Vendredi 16 avril 2010. Le stade national du Caire fait le plein de 75.000 fans pour le derby entre les frères ennemis, Zamalek et Al-Ahly. Une fois n'est pas coutume, il se solde par un partage : 3-3. Et deux joueurs, un dans chaque camp, sont désignés hommes du match : le néo Anderlechtois Mahmoud Shikabala, un n°10 technique et polyvalent, grand tourmenteur de la défense alaouite tout au long du match et le néo Standardman Emad Moteab, pur buteur auteur d'un doublé.
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Vendredi 16 avril 2010. Le stade national du Caire fait le plein de 75.000 fans pour le derby entre les frères ennemis, Zamalek et Al-Ahly. Une fois n'est pas coutume, il se solde par un partage : 3-3. Et deux joueurs, un dans chaque camp, sont désignés hommes du match : le néo Anderlechtois Mahmoud Shikabala, un n°10 technique et polyvalent, grand tourmenteur de la défense alaouite tout au long du match et le néo Standardman Emad Moteab, pur buteur auteur d'un doublé. Ce n'est donc pas n'importe qui que le RSCA et les Rouches avaient dans le collimateur. Opposés sur le terrain, les antagonistes n'en font pas moins corps en sélection nationale avec laquelle ils ont d'ailleurs remporté la Coupe d'Afrique des Nations en janvier passé. Pour le néo-Standardman, c'était une authentique passe de trois, dans la mesure où il avait déjà remporté l'épreuve en 2006 et 2008. Pour l'autre, contraint la plupart du temps à faire banquette durant la phase finale en Angola, il s'agissait d'une première. " L'ancien Anderlechtois Ahmed Hassan a joué un rôle ici ", dit InasMazhar du quotidien Al Ahram. " Je pense, en tout cas, que c'est lui qui a soufflé le nom de Shikabala aux dirigeants bruxellois. Non seulement parce qu'il s'agit d'un bon joueur mais aussi parce que c'est une manière, pour lui, de déforcer Zamalek, qui est le grand rival de son club, Al Ahly. Pour Moteab, son avis aura été déterminant aussi. Ici, dans chaque interview qui le concerne, Hassan loue toujours le championnat de Belgique, où il s'est senti très heureux pendant deux saisons. A force d'entendre ces commentaires, il me semble normal que des garçons comme Shikabala et Motaeb aient voulu tenter l'expérience. Je suis personnellement d'avis que tous deux ont de grandes chances de réussir. J'ai pleinement foi en Motaeb, qui est de la race des buteurs, et qui possède la faculté de marquer partout. En Egypte, on le surnomme d'ailleurs Mister 50 % dans la mesure où il a toujours carburé à la moyenne d'un but tous les deux matches, tant avec Al Ahly où il a fait mouche à 94 reprises en 186 matches qu'en sélection où il a trouvé l'ouverture 31 fois en 62 rencontres. Pour Shikabala, je serai un peu plus réservée. Certes, il a les qualités. Mais, avec lui, c'est encore souvent tout ou rien. Si dans un bon jour, il est capable de rivaliser avec les meilleurs footballeurs brésiliens, il passe tout simplement à côté de son match quand il n'éprouve pas de bonnes sensations. A Zamalek, il était parfois pris en grippe par le public pour cette versatilité mais il a été plus souvent porté aux nues en raison de ses prouesses. S'il parvient à une plus grande constance dans son jeu, tout porte à penser qu'il réussira à remplacer Hassan dans le c£ur du public anderlechtois. Ce qui n'est pas peu dire. " Sensibiliser deux vedettes des Pharaons constitue un tour de force de nos clubs. Car la présence égyptienne à l'étranger a, de tout temps, toujours été des plus limitées. Dans l'effectif qui remporta la 25e CAN à Luanda, il n'y avait que 6 éléments sur 23 qui évoluaient hors des frontières : Hosni Abd Rabo à Al Ahly Dubaï, Hassan Mostafa à Al Wahda, en Arabie Saoudite, Ahmed Mido Hossam à West Ham, Amr Zaki à Hull City et Mohamed Zidan au Borussia Dortmund. Tous les autres étaient actifs chez l'un des ténors cairotes précités ou dans des entités du subtop tels Ismaily, Ittihad Alexandrie, Petrojet ou ENPPI. Une situation qui se vérifiait déjà jadis car on peut quasiment compter sur les doigts des deux mains le nombre de footballeurs qui, comme Hani Ramzy au Werder Brême et à Neuchâtel Xamax, Magdi Abdel Ghani à Beira Mar ou Hazem Emam à l'Udinese, avaient tenté la grande aventure. Mais pourquoi cette frilosité ? Contrairement à leurs voisins maghrébins obligés de rallier l'Europe s'ils veulent faire du ballon leur gagne-pain, les Egyptiens n'ont pas besoin de s'exiler pour gagner royalement leur vie. " Des salaires de 6 à 10.000 euros mensuels ne sont pas rares pour les internationaux du Zamalek ou d'Al Ahly ", affirme Inas Mazhar. " C'est 20 fois plus que le commun des mortels chez nous. Dans ces conditions, ils préfèrent être les stars, ici, que des nobodies ailleurs. Dans l'ensemble, les Pharaons n'ont d'ailleurs jamais été de bons produits d'exportation. Ahmed Hassan a peut-être été une réussite mais Anderlecht n'est pas le top européen. Seul Mohamed Zidan est une exception. Ce n'est donc pas de sitôt qu'on aura un Egyptien champion d'Europe, comme l'Algérie l'a vécu avec Rabah Madjer. Nous devrons toujours nous contenter, sans doute, d'être champions d'Afrique,... ce qui n'est déjà pas mal ( NDLR : six succès en Ligue des Champions pour Al Ahly et 5 pour Zamalek). Si on tient compte de tous les résultats obtenus par nos clubs sur la scène continentale, les deux porte-drapeaux du football cairote devancent les Ghanéens d'Ashante Kotoko, l'Espérance Tunis et le Canon Yaoundé. Ce n'est pas anormal, les meilleurs Ghanéens, Tunisiens ou Camerounais préfèrent l'exil à une carrière nationale. Il n'y a qu'à l'échelon de l'équipe nationale que les autres pays ont longtemps pu rivaliser avec nous. A ce niveau, nous avons dû nous incliner longtemps. Il n'y a que depuis 2006 que nous sommes les maîtres en Afrique. Enfin, sur le plan mondial nous sommes moins bien lotis, avec deux présences seulement en 1934 et 1990. En principe on aurait dû se qualifier cette année si l'Algérie n'en avait décidé autrement. " Le Standard et Anderlecht avaient déjà composé avec du talent égyptien. Les Rouches avaient embrigadé le jeune Mohamed El Yamani en 1999 ( v. cadre) alors que le Sporting avait engagé Tarek El Saïd deux ans plus tard. Tous deux firent long feu. Le premier fut stoppé par un grave accident de la route en 2001, l'autre ne réalisa jamais rien de bon. " Mais le contexte n'était pas simple pour lui ", se rappelle Aimé Anthuenis, entraîneur des Mauves à l'époque. " Après une brillante campagne en Ligue des Champions, nous avions perdu trois gauchers : Didier Dheedene, Bart Goor ainsi que Tomasz Radinski. Mark Hendrikx était censé doubler Dheedene au back et El Saïd devait faire oublier Goor. Il n'y est jamais parvenu. Pourtant, il avait été dûment screené par le regretté Jean Dockx, responsable de la prospection. Le dossier n'était pas simple, en ce sens que le FC Nantes était aussi intéressé. La langue n'expliquait pas ce fiasco car le garçon parlait l'anglais couramment. Il ne trouva à aucun moment ses repères sur la pelouse et c'était d'autant plus étonnant qu'il avait été vu à l'£uvre tant dans un 4-4-2 que dans un 3-5-2, et que ces systèmes semblaient lui convenir. Il ne se sentait manifestement pas bien chez nous au point qu'il avait déjà demandé de partie lors du mercato de janvier. Il espérait profiter de la CAN, au Mali, pour se signaler. Nous n'avions pas voulu le libérer, persuadés qu'il allait se réaliser tôt ou tard. Mais en été de la même année, le club l'a rétrocédé au Zamalek. Curieusement, je ne l'ai plus jamais vu en équipe nationale. " Les Egyptiens n'ont cependant pas tous été des bides. Au rayon des satisfactions, on notera d'abord Ahmed Hossam, qui avait 17 ans à peine lorsqu'il se signala, en 2000-01, avec La Gantoise. Révélation de l'Année, le transfuge du Zamalek, arrivé en Belgique, à l'instar d'El Yamani, par le truchement du manager Roger Henrotay, fut gratifié dans la foulée du Soulier d'Ebène. Auteur d'un splendide but de la tête, à Gentbrugge, face à Anderlecht, le gars eut tôt fait de voir son nom inscrit en lettres grasses sur le calepin des scouts du Sporting. Anthuenis avait d'ailleurs fait de lui sa priorité en vue de remplacer Jan Koller. Contre toute attente, l'étoile montante se lia à l'intersaison 2001 à l'Ajax Amsterdam. Depuis, celui qui fut qualifié de " gamin de merde " par le manager anderlechtois Michel Verschueren a accumulé les clubs à défaut des succès. Il fut victorieux de la CAN égyptienne en 2006 mais s'y distingua surtout par une prise de bec mémorable avec l'entraîneur Hassan Shehata. De retour au Zamalek, Mido essaya de se racheter une conduite en tentant un retour en Premier League, à West Ham, en janvier. Pour 1.000 livres par mois... Mais même à ce tarif, l'homme qui paradait en Ferrari au Caire n'a convaincu personne. Econduit par Mido, Anderlecht aura été plus heureux avec un autre Pharaon, autrement plus classieux, Ahmed Hassan. Contrairement aux autres, qui n'avaient pas connu d'étapes intermédiaires avant de poser leurs crampons sur notre sol, Hassan sortait d'une longue expérience en Turquie. Champion avec les Mauves en 2007, vainqueur de la Coupe en 2008, Hassan n'aura laissé personne indifférent. Pourtant, le numéro 10 n'aura gagné aucun trophée individuel durant ses deux saisons en Belgique : Footballeur Pro, Souliers d'Or et d'Ebène lui filèrent sous le nez. Il s'est toutefois largement rattrapé avec l'Egypte en obtenant une quatrième consécration cette année à la CAN et en fêtant le titre avec Al Ahly. Bizarrement, la Belgique, qui n'avait accueilli jusqu'à présent qu'un quintette de joueurs égyptiens en D1 en comptabilisera un nombre similaire la saison prochaine puisqu'au duo Moteab-Shikabala s'ajouteront encore les trois sociétaires du Lierse, Ahmed Samir, Mohamed Elgabbas et Mohamed Abdel Wahed. De quoi faire de la Jupiler Pro League un pôle d'attraction pour les Egyptiens. S'orienterait-on vers une nouvelle mode ? " Non, je crois qu'il s'agit essentiellement d'un heureux concours de circonstances ", dit Inas Mazhar. " Les trois Egyptiens du Lierse ont été amenés par leur compatriote MagedSamy, l'homme fort du club. "l Par Bruno GoversMoteab est Mister 50 % : il a toujours carburé à la moyenne d'un but tous les deux matches. Si Shikabala parvient à une plus grande constance, il remplacera Hassan dans le c£ur du public anderlechtois.