Ahmed Hassan (31 ans) parque sa Mercedes style corps diplomatique devant le stade et c'est un homme grippé et cassé qui en sort. Il se sent mal depuis la veille et va d'ailleurs être dispensé de l'entraînement prévu deux heures plus tard. Séquelles post-ramadan ? Comme tout bon Musulman, il a fêté la fin du jeûne avec des copains. " Mais enfin, qu'est-ce que vous allez imaginer là ?", rigole son guide d'adoption en Belgique. Ce guide, c'est Abdel Tantush, un Bruxellois d'origine libyenne qui lui sert d'interprète, d'accompagnateur, d'ami intime, de consolateur,... Tantush entraîne des jeunes du White Star Woluwe, où il est aussi responsable du scouting. Dès l'arrivée de Hassan à Anderlecht, Herman Van Holsbeeck lui a demandé d'aider l'Egyptien à s'intégrer chez nous.
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Ahmed Hassan (31 ans) parque sa Mercedes style corps diplomatique devant le stade et c'est un homme grippé et cassé qui en sort. Il se sent mal depuis la veille et va d'ailleurs être dispensé de l'entraînement prévu deux heures plus tard. Séquelles post-ramadan ? Comme tout bon Musulman, il a fêté la fin du jeûne avec des copains. " Mais enfin, qu'est-ce que vous allez imaginer là ?", rigole son guide d'adoption en Belgique. Ce guide, c'est Abdel Tantush, un Bruxellois d'origine libyenne qui lui sert d'interprète, d'accompagnateur, d'ami intime, de consolateur,... Tantush entraîne des jeunes du White Star Woluwe, où il est aussi responsable du scouting. Dès l'arrivée de Hassan à Anderlecht, Herman Van Holsbeeck lui a demandé d'aider l'Egyptien à s'intégrer chez nous. Dieu vivant en Egypte, Hassan fut aussi une star de tout gros calibre durant huit saisons en Turquie. Il est arrivé à Anderlecht, il y a quelques mois, avec des références kilométriques - surtout au niveau de l'équipe nationale : près de 120 caps, 20 buts, 2 victoires à la CAN. Mais son premier bilan en mauve est insuffisant : il n'est pas titulaire incontestable, sa relation avec Frankie Vercauteren n'est guère chaleureuse, il marque peu et semble balader en permanence son blues entre son domicile et le stade. Après le match de Ligue des Champions contre Milan, il a confié son mal-être dans la presse, a signalé qu'il envisagerait très vite un départ s'il n'était pas plus souvent dans l'équipe. Le coach lui a interdit tout contact avec les médias mais il peut à nouveau s'exprimer. Ahmed Hassan : Je ne veux plus revenir là-dessus. On passe à autre chose. Je suis ici pour avancer, pas pour regarder en arrière ou reculer. Si vous n'êtes pas bien avec votre femme ou dans votre boulot, vous vous dites que ce serait peut-être mieux d'aller voir ailleurs. Mais on peut vite changer d'avis. Evidemment. Le club est positif et fait tout pour moi, on me donne tout ce que je demande, je ne manque de rien. Je veux avoir le même comportement vis-à-vis d'Anderlecht. Je vais aussi devenir un des meilleurs étrangers du championnat de Belgique, c'est tout ce que je peux vous dire. Ça va venir, petit à petit, laissez-moi un peu de temps. Je ne doutais pas de moi en signant ici et je ne doute pas plus aujourd'hui. Je m'impatiente, c'est sûr. Ça me dérange de ne pas encore avoir montré tout ce que j'ai dans le ventre alors qu'on est en novembre. Je me pose des questions. Je me demande ce qui cloche. Que me manque-t-il ? Je ne trouve pas les réponses mais je veux être positif : si je continue à explorer toutes les solutions possibles, la roue finira bien par tourner et je redeviendrai le joueur que les Turcs ont vu pendant huit ans, je serai à nouveau le Hassan qui brille avec l'équipe égyptienne. C'est clair qu'ici, il n'y a pas beaucoup de techniciens. Je vois surtout des costauds qui vont au duel et qui courent vite... Mais je suis un footballeur professionnel d'un bon niveau, donc je dois pouvoir m'adapter n'importe où et je prouverai que j'ai sans problème le niveau pour briller en Belgique. C'est vrai, je sens que les gens m'aiment bien, le courant est directement passé. Je leur promets qu'ils verront bientôt un autre Hassan. La grosse différence, c'est l'expérience. A Besiktas, il y avait dans le noyau beaucoup de gars qui avaient un vécu énorme, qui avaient déjà bataillé au plus haut niveau : des Turcs, des Brésiliens, des Italiens, des Roumains. C'est ce qu'il manque dans l'Anderlecht actuel. Ce groupe est fort jeune. Les qualités sont là mais trois ou quatre joueurs seulement ont vu du pays et disputé de très gros matches. Au niveau de la Ligue des Champions, ça ne pardonne pas. La sagesse indispensable à un tournoi comme la Ligue des Champions ne s'acquiert qu'en accumulant les gros matches. (Evasif). C'est vrai, c'est un match que j'aurais voulu jouer comme titulaire. Mais tous les joueurs d'Anderlecht n'auraient voulu le rater pour rien au monde. Et comme il n'y a que 11 places sur le terrain... J'aurais peut-être été moins bon si j'avais commencé le match, je n'en sais rien, on ne le saura jamais... En vieillissant, on ne voit plus nécessairement les choses sous le même angle. Par exemple, j'ai gagné deux Coupes d'Afrique des Nations mais je n'ai jamais été champion national. Je savais qu'en signant à Anderlecht, j'avais une bonne chance de combler ce vide. Ce fut un argument décisif. Il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions. C'était un match très bizarre. Genk a marqué deux buts dans les dix premières minutes, puis deux autres dans les cinq dernières. Mais entre la 10e et la 85e, nous avons complètement contrôlé cette équipe et nous avons tiré partout sauf dans le goal : sur le piquet, sur la transversale, un peu trop à gauche, un peu trop à droite, sur le mur. Ce 1-4 ne reflétait absolument pas la physionomie du match et je ne comprends pas qu'on ait pu dire, après cette soirée-là, que Genk devenait favori pour le titre et qu'Anderlecht n'avait pas les qualités pour le concurrencer. C'est beaucoup trop réducteur. Tout le monde nous attend mais nous sommes prêts. Je ne suis qu'un des joueurs du Sporting, je ne peux pas répondre. Ça viendra. Avec le temps. Tous les nouveaux, il faut les intégrer et ça ne se fait pas aussi facilement. Ça n'a pas la même saveur qu'un titre national ou international avec une équipe, ce n'est ni plus fort, ni moins beau, ça m'inspire simplement des sentiments différents. Les distinctions personnelles, c'est chouette aussi. J'ai été élu meilleur joueur de la CAN 2006, devant les stars du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, etc. Didier Drogba et Samuel Eto'o ont fini derrière moi, vous savez ! De tous les joueurs présents à cette Coupe d'Afrique, il doit y en avoir près de 70 qui évoluent dans de grands clubs européens. Mais c'est moi qui ai remporté le trophée de meilleur joueur. En plus, l'Egypte a gagné le tournoi et j'ai marqué quatre buts : vous ne trouvez pas que c'est extraordinaire ? J'en rêve, oui. Je n'ai que 31 ans, donc tout est possible. Je me sens bien, en plus. Et l'Egypte compte toujours sur moi. J'ai débuté en équipe nationale à 20 ans, en 1995, et j'ai toujours été titulaire quand j'étais disponible. J'ai disputé six phases finales de la Coupe d'Afrique des Nations, je l'ai remportée deux fois, tout baigne en sélection et je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait subitement. (... il coupe). Il faut que l'Egypte y aille. Absolument. Nous avons plusieurs fois échoué bêtement dans les qualifications, mais en 2010, notre place sera en Afrique du Sud, pas à la maison. C'est l'objectif ultime de ma carrière. Tout est possible si la Fédération égyptienne arrête de chambouler continuellement le staff. Le manque de stabilité, c'est notre plus gros problème. C'est le mektoub, le destin divin. Leur grande chance a été de pouvoir venir très tôt en Europe. Eto'o a quitté le Cameroun pour l'Espagne à 16 ans, Drogba a abandonné la Côte d'Ivoire pour la France à 19 ans. Moi, je ne me suis retrouvé en Turquie qu'à 23 ans. Ça vous donne une idée du temps que j'ai perdu. J'ai reçu des offres à 19 ans, moi aussi. A l'époque, je n'avais pas encore débuté en équipe nationale mais des clubs européens s'intéressaient déjà à moi. Le PSV était chaud et me proposait un contrat. Mais mon club réclamait 2 millions de dollars pour le transfert. Je ne dois pas vous faire un dessin : je n'avais aucune chance de quitter l'Egypte pour un prix pareil. Romario et Ronaldo sont venus très jeunes au PSV, vous voyez où cela les a menés. Moi, je restais bloqué, victime de la politique des clubs égyptiens : les meilleurs devaient demeurer au pays. Dans la plupart des autres pays d'Afrique, on laisse les grands espoirs signer dans des clubs français ou suisses dès qu'il y a une offre. Rien n'a changé en Egypte, les clubs continuent à réclamer des sommes folles pour leurs meilleurs joueurs. Mohamed Abo Treika est considéré comme un des meilleurs joueurs africains mais son club, Al Ahly, demande 3 ou 4 millions d'euros pour son transfert, alors il reste au pays. Pour beaucoup de joueurs, il suffit de jouer une CAN d'enfer pour obtenir un gros transfert en Europe, mais dans mon pays, ce n'est pas si simple. C'est terrible. Il s'entraînait avec Al Ahly, le meilleur club d'Egypte, et il s'est écroulé comme ça, sans prévenir. A 22 ans, vous vous rendez compte ? C'était un grand espoir du foot égyptien, un back gauche plein d'avenir, il était titulaire à la dernière CAN. Mais c'est comme ça, c'est le mektoub. Moins d'une semaine plus tôt, deux joueurs de D1 égyptienne s'étaient tués dans un accident de voiture. La loi des séries. Le mektoub, je vous dis. Nous avons tous été abasourdis. Tous les joueurs de l'équipe d'Egypte étaient à son enterrement, c'était une journée de malheur national, et nous avons passé la soirée dans la famille de Mohammed. Nous préparions un match éliminatoire de la CAN contre le Burundi, qui s'est joué deux jours plus tard. Nous sommes montés sur le terrain avec plusieurs objectifs : gagner pour lui, montrer qu'il était toujours avec nous et qu'il méritait de remporter ce match avec l'équipe. L'émotion était incroyable dans le stade. En tant que capitaine, j'ai pris mes responsabilités et j'ai demandé de porter son numéro. Nous avons écrasé le Burundi (4-1) et j'ai marqué un but. C'était le moindre des hommages à lui rendre. La Fédération a offert la recette à sa famille et nous lui avons versé notre prime. Oui, ma femme a accouché d'une fille le 21 octobre. Nous avions déjà deux garçons. Le foot est un boulot comme un autre, il ne peut pas avoir que des avantages. Ma femme et mes fils étaient avec moi en Turquie, mais maintenant ils vont à l'école, donc c'est mieux qu'ils restent en Egypte. Parfois, c'est dur, évidemment. Depuis que ma fille est née, je pense à elle chaque soir en m'endormant et je rêve d'elle chaque nuit. Mais je ne l'ai pas encore vue. Je ne sais même pas quand j'aurai l'occasion d'aller la découvrir, à cause de notre programme très chargé. (Il rigole). On peut penser ça, je n'ai aucun problème. Bah, vous savez... Tout le monde fait attention à tout ce que je fais, alors que moi, je ne me préoccupe vraiment pas de la façon dont je suis perçu. Je pense à mes matches, je me concentre, et tout le reste m'importe peu. (Il se marre). C'est le problème de Tigana, pas le mien. Il peut penser et dire ce qu'il veut, je retiens seulement que j'avais un très bon contact avec lui et qu'il me faisait toujours confiance. Il s'est un jour fâché parce que j'étais rentré en retard d'un match international, mais deux jours plus tard, il me titularisait pour un choc contre Fenerbahçe : ça veut tout dire, non ? Et finalement, n'était-ce pas à lui de trouver les bons mots pour que je sois performant chaque semaine ? Ce n'est pas le travail d'un entraîneur, ça ? Moi, j'ai besoin d'être bien dans ma tête pour être bon sur le terrain. Si vous voyez que je ne suis pas moi-même sur la pelouse, vous pouvez être sûr que ça ne va pas au niveau psychologique. (Il rigole). Bah, là, vous voyez bien que je suis un peu grippé... PIERRE DANVOYE