difficile à accepter que si j'avais été écarté pour petite forme ou à cause d'une blessure. Ici, je ne suis absolument pas responsable.Je reste le premier supporter de l'équipe et je le prouve en étant le plus positif possible à l'entraînement, en allant encourager mes coéquipiers dans le vestiaire avant les matches, etc. A la trêve, j'avais déjà dit que cette équipe avait les moyens de prendre une quarantaine de points cette saison. Elle y arrivera. Elle gagne encore sans moi? Ça ne veut pas dire grand-chose, et sûrement pas que je n'étais pas nécessaire. Les résultats actuels auraient peut-être été encore meilleurs si j'étais resté dans l'équipe. La Louvière a quand même arraché des points quand j'étais titulaire, dans des conditions autrement plus délicates qu'aujourd'hui.On m'a proposé deux choses: un nouveau contrat amputé de deux tiers du bail actuel, et faire sauter la clause. On m'a mis sous pression: je devais donner ma réponse sur-le-champ. Je ne pouvais rien accepter de tout cela. Je suis un homme de principes. Trop de choses s'étaient passées cette saison à La Louvière pour que j'accepte encore de consentir des efforts. J'en avais fait assez.Je n'ai pas besoin de cela. Les clubs qui pourraient être intéressés par mes services sont au courant du niveau que j'ai maintenu durant une bonne partie du deuxième tour. J'ai joué plus de 300 matches en D1 et on me connaît. Certains me trouvent trop vieux? Dommage. Trop cher? Ils ont tort."Les salaires garantis, c'est l'avenir du foot belge"Et alors? Les dirigeants avaient accepté mes conditions. Si c'était un bon contrat, ce n'était que mon mérite. J'ai toujours essayé de bien gagner ma vie. A l'époque de la signature, j'avais apprécié que les gens de La Louvière fassent un effort pour moi, mais je faisais quand même un pas en arrière sur le plan financier par rapport à ce que je gagnais ailleurs. Comme j'étais conscient qu'ils dépensaient pas mal d'argent pour moi, je me suis toujours donné à 300%. Et j'étais gêné en début de saison, quand mon rendement était insuffisant par rapport à mon contrat.Je ne pense pas que mon salaire dérangeait les autres joueurs. Ouédec gagnait encore plus? Je m'en foutais éperdument. Tout comme j'étais heureux pour Degryse qu'il touche plus que moi au GBA. On n'a que l'argent qu'on mérite. Aujourd'hui, le club comprend qu'il a commis des erreurs de gestion dans le passé et j'en suis victime. Pourquoi moi? Alors que j'ai tout donné pour remettre l'équipe à flots. Et on a eu l' élégance d'attendre que La Louvière soit sauvée. De telles choses n'arriveraient pas en France ou aux Pays-Bas. Ici, on respecte trop peu les footballeurs. Ce n'était pas la première fois que j'avais un contrat pareil. On n'arrête pas de dire qu'il y a de gros problèmes financiers dans le football belge, mais ça irait mieux s'il n'y avait que des contrats à salaire garanti. Ce système évite toute mauvaise surprise car le club sait dès le départ ce qu'il dépensera pour ses joueurs. Ce n'est pas le cas quand on propose un fixe réduit et de grosses primes: si l'équipe prend beaucoup de points, le trésorier a de gros problèmes en fin de saison. Avec 20 joueurs ayant un salaire garanti, le budget ne sera pas dépassé."Je voulais terminer ma carrière à La Louvière. Dans un an"Je les comprends parfaitement. S'il y a des problèmes financiers, je conçois que le club n'offre plus les mêmes salaires que dans le passé aux joueurs qui vont débarquer. Mais je rappelle une chose très importante: la direction s'était engagée vis-à-vis de moi et, du jour au lendemain, elle n'a plus respecté notre contrat. J'ai été trahi. Elle n'avait pas le droit de m'enlever de l'équipe alors que je donnais satisfaction sur le terrain. La clause des 25 matches était destinée à protéger La Louvière au cas où j'aurais sombré physiquement du jour au lendemain. Ce qui est toujours envisageable chez un joueur de 35 ans. Mais non: je suis parfaitement bien, physiquement et mentalement. Donc, on avait le devoir de prolonger mon contrat. En arrivant, je voulais terminer ma carrière ici. Sans doute dans un an parce que je ne veux surtout pas faire la saison de trop. J'avais plein de perspectives avec ce club. Je me sentais revivre depuis l'arrivée d'Ariel Jacobs, un entraîneur sous-estimé qui se retrouvera un jour dans un tout grand club.J'essayerai plutôt de me souvenir de notre belle remontée au classement. Et j'ai connu trop de bons moments dans ma carrière pour me focaliser sur Leclercq ou sur le non-respect d'un contrat. Je ne pourrai toutefois pas oublier qu'à l'époque de l'entraîneur français, j'ai refusé des interviews pour la première fois de ma vie. Je ne savais plus où j'en étais. Je me demandais si j'avais en face de moi l'homme au discours remarquable qui m'avait convaincu de venir à La Louvière quelques mois plus tôt.Pierre Danvoye, ,"Je montre à l'entraînement que je sais respecter mon contrat; moi..."