"Je n'ai qu'un père ", insiste Wagneau Eloi (32 ans). C'est sa façon de dire qu'il n'accepte pas de recevoir de remarques de tiers. " J'écoute les directives de l'entraîneur, je respecte la discipline et la hiérarchie mais les autres n'ont pas à me dicter ma conduite. Je suis suffisamment âgé et pro pour me gérer ".
...

"Je n'ai qu'un père ", insiste Wagneau Eloi (32 ans). C'est sa façon de dire qu'il n'accepte pas de recevoir de remarques de tiers. " J'écoute les directives de l'entraîneur, je respecte la discipline et la hiérarchie mais les autres n'ont pas à me dicter ma conduite. Je suis suffisamment âgé et pro pour me gérer ". Une référence directe à certaines critiques à l'égard d'un avant hyper doué qui peut renverser le cours d'un match mais dont l'apparente nonchalance fait penser qu'il pourrait être plus efficace. Une vieille histoire... Détendu, Eloi se balade dans les rues sombres et désertes de Lens, la ville où il réside. Après une demi-saison à La Louvière (7 buts en 16 matches), Eloi avait espéré rejoindre les Etats-Unis et ainsi accomplir son vieux rêve : " Vivre et jouer là-bas. Quand ma mère a cherché un pays où elle pourrait nous offrir un avenir, elle avait deux options en tête : la France ou l'Amérique. J'ai entamé ma vie dans le premier, je l'achèverai dans le second. Les Etats-Unis font figure d'enfer aux yeux de certains. Pour moi, ils sont un paradis. C'est un beau pays. J'y ai beaucoup de famille et cela me rapprocherait de Haïti ". Eloi s'exprime avec lenteur et calme extrême, un trait de caractère qui est sa marque de fabrique : " C'est mon style, nul ne me changera. Ce n'est pas un choix. Je suis ainsi fait, dans un groupe comme en-dehors. Je donne parfois l'impression, après une action ratée, à l'entraînement comme en match, de ne pas me sentir concerné. C'est dû à ma façon d'être. Pourtant, c'est trompeur : si quelqu'un veut gagner le match ou retirer le maximum du groupe, c'est bien moi ! Mon comportement m'a souvent valu des problèmes, y compris à Roulers. Au début, le club ne me connaissait pas. Il a revu son opinion. Les gens respectent mon passé ". Au mot respect, un concept capital à ses yeux, l'aspect financier surgit : " Mon compte en banque n'est certainement pas la chose la plus importante. Ce qui compte, c'est de s'amuser dans un club. Quand on le dit, les gens ont évidemment le sentiment de ne pas devoir vous payer convenablement. C'est malheureux mais pour être respecté, il faut avoir un salaire élevé. Ceux qui gagnent peu n'obtiennent aucune reconnaissance. Personnellement, j'apprécie tout le monde à Roulers, y compris les joueurs qui n'avaient encore jamais évolué en D1. Vos succès en football ne vous placent pas au-dessus des lois. Je tente plus qu'avant d'apporter quelque chose aux jeunes, qui ont encore tout l'avenir devant eux. Si je pouvais recommencer ma carrière, je travaillerais plus dur et je me commanderais un autre caractère. Je suis moyennement satisfait de notre premier tour. Nous sommes en bonne voie d'assurer rapidement notre maintien mais nous pouvons mieux. Nous devons surtout améliorer la construction et notre efficacité. Nous avons marqué beaucoup trop peu par rapport au nombre d'occasions créées. Nous encaissons aussi trop de goals ". Tout Roulers croise évidemment les doigts dans l'espoir qu'Eloi ne se blesse pas : " J'ai mal au pied quand je tire du droit, c'est vrai. Les ballons sont trop durs en Belgique mais cela n'influence pas mon jeu. Quand j'ai l'occasion de tirer au but, je ne me dis pas que trois secondes plus tard, je souffrirai ". A Lens, il est chez lui dans tous les sens du terme : il y vit comme son fils et c'est son club préféré (il y a joué deux ans entre ses passages à Lens et Nancy et sa période Monaco-Guingamp-Lens...) : " Si le Racing me veut, c'est oui tout de suite ". Eloi savoure l'attention dont il jouit dans la ville française. En rue comme dans la taverne où nous nous trouvons, les gens ne cessent de venir le trouver : " Au fil des années, je me suis rendu compte que j'exerçais une profession fantastique. Voici le message que j'essaie de faire passer aux jeunes : si vous respectez votre travail, l'aimez et consentez beaucoup de sacrifices pour lui, vous en serez tôt ou tard récompensés ". KRISTOF DE RYCK