Monument. Un terme qui, en cyclisme, consacre les cinq plus grandes courses d'un jour du calendrier : Milan-Sanremo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. Cinq classiques que seuls trois coureurs ont réussi à toutes épingler à leur palmarès : Rik Van Looy, Eddy Merckx et Roger De Vlaeminck.
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Monument. Un terme qui, en cyclisme, consacre les cinq plus grandes courses d'un jour du calendrier : Milan-Sanremo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. Cinq classiques que seuls trois coureurs ont réussi à toutes épingler à leur palmarès : Rik Van Looy, Eddy Merckx et Roger De Vlaeminck. À l'époque de ces champions belges, il n'était pas encore question de monuments. On parlait des huit grandes classiques, en y ajoutant Paris-Bruxelles, la Flèche Wallonne et Paris-Tours. Ces huit courses étaient, depuis 1948, rassemblées au sein du Challenge Desgrange Colombo, un concours de régularité qui incluait aussi les grandes courses par étapes. À partir de 1958, le challenge a été remplacé par le Super Prestige Pernod, qui incluait également l'interminable course Bordeaux-Paris. Avec le temps, trois de ces grandes classiques ont perdu leur statut d'antan : Paris-Bruxelles, parce que la course n'a plus été organisée entre 1967 et 1972, et la Flèche Wallonne et Paris-Tours, parce qu'elles changeaient trop souvent de point de départ, voire de nom pour la course française. Quand l'ancien président de l'UCI Hein Verbruggen instaure la Coupe du monde en 1988, il n'y trouve même pas de place pour Paris-Bruxelles et la Flèche. C'est à cette période qu'on commence à parler de monuments, pour distinguer les courses historiques des plus récentes, telles l'Amstel Gold Race ou la Clasica San Sebastián. Conséquence de la spécialisation du cyclisme, aucun coureur n'est plus parvenu à boucler le quintuplé au cours de sa carrière depuis les années nonante. Certains, comme Tafi, Tchmil, Bartoli, Bettini ou Cancellara en ont remporté trois, mais personne n'était parvenu à en ajouter une quatrième à son palmarès jusqu'à ce que Philippe Gilbert remporte Paris-Roubaix en 2019, deux ans après son succès sur le Ronde. Auparavant, il avait déjà épinglé deux Tours de Lombardie (2009 et 2010) et la Doyenne (2011) à son palmarès, les deux monuments les plus propices aux grimpeurs. Tout ça au cours d'une période où il se distinguait comme puncheur, brillant sur les routes de l'Amstel Gold Race (doublé en 2010 et 2011), avant d'être sacré champion du monde au bout d'une attaque dans son Cauberg fétiche. Entre le Ronde 2009 et le Tour de Lombardie 2011, Gilbert enchaîne d'ailleurs une série de onze monuments consécutifs conclus dans le top 10. Seul Cancellara, qui a aligné douze podiums en treize monuments entre 2010 et 2014, peut se targuer d'avoir réussi une telle série. Mais pas en mêlant classiques pavées et vallonnées, comme Gilbert l'a réussi dans son palmarès qui compte aussi une foule de succès dans les semi-classiques : deux fois Het Volk, Paris-Tours, le Tour du Piémont, les Strade Bianche, la Flèche Wallonne, la Clasica San Sebastián, le GP de Québec, ou la Flèche Brabançonne, sans même parler de ses deux titres de champion de Belgique. Tant par la diversité que par la quantité, le Remoucastrien domine sa génération, avec 37 victoires dans des courses d'un jour (World Tour ou catégorie 1.1). Au XXIe siècle, son plus proche poursuivant est Tom Boonen (32 succès), surtout brillant sur les pavés, suivi par Alejandro Valverde (trente) et Peter Sagan (24). Des coureurs qui, signe de grandeur, ont également porté le maillot arc-en-ciel. Comme Gilbert. En termes de qualité, de quantité et de diversité, personne n'égale Phil. Un palmarès bâti grâce à sa polyvalence physique, son instinct de tueur et surtout son sens de la course, lui qu'on décrit souvent au sein de la meute comme le coureur le plus intelligent du peloton. Au vu de la finale explosive de Milan-Sanremo, où Gilbert s'était distingué dès ses débuts en 2004 en se portant à l'attaque dans le Poggio, les chances sont minces que le coureur de Lotto-Soudal, deux fois deuxième par le passé (2008 et 2011), finisse par remporter la Primavera. Mais l'an dernier, beaucoup pensaient la même chose au sujet de son potentiel sur les pavés roubaisiens...