On leur a servi une bière et une assiette de fromage, vieille tradition locale. Dans la froideur du Kuipje, Bob Peeters et Glen De Boeck analysent le match nul entre les équipes les plus mal en point de la dernière ligne droite. Aucun n'a perdu mais aucun n'est satisfait de sa soirée. Aucun des deux, non plus, n'avait prévu la victoire de Louvain face à Ostende.
...

On leur a servi une bière et une assiette de fromage, vieille tradition locale. Dans la froideur du Kuipje, Bob Peeters et Glen De Boeck analysent le match nul entre les équipes les plus mal en point de la dernière ligne droite. Aucun n'a perdu mais aucun n'est satisfait de sa soirée. Aucun des deux, non plus, n'avait prévu la victoire de Louvain face à Ostende. A 180 minutes de la fin de la phase classique, Westerlo et Mouscron vivent avec la menace de la chute en D2. Et pour ces deux ex-golden boys du monde des entraîneurs, une rétrogradation pourrait être synonyme de fin de parcours. Parce qu'on leur a tendu une bouée qui est peut-être la dernière. Ils ont vécu le match de façons très différentes. Peeters, c'est la pile électrique. Il ne tient pas en place, gesticule, fait des mètres devant son banc, repositionne, engueule, râle, doit être rappelé à l'ordre par le quatrième arbitre. Sans arrêt. De Boeck est le calme absolu. Il ne se met en mouvement que quand son équipe marque un but. Là, il explose quand même un peu. Et donc, après la rencontre, on ne croise que des gens persuadés d'être passés à côté de quelque chose. Le stress rôde dans les couloirs. Entre formules toutes faites, inquiétudes, petites piques et suspicions. Le programme des deux dernières journées est le premier sujet de conversation. " Tous les matches doivent être joués, celui qui aura plus de points ne descendra pas ", lâche David Hubert. " Ce soir, on a au moins essayé de jouer au foot. Westerlo s'est souvent contenté de balancer des longs ballons vers l'avant. Et c'est clair que pendant toute la deuxième mi-temps, le stress n'a fait que s'intensifier. " " Ça fait quatre ans que je vis avec une grosse pression ", affirme Noë Dussenne. " C'était le cas à Tubize, à Mons, au Cercle, et maintenant à Mouscron. C'est pesant, usant. La pression du maintien, je commence à connaître. J'aimerais bien jouer un jour dans une équipe où il n'y a pas ce stress négatif. Ici, on vient clairement de perdre deux points. Westerlo n'a pas joué au foot. Il nous reste deux finales, on ne peut rien lâcher. On reçoit Anderlecht le week-end prochain mais on n'a pas le droit de parler d'une mission impossible. Ils ont perdu à Beveren, tout est envisageable. Et quand je vois que Louvain écrase maintenant Ostende qui venait de mettre une claque à Gand... " A quelques mètres de là, Yuri Selak fait son analyse de la victoire louvaniste et se pose des questions. Le responsable sportif de Mouscron se demande si Ostende a aligné sa meilleure équipe possible. Et il embraie : " On ne devra compter que sur nous-mêmes pour que ça se termine bien. Quand je vois par exemple les résultats du Standard contre Westerlo, je me dis qu'il ne nous a pas aidés. " Le week-end prochain, Westerlo se déplace à Lokeren. Et donc, Bob Peeters n'échappe pas à une question sur son retour dans le club qu'il entraînait en début de saison. Comme si des connivences étaient en préparation. " J'imagine que la presse va tartiner sur mon retour là-bas ", prévoit le grand. " Je vais tout faire pour protéger mon groupe. " Cinq équipes sont vraiment menacées par un basculement en D2. Il y a aussi les perspectives de quinzième place qui n'enchantent personne. " Je signe si on me dit maintenant qu'on peut terminer quinzièmes, mais finir quatorzièmes, ce serait quand même beaucoup mieux ", dit Yuri Selak. Parce que le quinzième de cette saison aura fini son championnat dans dix jours. Il faudra occuper et payer des joueurs qui n'auront plus de match officiel. " Je n'aime pas les vacances, je n'ai vraiment pas envie de trois mois sans match ", ajoute Dussenne. " Il nous faudra trois points dans les deux derniers matches ", explique le directeur sportif. L'équipe qu'on a vue à Westerlo n'a pas le profil d'une équipe de D2. Si Mouscron est aujourd'hui en aussi mauvaise position, c'est parce qu'il y a eu une succession d'occasions gâchées. Trop de rendez-vous cruciaux qui ont été mal négociés. Cedo Janevski puis Glen De Boeck ont tout essayé. Mouscron a déjà aligné 35 joueurs. Yuri Selak : " On vient encore de prouver qu'on avait assez de qualités. Le stress n'est pas une excuse, mais chez nous, il est présent depuis le début de la saison. Devoir commencer le championnat après tout le monde parce qu'il n'a pas été possible de composer le noyau plus tôt, c'est un gros handicap. Je suis persuadé que si on avait eu l'équipe actuelle depuis l'été, on aurait une dizaine de points en plus, au minimum, et on ne parlerait plus de maintien depuis longtemps. " On n'ose pas imaginer ce qui se passerait dans ce club s'il chutait en D2. On aurait à nouveau droit à un été plein d'incertitudes. Les investisseurs arrivés il y a moins d'un an se satisferaient-ils d'un projet en deuxième division ? Yuri Selak préfère n'aborder que le scénario positif. " L'état d'esprit risque de faire la différence dans les deux derniers matches, et chez nous, il est excellent. Mouscron est un club qui revit, au niveau de son public notamment. On est occupés à gagner le pari des supporters. OK, notre programme est costaud, mais Louvain doit affronter Gand et Bruges. Westerlo va à Lokeren qui ne peut pas non plus saboter son championnat. Si on se maintient, cette saison aura été très enrichissante, on tirera beaucoup de bonnes conclusions. On devra se souvenir qu'on a foiré plusieurs fins de matches, quand on tenait un résultat et qu'on voulait encore mettre un but alors qu'il aurait fallu calmer le jeu. Ça nous a parfois coûté cher. On a été naïfs à certains moments. Si je prends le match de ce soir, il y a un mois et demi, on l'aurait perdu. Glen De Boeck a redynamisé le truc, il a responsabilisé tout le monde. Avec lui, il n'y a pas de favoritisme. Il y a des consignes à respecter, et celui qui ne les respecte pas sort de l'équipe. Par rapport à Cedo Janevski, qui a aussi fait du bon boulot, il a une autre manière de gérer son groupe. " Si Mouscron se maintient, on verra la saison prochaine une équipe très proche de celle d'aujourd'hui. " 70 ou 80 % des gars vont rester, ce championnat leur aura fait du bien. On n'est pas idiots, on ne va pas répéter les mêmes erreurs. Et les nouveaux investisseurs auront aussi une année d'apprentissage derrière eux. Ils savent maintenant quels profils de joueurs passent en Belgique et lesquels ne passent pas. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTO BELGAIMAGE