Confortablement installé dans un fauteuil de la salle des joueurs, Mbo Mpenza compulse la presse. Afin d'y découvrir dans quel club il va être transféré ? Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'on l'annonce à gauche et à droite. Ses équipiers n'hésitent d'ailleurs pas à le taquiner à ce sujet. Lui-même prend les événements avec philosophie et le sourire, quand bien même les incessantes questions concernant son avenir pourraient l'exaspérer.
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Confortablement installé dans un fauteuil de la salle des joueurs, Mbo Mpenza compulse la presse. Afin d'y découvrir dans quel club il va être transféré ? Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'on l'annonce à gauche et à droite. Ses équipiers n'hésitent d'ailleurs pas à le taquiner à ce sujet. Lui-même prend les événements avec philosophie et le sourire, quand bien même les incessantes questions concernant son avenir pourraient l'exaspérer. Mbo : " Récemment, j'ai encore dû lire que j'avais rencontré je ne sais plus qui alors que je n'ai eu de contacts avec personne. Je suis encore sous contrat avec l'Excel jusqu'en juin 2006 et je pars donc du principe que je serai toujours Mouscronnois, au moins jusqu'à la fin de l'actuel championnat, si pas au-delà. Je me sens bien au Canonnier et j'ai toujours répété que je ne partirais qu'à des conditions bien précises, au profit d'un club hiérarchiquement supérieur dont l'entraîneur me veut vraiment et avec l'assentiment de tous. Le jour où je partirai, je l'annoncerai. Ce n'est pas le cas aujourd'hui et je ne suis pas demandeur. Cela dit, il est clair qu'à partir du moment où une offre concrète parvient au club et qu'elle agrée toutes les parties, tout peut aller très vite ". Luigi Pieroni ne se pose pas ce genre de questions. Alors que Pieter Maes est déjà retourné à Zulte-Waregem et que Trésor Empoke a été relégué dans le noyau B, il s'est érigé en révélation du premier tour. Chaque fois que Marcin Zewlakow a été indisponible, pour cause de suspension en début de championnat ou pour blessure en décembre, il a saisi sa chance à pleines mains. Au point d'afficher déjà un total appréciable de huit buts, tout en conservant une énorme marge de progression. Il est aussi le premier à prier pour que Mbo ne parte pas tout de suite. " J'apprends tellement à son contact ", assure-t-il. Les deux attaquants qui ont formé le duo de pointe de l'Excel en décembre sont aussi les deux joueurs mouscronnois qui ont joué au Standard. " J'ai même été... champion avec les Rouches ", rigole Lou. " Cinq fois en six ans, s.v.p. Mais c'était en équipes de jeunes ". Le derby wallon de ce samedi leur tient donc particulièrement à c£ur. Mpenza : Faire mieux qu'au... premier tour de la saison actuelle. Cela peut paraître ambitieux, alors que nous avons déjà conquis 30 points, mais pourquoi pas ? Il faut toujours être ambitieux. De façon raisonnable, mais il est logique qu'un sportif veuille sans cesse placer la barre plus haut. L'Europe, ce sera sans doute difficile, mais terminer tout près d'une place européenne, c'est tout à fait dans nos cordes. D'autant que Georges Leekens essaye encore de renforcer le groupe. Si l'on veut devenir plus fort, il faut passer par là. Ceux qui n'acceptent pas la concurrence doivent arrêter de pratiquer un sport collectif. Si l'on se contente de végéter, on peut rester les bras croisés et conserver le groupe actuel, mais je ne pense pas que ce soit l'objectif. Je n'ai pas de privilège : si l'entraîneur décide de me titulariser, c'est parce qu'il estime que je joue bien et que je m'entraîne bien, mais ce n'est pas un droit acquis. Le travail est toujours récompensé et le cas de Lou, précisément, constitue le plus bel exemple : depuis le début, il a toujours travaillé, sans broncher, et il en a recueilli les fruits. Il ne doit pas s'inquiéter de la venue éventuelle d'un attaquant supplémentaire. Pieroni : Une équipe ambitieuse a besoin de quatre attaquants. Ce sera le cas à Mouscron. J'ai terminé le premier tour en force, mais maintenant, une nouvelle étape recommence : on remet les compteurs à zéro. Je devrai remettre l'ouvrage sur le métier, comme en début de saison, mais cela ne m'effraye pas. Je redouble d'efforts à l'entraînement, car je suis conscient de ne pas encore être au même niveau que les autres : je proviens de D2 et j'ai un retard à combler. Mon but, en 2004, sera de continuer à progresser : lors du deuxième tour et encore la saison prochaine. Les deux ans et demi de contrat qu'il me reste devraient me permettre de penser à l'avenir avec sérénité. On verra bien, en juin 2006, où j'en suis. Pieroni : Il est certain que, si l'on m'avait dit en début de saison que mon compteur personnel afficherait déjà huit buts au terme du premier tour, j'aurais signé à deux mains pour que cette perspective se réalise. Je ne m'attendais pas à une adaptation aussi rapide à la D1. Je sortais de quatre saisons en D2, avec Liège, et le rythme n'a rien de comparable. L'intensité des entraînements, aussi, est très différente. A Liège, on s'entraînait quatre fois par semaine, en soirée. A Mouscron, en période de préparation, il y a deux entraînements quotidiens, d'une intensité bien supérieure à ce que j'avais connu jusqu'ici. Je commence seulement à m'habituer. L'endurance n'a jamais été mon point fort. Mes qualités physiques se situent plutôt au niveau de la vitesse. Au départ, j'ai souffert. Je ne peux pas vraiment comparer mon cas avec celui de Christophe Grégoire, qui a suivi la même trajectoire que moi. D'abord, sa morphologie est différente : il n'a jamais rencontré de problèmes d'endurance. Ensuite, il a effectué le saut vers la D1 en étant plus jeune : il avait, de ce fait, plus de temps pour s'adapter. Personnellement, j'avais déjà 23 ans lorsque j'ai effectué le grand saut. Pour moi, c'était maintenant ou jamais : il n'y avait plus de temps à perdre. Georges Leekens m'a d'ailleurs expliqué qu'idéalement, j'aurais dû tenter ma chance en D1 deux ans plus tôt, mais qu'en travaillant, il y avait moyen de résorber le retard concédé. C'est ce que je me suis efforcé de faire. J'ai disputé mes premières minutes de jeu en D1 lors du match aller contre le Standard. Je n'étais pas titulaire, mais j'étais monté au jeu durant la dernière demi-heure. Depuis lors, j'ai connu des hauts et des bas, mais j'ai essayé de saisir ma chance lorsque l'occasion m'en a été donnée. J'y suis souvent parvenu. Mpenza : C'est ce qu'on appelle un opportuniste. Il l'est dans tous les domaines. Y compris devant le but. Sa réussite ne m'étonne pas. D'abord, Lou est un garçon qui écoute. C'est important. A l'entraînement, les joueurs s'engueulent souvent, mais il a toujours accepté les critiques, qu'elles soient positives ou négatives. Il les considère plutôt comme des conseils et s'efforce de corriger les défauts qu'on lui signale dans son jeu. Devant le but, il est loin d'être maladroit. S'il continue de la sorte, il aura sa place dans n'importe quelle équipe de D1. Mpenza : Le calme, lorsqu'il entre en possession du ballon. Mais c'est tout à fait logique, compte tenu du fait qu'il fourbit ses premières armes en D1. Il doit encore renforcer son caractère, aussi, même s'il court déjà énormément sur le terrain. Tactiquement, il accuse encore des lacunes également, mais il les gommera en jouant. Ce sont tous des petits défauts qui n'ont rien d'alarmant : ils se corrigent facilement. Alors qu'être déjà aussi fort devant le but, à son âge, ce n'est pas donné à tout le monde. S'il continue à trouver le chemin des filets avec une telle aisance, il me dépassera bientôt au classement des buteurs. D'ailleurs, il me talonne déjà à un but, alors qu'il a comparativement joué très peu de minutes et qu'il n'a pas tiré le moindre penalty. Franchement, je serai très heureux le jour où il me doublera. Je suis aussi là pour le guider. Pieroni : La présence de Mbo à mes côtés est importante. Il me parle énormément sur le terrain et corrige sans cesse mon positionnement. Ses conseils me permettent de progresser. Grâce à lui, je fournis notamment moins d'efforts inutiles. Je ne demande qu'une chose : qu'il reste à Mouscron le plus longtemps possible. Mpenza : Lou avait, effectivement, tendance à trop courir. Encore une fois, c'est logique : à son âge, lorsqu'on débute, on veut toujours trop en faire. On veut montrer, à ses équipiers et à son entraîneur, qu'on est bien présent. J'avais le même défaut lors de ma première saison en D1. Parfois, il m'est arrivé de retrouver Lou à la place de Steve Dugardein. Ce n'est pas son rôle : sa place, c'est devant le but. Je lui en ai fait la remarque et il commence à le comprendre. Beaucoup d'entraîneurs déclarent que, dans le football moderne, les attaquants doivent être les premiers défenseurs. Je suis d'accord, on ne peut pas rester passif lorsque l'équipe adverse entre en possession du ballon. Personnellement, depuis mon plus jeune âge, je me suis toujours efforcé de chasser le ballon devant, mais il ne faut pas s'époumoner aux quatre coins du terrain pour défendre. Le rôle premier d'un attaquant, c'est de marquer des buts, et pour cela, il faut conserver une certaine lucidité en zone de conclusion. Il faut trouver un juste équilibre entre la nécessité de gêner la progression de l'adversaire et celle de conserver la fraîcheur voulue pour viser juste lorsqu'une occasion se présente. Mpenza : On s'entend bien en dehors du terrain, cela aide aussi pour l'entente... sur le terrain. Mpenza : Bien sûr. Déjà, le simple fait d'affronter le Standard est spécial. S'ajoute à cela, dans mon cas, le fait que j'ai porté le maillot rouche et que je connais toujours beaucoup de monde à Sclessin, sur et en dehors du terrain. La présence de mon frère Emile ajoute encore un piment particulier. Je n'ai encore jamais eu l'occasion de l'affronter en match officiel. Seulement à l'entraînement. Si nous sommes tous les deux en état de jouer, on assistera donc à une grande première, samedi. Pieroni : Pour moi aussi, ce sera un match spécial. J'ai effectué toutes mes classes au Standard. J'y ai côtoyé, en équipes de jeunes, des joueurs comme Jonathan Walasiak, Onder Turaci, Joseph Yobo et Rabiu Afolabi. Je n'étais pas encore l'attaquant que je suis aujourd'hui. En Juniors, j'étais un peu baladé à toutes les places : demi défensif, stoppeur, back droit... Pour que j'apprenne à défendre, me disait-on. Mpenza : En plus, Lou a été champion avec le Standard. Je n'ai jamais eu cette chance. Pieroni : J'aurais pu retourner au Standard cette saison-ci, mais les arrivées d'Alexandros Kaklamanos et de Sambegou Bangoura ne me laissaient rien présager de bon quant au rôle qu'on comptait me confier. Si je joue samedi, j'aurai à c£ur de démontrer û par des gestes, pas par des paroles û que je vaux mieux que le contrat qu'on voulait me proposer en bord de Meuse. Plus que tout autre, sans doute, j'ai envie de participer au match de samedi. Marquer à Sclessin me procurerait un bonheur intense. Mais ce sera à l'entraîneur de décider. Pieroni : J'ai joué six années au Standard, de 12 à 18 ans. Mes meilleurs souvenirs sont évidemment les cinq titres conquis en six saisons. Le Standard possède l'une des meilleures écoles de jeunes de Belgique... Mpenza :... après Mouscron ! Pieroni : Malheureusement, après avoir effectué toutes mes classes chez les Rouches, on m'a fait comprendre que je n'étais pas assez fort pour jouer en... Réserve au Standard. J'aurais été le quatrième attaquant de l'équipe B. Cela ne m'a pas fait plaisir. J'ai préféré partir pour Liège, en D2. Mpenza : Personnellement, je conserve de très bons souvenirs de mon passage au Standard. Mais aussi pas mal de regrets. Les principaux ont trait aux blessures dont j'ai souffert et qui m'ont empêché de donner ma pleine mesure. Il n'y avait pas qu'Emile et moi qui nous retrouvions régulièrement sur la touche : l'équipe n'a pratiquement jamais pu évoluer au complet. Les entraînements étaient-ils mal dosés ? Je l'ignore. A l'époque, j'étais encore jeune et je faisais ce qu'on me disait. Aujourd'hui, je connais mieux mon corps et je serais plus en mesure de déceler ce qui est bon pour moi. D'aucuns prétendent que j'ai une musculature fragile. Je n'ai pourtant souffert que de deux ou trois contractures, et d'une déchirure, au long de ma carrière. En revanche, j'ai rencontré de nombreux problèmes au niveau des chevilles : c'était le cas la saison dernière, après le tackle dont j'avais été victime en Coupe de Belgique à Overpelt, et c'était déjà le cas au Standard. Les échecs répétés dans les tentatives de qualification pour une coupe européenne me laissent aussi beaucoup de regrets. Car mon objectif, en partant là-bas, c'était celui-là : jouer régulièrement l'Europe. La finale de la Coupe de Belgique demeure mon souvenir le plus marquant, mais elle s'est également terminée sur un échec : nous avons été battus 3-1 par le Lierse alors que nous avions largement les moyens de nous imposer. Dommage pour les très nombreux supporters qui s'étaient déplacés au stade Roi Baudouin. En fait, j'ai presque honte de l'avouer : j'ai participé à trois finales de Coupe, avec trois clubs différents û le Standard, le Sporting du Portugal et Mouscron û et je les ai toutes perdues. Mon seul titre a été conquis à Lisbonne. Je n'ai jamais rien gagné en Belgique. Pieroni : Mon rêve, pour 2004, serait de connaître moi aussi la montée d'adrénaline d'une finale de Coupe de Belgique. Mes nouveaux coéquipiers, qui étaient présents en 2002 sur la pelouse du stade Roi Baudouin pour affronter Bruges, m'en parlent encore souvent. Et ce qu'ils me racontent me fait saliver. Jusqu'à présent, Mouscron ne peut pas se plaindre du tirage : Walhain et Denderhoutem, il y avait pire pour arriver en quarts de finale. D'aucuns prétendent qu'avec le Cercle de Bruges, nous avons encore tiré le gros lot, mais je me méfie : aujourd'hui, l'équipe flandrienne n'a plus rien à voir avec celle que nous avions battue 4-0 en championnat, en septembre. Mpenza : Le Standard est un club que j'ai toujours aimé et que j'aimerai toujours. Son excellent premier tour me fait donc plaisir. Mais aller gagner là-bas me ferait... encore plus plaisir ! Je suis conscient que notre tâche sera loin d'être simple. Le Standard est très fort actuellement. Et, pour rouvrir avec le chapitre de la concurrence : à Sclessin, elle est encore bien plus terrible qu'au Canonnier. Les résultats actuels des Rouches prouvent qu'elle n'a fait de tort à personne. Mpenza : Si Anderlecht continue au même rythme, il sera très difficile à déloger de la première place. Mais le Standard demeure à l'affût. Les Rouches sont, à mon avis, le principal concurrent des Bruxellois. Pourtant, Genk n'est pas très loin. La deuxième place assurerait déjà au Standard une participation au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Ce serait un premier objectif atteint. Mais je suis certain que, pour la saison prochaine, les dirigeants placeront la barre encore plus haut et renforceront encore davantage l'équipe. Mpenza : J'y tiens beaucoup, chacun le sait. Le groupe dans lequel nous avons été versés pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2006 n'est pas facile. L'Espagne fait figure d'épouvantail, mais même les fiers Espagnols ne sont pas à l'abri d'une déconvenue en Serbie & Monténégro, en Bosnie-Herzégovine ou en Lituanie. Autant de déplacements fort délicats à négocier. Il faudra être particulièrement concentré lors de chaque rendez-vous. Pieroni : Je n'ai jamais été sélectionné en équipe nationale. Pas même en équipes de jeunes, car je suis resté Italien jusqu'à mes 18 ans. Et aujourd'hui, je suis trop âgé pour être convoqué chez les Espoirs. Mpenza : Mais peut-être chez les Aspirants, qui sait ? Il n'y a pas d'âge pour cette catégorie. Daniel Devos" Je commence seulement à DIGéRER LA DIFFéRENCE DE RéGIME entre la D2 et la D1 " (Luigi Pieroni) " MON TRANSFERT ? Tout peut aller très vite, mais personnellement, JE NE SUIS PAS DEMANDEUR " (Mbo Mpenza)