Moins d'un an après leur premier scandale, l'Allemagne et l'Autriche affrontent leur second. La précipitation de la police et de la justice prouve qu'un nuage de corruption plane dans le ciel du pays organisateur du Mondial et de l'EURO 2008. C'est en tout cas l'analyse de Karl Dhont, un expert en paris. L'arbitre allemand Robert Hoyzer et le Croate Ante Sapina sont sous les verrous depuis novembre mais le système ne semble pas démoli. Dhont, co-fondateur de Mr. Bookmaker et maintenant consultant des plus grands bookmakers du monde, connaît Sapina et il est clair : " Ces gens n'ont peur de rien ".
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Moins d'un an après leur premier scandale, l'Allemagne et l'Autriche affrontent leur second. La précipitation de la police et de la justice prouve qu'un nuage de corruption plane dans le ciel du pays organisateur du Mondial et de l'EURO 2008. C'est en tout cas l'analyse de Karl Dhont, un expert en paris. L'arbitre allemand Robert Hoyzer et le Croate Ante Sapina sont sous les verrous depuis novembre mais le système ne semble pas démoli. Dhont, co-fondateur de Mr. Bookmaker et maintenant consultant des plus grands bookmakers du monde, connaît Sapina et il est clair : " Ces gens n'ont peur de rien ". K. Dhont : En Allemagne, c'est surtout la D2 qui était concernée par les matches truqués en 2005, mais on n'a pas encore parlé d'un tas d'autres matches comme ceux de Nuremberg, Leverkusen et Wolfsburg. Et pas encore Bielefeld, qui était dix fois pire. Il s'agit de clubs de Bundesliga mais la Justice n'a rien entrepris. Sans doute pour ne pas écorner l'image du Mondial. Depuis, quelqu'un a dit aux autorités : - Il s'agit de sommes énormes, nous avons trouvé tellement de cash qu'il ne peut s'agir de quelques matches. Tout remonte et voilà les Allemands confrontés à un énorme scandale au moment où la Coupe du Monde va débuter. K. Dhont : Le lien entre l'Allemagne et les tours préliminaires de la Coupe UEFA. C'est la plus grande fraude de l'historie du football mais on ne s'est pas penché dessus. Selon moi, ces Croates disposaient d'un tel réseau de joueurs, anciens Yougoslaves, Albanais et que sais-je, qu'ils pouvaient approcher assez de gens dans beaucoup de clubs afin d'arranger n'importe quel match. Les footballeurs ne gagnent rien en Albanie et vendent tout. Une équipe géorgienne contre une albanaise en qualifications ? C'est dix fois pire que ce qui s'est passé en Belgique. En été 2004, nous avions une liste de matches sur lesquels on avait parié des millions en une seule journée et tous les parieurs ont gagné. L 'été dernier, on ne pouvait plus parier sur ces rencontres, ni en Asie ni en Europe, et le marché de la Coupe UEFA s'est effondré. K. Dhont : J'étais directeur de la SNAI, la Loterie italienne. Un moment donné, on a reconnu beaucoup de matches des tours préliminaires arrangés, avec ces clubs géorgiens, albanais et cypriotes, au point que nous avons dû payer 300.000 euros. La loi italienne nous contraint à payer tous les billets, que le match ait été arrangé ou pas. Une fois, j'ai fait une exception. J'ai dit : - Nous ne payons pas et on verra bien. Un type m'a téléphoné. Je lui ai dit de venir chercher son argent lui-même, " car je dois faire une copie de votre passeport ". J'ai pensé qu'il n'oserait jamais mais le lendemain, Ante Sapina était devant moi ! Il m'a laissé photocopier son passeport sans broncher et nous l'avons payé. K. Dhont : Que ces gens se sentent au-dessus des lois et n'ont peur de rien. Le système de Sapina était terriblement bien organisé. Il a travaillé intelligemment mais il devait déléguer beaucoup de gens pour jouer partout. Pour écumer 60 à 70 boutiques de paris en Italie, il faut déjà une douzaine d'hommes. J'ai été ravi de voir Sapina en prison quand l'affaire Hoyzer a éclaté. K. Dhont : J'ai envoyé une copie de sa carte d'identité au plus grand nombre possible de bookmakers en leur demandant s'ils avaient été confrontés à un certain Sapina de Berlin. C'était le cas de tous. Ces gens avaient des comptes Internet partout en Europe : chez les bookmakers anglais, italiens, allemands... Ce n'est pas normal. Leur organisation devait être colossale. Partout, ils jouaient le maximum : 1.000 euros ici, 1.000 là. Comme c'était éparpillé, ça passait inaperçu. On ne peut miser gros que dans les grandes boîtes comme Oddset en Allemagne et la SNAI en Italie. Unibet accepte peut-être 2.000 euros sur Bielefeld-Nuremberg mais pas 30.000. La SNAI et Oddset bien. C'est pour cela que le tribunal allemand a mal estimé l'ampleur de l'affaire la première fois. " Les tours préliminaires sont le cloaque de l'Europe ", poursuit Dhont, " mais les poules sont vraiment dangereuses pour les bookmakers. Trop de matches sont dépourvus d'enjeu sportif à la fin, pas seulement dans ces épreuves de coupes mais aussi dans un championnat comme la D2 néerlandaise, qui n'a pas de rétrogradation. L'arrivée des problèmes n'est qu'une question de temps ". Dhont nous a parlé la semaine dernière de l'AC Milan en Ligue des Champions mais que penser de la Coupe UEFA durant la saison 2004-2005 ? Nous sommes en automne. Dans la poule D, le match Panionio-Tbilissi se clôture sur le score de 5-2. Cette victoire offre ses seuls points au Panionios, qui n'a essuyé que de lourds revers. Dhont : " Le Panionios est le mouton noir d'Europe. A Singapour, j'ai appris qu'il avait acheté son adversaire au tour préliminaire pour atteindre la phase des poules, où il a alors vendu tous ses matches. Il était sûr de perdre ou de gagner. Selon Dhont, la poule E ne valait pas mieux. Dans le rôle principal, une autre formation grecque, Egaleo, alors entraînée par Stéphane Demol. Egaleo est dernière avec un point, obtenu contre la Lazio Rome. Les autres rencontres se sont soldées par de lourds revers. " Ce cas est étrange. Des gens de confiance m'assurent qu'Egaleo n'est pas mêlé à ça tandis que d'autres prétendent le contraire. C'est donc un cas douteux. Il a sombré 4-0 contre le Partizan et la Villareal. Je pense qu'il projetait la même chose contre la Lazio. Avant ce match, beaucoup de rumeurs de manipulations circulaient sur le net. On a aussi misé des sommes anormales sur la Lazio. Finalement, le plan a échoué. Sans doute parce que grâce à nos bons contacts à la Lazio, l'UEFA a été alertée à temps ". Stéphane Demol : " J'ai rencontré Karl Dhont à l'émission De Zevende Dag le jour de Club Bruges-Anderlecht, le 26 mars. Il était le premier à me raconter ça. Je suis tombé des nues : je ne le jurerai pas sur la tête de mes enfants mais je reste convaincu qu'il ne s'est rien passé d'anormal. Nous étions une bonne équipe en Grèce mais certainement pas pour l'Europe. Contre le Partizan, un ballon ricoche sur la jambe d'un défenseur : but contre son camp et 1-0, à une minute du repos. Sinon, il n'avait eu aucune occasion. On ne peut quand même pas arranger ça ? Contre la Villareal, nos défenseurs centraux étaient blessés ou suspendus. Nos adversaires étaient tout simplement plus forts. Lors de la dernière journée, nous avons affronté la Lazio. Nous aurions même pu gagner car nous avons raté une occasion dans la dernière minute de jeu, seuls devant son gardien. S. Demol : Absolument pas. J'ai été renvoyé le 29 décembre 2004. Lors du dernier match de championnat avant la trêve, je n'avais pas aligné deux joueurs alors que le président le voulait. Nous avons été battus 2-1. Il a sauté sur l'occasion, alors que nous étions quatrièmes. Il m'a mordu le derrière. Il me doit toujours de l'argent. J'ai gagné devant le TAS et j'ai aussi déposé plainte au civil. Maintenant, j'aimerais savoir si d'autres choses ont joué un rôle... Quand Robert Hoyzer a été démasqué, il a cité l'Autriche mais aussi la Grèce comme terrains d'action des frères Sapina. Pendant son procès, il a ajouté qu'ils connaissaient le scénario du match Panionios-Tbilissi. Les Géorgiens allaient mener au repos mais les Grecs s'imposeraient finalement. Le mois dernier, le journal grec Kathimerini a publié une interview exclusive avec Hoyzer. L'ancien arbitre décrit la Grèce comme " un paradis de matches arrangés ". Détail frappant : Ante Sapina a été arrêté alors qu'il revenait de Salonique. Hoyzer dit maintenant que le Croate y rencontrait régulièrement son contact grec. " Ante avait fait sa connaissance par l'intermédiaire d'un autre Grec. Il lui donnait des infos sur les matches dont il connaissait le résultat, en échange de tuyaux sur les duels grecs ". Hoyzer dit à propos de cet autre Grec : " C'était clairement lui qui tirait les ficelles. Un homme influent du football grec, à propos duquel Ante m'a dit un jour qu'il avait des contacts avec la moitié de l'équipe nationale. Je ne sais pas s'il voulait dire qu'il était le manager de ces joueurs ". Le journaliste de Kathimerini Sotirios Yiannatos a interviewé Hoyzer à Berlin. Comme Karl Dhont et d'autres sources grecques, il entend sans cesse le nom du Panionios revenir quand on parle des connexions grecques du cartel croate. Et le président du Panionios (propriétaire d'un night-club) a été vu au moins deux fois en compagnie de Pietro Allatta en janvier... avec Sergio Brio ! S. Yiannatos : Différentes personnes m'ont raconté qu'Allatta voulait acheter deux clubs en Grèce, un en D1 et un autre en D2. La version officielle du Panionios est qu'il représentait des investisseurs étrangers mais nous ignorons ce qui est vrai là-dedans : en Grèce, on n'a pas l'habitude de demander l'origine de l'argent. Allatta était ici pour la dernière fois quelques jours avant le fameux reportage de Panorama - NDLA : le 5 février. Je pense que le club de D2 auquel il pensait était Aris Salonique - NDLA : avant son renvoi de La Louvière, Gilbert Bodart avait lâché à des insiders que ce club s'intéressait à lui. Aris est un club bizarre : ces dernières années, il a été rétrogradé deux fois et il a connu quelques mystérieux changements de direction. S. Yiannatos : Je n'en ai pas la preuve mais quand j'ai parlé de lui à Ante et Milan Sapina à Berlin, ils ont ri. Ils n'ont pas demandé : -Allatta qui ? Ante a dit que ce n'était pas le moment d'en parler. S. Yiannatos : La seule certitude, c'est qu'Ante et Milan Sapina ont parié sur Egaleo-Lazio en combinaison avec Panionios-Tbilissi. Ils n'étaient sans doute pas le cerveau derrière la tromperie mais ils ont gagné de l'argent grâce à elle. Il est étrange que personne ne sache exactement ce qui s'est passé. Le procureur de Berlin m'a confié qu'il trouvait très bizarre que les Sapina aient justement parié sur deux matches impliquant des équipes grecques. L'UEFA poursuit son enquête mais a du mal à trouver des preuves et à localiser le flux d'argent. S. Yiannatos : Le Panionios avait alors deux joueurs polonais. Pour être franc, je tente de les retrouver mais même la Fédération polonaise ne peut pas m'aider. L'un a arrêté de jouer et l'autre évoluerait en D2... chinoise. JAN HAUSPIE