Jean-Pierre - Jempi - Stijnen a été un joueur apprécié de Berchem Sport et de St-Trond. Il est ensuite devenu adjoint de son ami René Vandereycken à Mayence. Parce qu'ils viennent du même village. Mais son fils Stijn n'a, pour l'instant, aucune discussion avec le nouveau sélectionneur.
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Jean-Pierre - Jempi - Stijnen a été un joueur apprécié de Berchem Sport et de St-Trond. Il est ensuite devenu adjoint de son ami René Vandereycken à Mayence. Parce qu'ils viennent du même village. Mais son fils Stijn n'a, pour l'instant, aucune discussion avec le nouveau sélectionneur. Stijn Stijnen : La concentration, la volonté et l'engagement. J'ai du talent mais je n'ai jamais été un tout grand. Je suis avant tout un vainqueur. Difficilement. J'étais numéro trois derrière Dejan Nemec et Dany Verlinden. Après deux saisons, Trond Sollied m'a promu deuxième au détriment de Nemec. J'ai pu disputer quelques matches. Dany approchant des 40 ans et Sollied a voulu un gardien chevronné, le risque devenant trop important. Maintenant, je le comprends mais à l'époque, ce fut pénible : j'avais joué des matches, j'étais devenu champion, j'avais tâté de la Ligue des Champions, joué la Supercoupe, j'étais allé à Barcelone, j'avais même été l'homme du match contre Genk... Je ne parvenais pas à relativiser. Si je m'étais laissé aller, on m'aurait sans doute dit que je pouvais partir. Or, le Club a vu que je ne me laissais pas faire. J'accepte très mal la défaite. Si nous perdons à l'entraînement, mieux vaut ne pas me parler dans la demi-heure qui suit. Je suis vraiment embêtant. Ce matin, par exemple, nous avons perdu et je me suis rendu compte que c'était injuste ; un des entraîneurs était juge de touche et... On me connaît : il ne faut pas prendre mes remarques personnellement. Sollied estimait que c'était un plus alors que d'au-tres mettaient ce trait en exergue pour souligner mon manque de maturité. C'est ce qui m'a amené où je suis. Ce sont beaucoup d'affiches, très enrichissantes. Pour apprendre autant dans des matches normaux, il faut jouer longtemps. Ainsi, il faut pouvoir gérer mentalement un match contre le Standard à domicile où je reçois peu de travail. Il en sera toujours ainsi au Club Bruges en D1, mais contre la Juventus, il faut presque intervenir toutes les deux secondes. Ces matches de prestige m'ont appris que j'étais capable de résister à la pression. Le téléphone n'a pas arrêté et je me suis rendu à plusieurs reprises à l'Hilton de Bruxelles, en compagnie de mes parents et de ma manager, Renée Goyvaerts, la femme de Fernand. Deux ou trois agents nous attendaient. Ils n'ont pas dit au nom de quel club mais ont précisé qu'ils pourraient sans aucun doute me transférer dans un club italien si je signais chez eux. Je voulais qu'ils avancent le nom de l'équipe pour que je puisse réfléchir mais ils ont refusé. Ils répétaient : - En janvier, tu seras dans un club italien. Je n'ai pas signé mais j'ai encore eu quelques fois des nouvelles d'eux mais plus depuis que j'ai prolongé mon contrat au Club. Tout suivra si je suis performant au Club : alors que j'étais troisième gardien, j'ai même déjà été convoqué en équipe nationale. Foutaises ! Des journalistes ont essayé de m'opposer à Butina. Je pense avoir réagi avec maturité et avoir prouvé n'être pas impulsif. Il faut être malin et savoir où est votre place. J'ai pensé à l'intérêt du club et je me suis tu. Le club m'a dit après qu'il avait apprécié et m'en a récompensé en m'offrant un bon contrat. Mais que signifie être impulsif, au fond ? Je sais que je n'ai peur de rien sur le terrain, que j'ose plonger. Est-ce de l'impulsivité ? Pour moi, c'est de l'engagement. Au fil du temps, j'ai prouvé que je le faisais bien. Avant, on me reprochait aussi de prendre trop d'avertissements. Or, pouvez-vous me dire quand j'en ai pris une avec l'équipe fanion ? Jamais. Ni en championnat, ni dans les matches amicaux, ni dans les joutes européennes. D'accord, à mes débuts au Club, j'en ai reçu deux ou trois de suite en Réserve, alors qu'une seule suffit à vous exclure... En tout cas, il doit avoir une certaine aura et de la maturité. Ainsi, je prête beaucoup d'attention à ma tenue. Quand je vois certains gardiens dans leur cage, en manches courtes... C'est du show. Mon maillot doit être rouge, le short et les bas noirs. Toujours les mêmes, sans fioritures. Et les gants blancs. Je trouve que les gants doivent être tout blancs. Importante. J'avais déjà tendance à boxer le ballon au lieu de le saisir. Dany n'a cessé d'insister là-dessus. Il me demandait si j'étais boxeur ! Je fais donc attention et j'essaie de m'emparer des ballons comme il me le dit. Il faut toujours essayer de placer un pied en avant, en oblique, J'écoute les gens qui ont fait leurs preuves et ont donc le droit de parler. Je ne suis pas non plus un fan des diplômes d'entraîneur. Je préfère quelqu'un qui a joué dix ou quinze ans en D1. Ce sont ces hommes qui en savent le plus. Actuellement, on essaie de vous faire croire que les détenteurs d'un diplôme peuvent tout vous apprendre. Mon expérience de l'école de football m'a appris que ces gens faisaient ce qu'ils voulaient quand ils étaient face à un entraîneur qui n'avait jamais joué. Si Harm van Veldhoven s'amenait, par contre, tout le monde se calmait et l'écoutait. Donc, ces fables quant à l'importance d'un diplôme... L'expérience reste l'essentiel. Les clubs de l'élite doivent enrôler d'anciens footballeurs chevronnés. D'autres ont une opinion différente, je sais. J'ai appris à relativiser. L'expérience et les performances vous confèrent une certaine sérénité, au fil des années. Quand vous cherchez des causes à tout problème, vous vous faites du tort. Je balaie de mon esprit toutes les contingences extérieures au sport. Mon amie s'occupe de tout à la maison. Je me fiche que le meuble TV soit jaune ou bleu. Il y a assez de gens dépressifs comme ça. Je préfère ne pas me tracasser. Si chacun balayait devant sa porte, la rue serait suffisamment propre. Indispensable pour le gardien d'une grande équipe. Tout se passe à 70 % dans la tête et seulement à 30 % dans les jambes. On porte une lourde responsabilité... Non mais il faut savoir ce qu'on fait. Une fois guéri, la première chose que j'ai faite en montant sur le terrain a été de reconstituer l'action qui m'avait valu cette blessure. C'est pareil après un accident de voiture. Il faut reprendre le volant le plus vite possible. A 15 ans, j'étais à l'école de football de Neerpelt. Je me levais à cinq heures et demie pour aller à l'école, où nous nous entraînions le matin et en fin d'après-midi. Ensuite, je prenais le bus pour rejoindre mon club à Hasselt et je m'entraînais encore deux heures. Je me couchais à dix heures et demie mais je retirais plus de satisfactions de cette vie que d'une scolarité classique. Ce fut ma chance. A cet âge, beaucoup lâchent le sport, commencent à sortir alors que moi, j'ai justement effectué un pas de plus vers le football. Mon père a toujours vécu dans ce milieu. J'ai connu Harm van Veldhoven, Geert Deferm, Nico Claessen, Donato Lallo, Luc Beyens... On me rétorque qu'à 18 ans, il était visible que je n'avais jamais reçu de formation dans un club de D1. Peut-être mais à 16 ans, je jouais en équipe fanion avec des gars de 35 ans qui avaient besoin de leur prime de 500 euros. Si je faisais quelque chose de travers, j'en entendais ! Cette pression m'a aidé. A 16 ans, j'ai eu la possibilité de rejoindre les juniors UEFA de St-Trond mais je suis heureux de ne pas avoir accepté : j'ai acquis plus d'expérience en 1re Provinciale avec Hasselt. Ce qui est étrange, c'est que le Club Bruges soit venu me chercher ensuite, alors qu'un grand club distant de dix kilomètres ne m'avait pas remarqué... Lors de son premier match comme entraîneur de Hasselt : j'ai commis une erreur monumentale, qui a permis à l'adversaire d'égaliser 1-1. La semaine suivante, il m'a convoqué dans son bureau : - Tu n'es pas à ta place... Je lui explique que je suis conscient d'avoir commis une erreur et que je ferai de mon mieux pour que ça ne se reproduise plus. Il me répond : - Je veux dire que tu dois jouer à un niveau nettement supérieur. Il entrevoyait des opportunités à Bruges et Fernand Goyvaerts, son manager, a tout arrangé. J'en reviens à l'importance de l'expérience personnelle des entraîneurs : ils décèlent immédiatement vos aptitudes et ne s'arrêtent pas à une gaffe. Beyens m'a impressionné. J'écoute les gens qui ont réussi. C'est mon atout : je sais qui écouter ou non. Jan Ceulemans aussi ne s'épanche pas en mots inutiles, il se cantonne à l'essentiel. Il explique cinq choses exactes au lieu d'en raconter 50 dont on ne retiendrait qu'une, peut-être pas exacte. On dit que Jan Ceulemans est très simple mais le football l'est aussi. Il faut qu'il le reste. C'est ainsi qu'on va le plus loin et que je me sens le mieux. L'entraîneur attend de ses joueurs qu'ils sachent ce qu'ils font. Sven Vermant est un des plus chevronnés. S'il dit qu'il va botter le penalty, les autres doivent s'effacer. C'est lié à la maturité des joueurs à ce moment précis. C'est aussi une question de respect. Oui. D'aucuns essaient d'en faire un problème mais le groupe ne vit pas les choses comme on les écrit. Le Club forme toujours un bloc soudé, comme avant. Il est difficile de ne pas se sentir chez soi ici. Verlinden est ici depuis seize ans et ne parle pas le dialecte. Entendre un Belge qui évolue aux Pays-Bas depuis un mois imiter l'accent néerlandais devant une caméra me rend malade. C'est mercantile. On peut conserver son identité et s'adapter. Il ne faut pas renier ses origines. Je ne l'ai jamais vu à l'£uvre mais je sais qu'il a disputé 200 matches en D1. Il m'a dit que je ne pourrais discuter avec lui que quand j'aurais atteint ce cap. Je patiente donc : plus que 188 matches avant de me rattraper (il rit) ! RAOUL DE GROOTE