Le plan semblait avoir été écrit en respectant les codes du conte de fées. Une histoire destinée à se terminer avec un Ballon d'or. Depuis son arrivée en Europe, Neymar Junior, alors attendu avec le scepticisme de ceux qui ont appris à se méfier des vidéos YouTube, avait passé son temps à effacer les défenseurs et les critiques. Au bout de deux saisons sur le Vieux Continent, il monte même sur la troisième marche du podium qui regroupe les meilleurs joueurs de la planète, seulement devancé par Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. La hiérarchie mondiale ne lui résiste presque plus.
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Le plan semblait avoir été écrit en respectant les codes du conte de fées. Une histoire destinée à se terminer avec un Ballon d'or. Depuis son arrivée en Europe, Neymar Junior, alors attendu avec le scepticisme de ceux qui ont appris à se méfier des vidéos YouTube, avait passé son temps à effacer les défenseurs et les critiques. Au bout de deux saisons sur le Vieux Continent, il monte même sur la troisième marche du podium qui regroupe les meilleurs joueurs de la planète, seulement devancé par Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. La hiérarchie mondiale ne lui résiste presque plus. Il n'y a qu'un problème : les deux hommes qui restent devant lui sont du genre indétrônables. Le cyborg portugais et la puce argentine se partagent tous les Ballons d'or depuis 2008. Ni les triplés historiques du Bayern de Frank Ribéry ou de l'Inter de Wesley Sneijder, ni les sacres mondiaux d' Andrés Iniesta et de Manuel Neuer n'ont suffi pour faire vaciller le trio. Comment Neymar pourrait-il donc gravir le dernier sommet, lui qui vit sous le maillot blaugrana et doit donc forcément se contenter du rôle d'écuyer de Messi ? Aucun sacre du Barça ne sera vraiment le sien, et les meilleures années de sa carrière arrivent. Programmé pour être le meilleur, Neymar Junior décide de reprendre le rôle principal de son conte de fées. La clause libératoire de son contrat, seul moyen de quitter la prison dorée catalane, n'est pas accessible pour toutes les bourses. Paris dégaine 222 millions d'euros, pour faire du Brésilien le transfert le plus cher de l'histoire du jeu, avec une avance presque déraisonnable sur la concurrence. Neymar a écrit l'histoire dans les banques, il n'a plus qu'à le faire sur le terrain. Avec son vingt-cinquième anniversaire dans le rétroviseur, l'enfant prodige de Santos débarque dans la capitale française au moment qui doit être le prime-time de sa carrière. La Coupe du monde, prévue au bout de la saison, doit être la cerise sur le gâteau parisien. Le Brésil de Tite débarquera en Russie avec l'étiquette de favori numéro un, alors que le PSG s'est armé pour enfin conquérir le continent, ajoutant Kylian Mbappé et Neymar à une ligne d'attaque portée à bout de bras par Edinson Cavani depuis la fin du règne de Zlatan Ibrahimovic. Évidemment, la Ville Lumière est séduite. Entre Rai, Leonardo et Ronaldinho, elle a toujours su accueillir les auriverdes avec les honneurs. Installé sur le flanc gauche en théorie, mais omniprésent en pratique dans la possession parisienne, le Brésilien devient rapidement la clé de voûte du football d' Unai Emery. Une première sortie prometteuse en phase de poules face au Bayern confirme les espoirs européens du club monté par les Qataris à Paname. Auteur d'un départ canon avec dix-sept buts et douze passes décisives sur ses vingt premières sorties parisiennes, Ney s'invite même pour la deuxième fois de sa carrière sur le podium du Ballon d'or, reprenant un siège laissé à Antoine Griezmann douze mois plus tôt. Toujours derrière Cristiano et Messi, évidemment. La lune de miel prend fin un soir de Saint-Valentin. Sur la pelouse du Bernabeu, Paris bafouille sa fin de match et laisse le Real s'envoler vers un troisième sacre continental de rang. Pas loin d'être le meilleur joueur sur la pelouse, le Brésilien ne parvient pas à transformer ses dribbles insolents en actions décisives. Pire, il ne montera même pas sur la pelouse pour le match retour. Resté accroché dans le terrain lors du Classique contre l'OM, son pied nécessite un passage sur le billard et l'éloigne des rectangles verts pour la fin de saison, lançant une course contre-la-montre en vue du Mondial. Présent dès le coup d'envoi du premier match des quintuples champions du monde en Russie, Ney monte en puissance tout au long du tournoi. S'il laisse le rôle principal à Philippe Coutinho lors de la phase de poules, il reprend les choses en mains dès les huitièmes de finale, avec une passe décisive et un but logé au fond des filets de Guillermo Ochoa. Son rêve de titre mondial bute sur les gants de Thibaut Courtois, qui enlève de la lucarne un ballon qui aurait dû envoyer le Brésil aux prolongations face à des Diables rouges qui ne faisaient plus qu'attendre le bout du chrono. Meurtri par la fin brutale de ce retour aux affaires, Neymar quitte la Russie avec les jambes lourdes et une réputation entachée. S'il est matraqué par tous ses adversaires, on retient plus volontiers ses plongeons spectaculaires que ses crochets ravageurs. Devenu l'exemple à ne pas suivre, le footballeur qui oscille entre la comédie et la tricherie, sa cote de popularité est en baisse, tandis que la France n'a d'yeux que pour son coéquipier à Paris, un Kylian Mbappé tout juste auréolé du titre de champion du monde et déjà trop incontournable pour se contenter d'un rôle d'écuyer docile. Pourtant, la fin de l'été est idyllique. Le Paris de Thomas Tuchel trouve rapidement ses marques à l'échelle nationale, et les victoires pleuvent : quatorze succès consécutifs pour le PSG, dix buts et six passes décisives en onze sorties pour Neymar. Sur la scène européenne, alors que les nombreux détracteurs du " Qatar SG " ricanent suite à la défaite inaugurale à Anfield, le club se sort d'un groupe très relevé, devant Naples et Liverpool. Les problèmes reviennent avec l'hiver. Dans une froide rencontre de Coupe de France face à Strasbourg, Neymar amuse la foule mais écoeure les Alsaciens. Ses chevilles ne résistent pas à la vengeance des humiliés. " Il peut s'amuser, mais qu'il ne vienne pas chouiner après ", avait repris de volée Thierry Laurey, le coach de la bande à Matz Sels, après la rencontre. Une nouvelle fois trahi par ses pieds fragiles, que d'aucuns attribuent volontiers aux pas de danse nocturnes plutôt qu'à la répétition des coups de crampons, Ney n'est pas de la partie face à Manchester United en huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Venu pour soulever la Coupe aux grandes oreilles, le Brésilien n'aura disputé qu'un seul match de la phase finale de la C1 en deux saisons. Les matches se raréfient, les critiques s'amplifient. Pour la deuxième année de suite, Neymar est au Brésil pour l'anniversaire de sa soeur, et certains trouvent la coïncidence un peu trop troublante. Plus largement, on reproche au Brésilien son manque de respect envers " l'institution ", entre une première convalescence entièrement menée au pays ou une absence remarquée à la reprise des entraînements du PSG cet été. La goutte d'eau qui fait déborder une relation déjà tempétueuse avec le club s'écoule lors d'une interview, au cours de laquelle Neymar déclare que le meilleur souvenir de sa carrière est la remontada historique du Barça face au... PSG. Un 6-1 duquel il avait été un acteur majeur, mais une déclaration forcément controversée à l'heure où les rois du jeu maîtrisent la moindre syllabe de leurs sorties médiatiques. Oubliées, donc, les statistiques gargantuesques. Deux ans après avoir validé le statut de joueur le plus cher de la planète, Neymar est devenu un joueur qu'on regarde avec dédain. Tant pis si, en 58 matches sous le maillot francilien, il a marqué 51 buts et offert 29 passes décisives, créant un but toutes les 63 minutes de jeu. De ces deux premiers exercices parisiens, la postérité retiendra plutôt les 46 matches ratés pour cause de blessures diverses, présentées comme les symptômes footballistiques d'une hygiène de vie déplorable par des suiveurs tous improvisés médecins du sport pour pointer du doigt les excès de la diva brésilienne. L'été n'arrange rien au conte de fées. Sans son joueur-phare, le Brésil remporte tout de même la Copa América, trophée qui lui échappait depuis 2007. De l'autre côté de l'Atlantique, Paris accueille en grandes pompes le retour de Leonardo, architecte du premier PSG qatari à la base des arrivées de Thiago Motta, Thiago Silva, Marco Verratti ou Zlatan Ibrahimovic sous la Tour Eiffel. Revenu pour taper du poing sur la table et rendre ses lettres de noblesse à une " institution " meurtrie, le Brésilien ne tarde pas à cibler son compatriote et ses excès extra-sportifs. Leonardo entrouvre carrément la porte de sortie à l'heure d'évoquer le futur de Neymar, lequel rêverait visiblement d'un retour à Barcelone, comme si l'heure était venue de se refaire une virginité à l'abri des regards, à l'ombre de Lionel Messi. Une posture confortable de laquelle l'Icare brésilien était sorti pour se rapprocher du soleil, sans parvenir à éviter de se brûler les ailes. Au bout de l'année 2018, quand le règne sans partage de Messi et Ronaldo a enfin pris fin, Neymar n'était pas présent pour briser l'hégémonie. C'est à distance très respectable qu'il a assisté au sacre de Luka Modric, premier Ballon d'or à échapper au duo depuis Kaka en 2007. Neymar, lui, a dû se contenter d'une anonyme douzième place. Même pas cité parmi les outsiders, devancé par les buts d' Harry Kane et les marathons de N'Golo Kanté. C'était le plus mauvais classement de Ney depuis 2012, quand il avait bouclé l'année à la treizième position alors qu'il n'était encore qu'un joueur de Santos. Visiblement, les derniers kilomètres de la route vers le sommet sont aussi les plus glissants...