Après les agapes proposées au Spiroudôme lors d'un tournoi exhibition dénué de tout intérêt et entièrement dédié à l'ex-numéro un du tennis féminin, l'Ardennaise va replonger, à Sydney, dans le grand bain du circuit sans vraiment savoir à quoi s'attendre.
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Après les agapes proposées au Spiroudôme lors d'un tournoi exhibition dénué de tout intérêt et entièrement dédié à l'ex-numéro un du tennis féminin, l'Ardennaise va replonger, à Sydney, dans le grand bain du circuit sans vraiment savoir à quoi s'attendre. Car après une année 2004 entamée sur les chapeaux de roue avec une victoire à l'Open d'Australie, puis troublée par un virus la fatigant de façon extrême, JustineHenin va très vite se retrouver face à un premier défi : savoir où elle en est exactement. Et l'on ne parle pas ici de sa position au classement mondial : huitième. Contre NathalieDechy d'abord, puis contre Elena Dementieva, elle a pu se rendre compte à Charleroi que son tennis manquait des plus élémentaires réglages. Plus que tout, c'est au niveau de la condition physique que la protégée de Carlos Rodriguez a beaucoup perdu. C'est logique. Son dernier match officiel remonte encore et toujours à début septembre lorsqu'elle se fit éliminer au stade des huitièmes de finale de l'US Open des £uvres de Nadia Petrova. Rodriguez : " Il faudra du temps. Combien ? Personne n'en sait rien mais je suis persuadé que Justine reviendra dans le parcours et qu'elle sera même plus forte qu'avant ". Parce qu'il est celui qui la connaît le mieux, on ne peut mettre en doute les propos du coach. Mais on ne peut s'empêcher de penser que l'excellent mentor pratique la méthode Coué pour se persuader qu'il en sera ainsi. Personne, en effet, ne peut dire aujourd'hui de quoi sera fait l'avenir immédiat de la meilleure joueuse belge. Et pour cause. Pendant qu'elle soignait son cytomégalovirus, Henin assistait comme tout le monde au grand chambardement qui s'est opéré à la tête du tennis féminin. La renaissance, à près de 30 ans, de Lindsay Davenport. La prise de pouvoir, bien qu'éphémère, d' Amélie Mauresmo. L'incroyable progression de Maria Sharapova et de ses cons£urs russes, Anastasia Myskina, Svetlana Kuznetsova et Elena Dementieva en tête, qui firent main basse sur trois des quatre tournois du Grand Chelem. La montée en puissance, enfin, de joueuses de deuxième rang, capables aujourd'hui de renverser les hiérarchies les plus établies. C'est avec cette nouvelle donne que Justine devra composer dès les premiers jours de l'an neuf. Cela ne semble toutefois pas lui faire peur. " Je n'ai peur de rien ", affirma-t-elle ainsi lorsqu'il lui fut demandé d'évoquer la saison 2005. " Même si j'ai profité de ma période d'arrêt forcé pour profiter davantage des choses de la vie, le tennis reste ma priorité n°1. Par le passé, j'ai toujours su rebondir d'épreuves beaucoup plus difficiles que celle que je viens de traverser. Voilà pourquoi je suis sûre que je parviendrai à me relever une fois encore. Lors de l'année qui vient de s'écouler, le tennis féminin a encore gagné en puissance mais à part cela, il n'y a aucune joueuse qui ait profité de mon inactivité pour sortir vraiment du lot ". On lui demanda alors de jauger les performances de Sharapova, celle dont les progrès les plus notoires furent observés à Wimbledon et au Masters. Henin ne se décomposa pas le moins du monde pour répondre : " J'ai suivi son ascension de loin. Nous vivons nos carrières de manière fort différente, ceci dit sans aucun reproche. Comme Kournikova, Sharapova est un produit marketing à la différence qu'elle a prouvé de fort belles choses sur les courts. Nous avons besoin de filles comme elle même si moi, j'ai du mal à adopter la même attitude. Ses résultats furent exceptionnels mais il faudra attendre un peu pour voir comment elle va les digérer. Pour être passée par là, je sais que ce ne sera pas facile ". On l'aura compris : plutôt que d'avoir un sourire qui fait craquer la planète entière, plutôt que de courir les tournois avant tout fort rémunérateurs, plutôt que d'afficher son minois dans des publicités aux quatre coins du monde, Henin veut continuer à séduire le monde du sport par son tennis qui peut être éblouissant tant il est différent de celui, robotisé, proposé par la majorité des joueuses en activité. " Pendant ma convalescence, il m'est arrivé d'être parfois dégoûtée à la seule idée de monter sur un court car je savais que je ne serais pas capable de donner 20 % de mes capacités ", dit-elle encore. " Mais ce temps-là est à présent révolu. J'assimile mon parcours à celui de Lleyton Hewitt. Après une incroyable progression, il a été dans le trou à cause de maladies diverses. Les gens doivent savoir que nous ne sommes pas aussi solides que les mecs : ceci rend la situation du circuit féminin très délicate avec toutes les blessures que nous avons rencontrées. La solution d'avenir serait que personne ne se blesse plus mais chacun sait que c'est impossible ! " Pour beaucoup, Henin va s'attacher avant tout à retrouver la première place mondiale mais ce ne sera pas forcément le cas tout le temps. Il vaudrait d'ailleurs mieux qu'il n'en soit pas ainsi : " La place de n°1 ne sera pas ma priorité. Chaque tournoi que je disputerai sera une priorité. Je vais tenter de gagner un maximum de matches et si c'est le cas, le reste suivra automatiquement ". Pour aborder l'année nouvelle dans les meilleures conditions possibles, Henin est partie dès après l'exhibition de Charleroi pour la Floride rejoindre son camp d'entraînement à Saddlebrook. En compagnie de Pat Etcheberry, la Rochefortoise s'est attelée à parfaire une condition physique rendue précaire par la trentaine de matches seulement disputés tout au long de la saison 2004 et les nombreuses semaines d'inactivité totale. " Nous n'allons pas changer fondamentalement notre manière de travailler ", insiste Carlos Rodriguez. " Mais ce qui est arrivé en 2004 doit nous pousser à être davantage prudent. Nous devrons encore mieux gérer les temps de repos, en nous autorisant, par exemple, un jour de relâche après chaque tournoi. Justine ne travaillera plus non plus sa condition physique de manière aussi intense lorsqu'elle sera en tournoi. Ce sont ces détails qui peuvent nous empêcher de retomber dans les travers rencontrés durant l'année qui vient de s'écouler ". " Je ne vais pas moins travailler ", enchaîne de son côté Henin, " parce que si j'ai obtenu les résultats que l'on sait, c'est justement parce que j'ai énormément travaillé. Mais je travaillerai plus intelligemment. Ce que les gens ne voient pas c'est que quand on occupe la première place mondiale, la moindre chose qu'on vous demande, que ce soit sur un court ou en dehors, pompe énormément d'énergie. C'est pourquoi, à la réflexion, je me dis que j'ai connu une baisse de régime naturelle. J'ai toujours été habituée depuis mon plus jeune âge à vivre à 200 à l'heure. Ce ne sera plus le cas dorénavant. Je saurai dire non ". Une donnée essentielle dans le processus de relance de l'ex-reine du tennis mondial sera le facteur temps. Tant à Sydney, que la semaine suivante à l'Open d'Australie, deux épreuves où elle débarquera dans la peau de la tenante du titre, Justine Henin va connaître des moments pénibles. L'incroyable chaleur de l'Australie et le soleil qui y brûle la peau comme nulle part ailleurs compliqueront encore un peu plus la tâche de la fille de Wépion. Elle en est consciente. C'est pourquoi, elle tient à prévenir : " Les premiers mois ne seront pas faciles. A Charleroi, tout le monde a pu voir que j'avais du mal à soutenir un rythme élevé dans les échanges. Physiquement, j'ai encore beaucoup de choses à mettre au point. Mentalement aussi, la situation ne sera pas toujours facile mais le temps est venu de me réinvestir. Mes ennuis appartiennent au passé ". Il faudra donc être patient avant de revoir la Henin conquérante comme celle qui s'empara des tournois de Sydney, Melbourne, Dubaï, Indian Wells et à Athènes lors de Jeux olympiques qui resteront à jamais gravés dans la mémoire de tous les Belges. " En Grèce, j'ai gaspillé mes dernières énergies mais je ne regrette rien ", explique Henin. " J'y ai vécu ma plus belle expérience sur le circuit, j'en suis sûre à présent. Ce ne fut peut-être pas ma plus belle victoire sur le plan des émotions mais ce fut certainement la moins superficielle et la plus sincère ". Refrain désormais connu : pour voir son élève économiser un maximum d'énergie, celle-là même qui lui a tant manqué ces derniers mois, Carlos Rodriguez souhaite la voir davantage monter au filet. Le Brabançon ne fut pas autrement surpris par les deux gifles subies au Spiroudôme. " Contre Dechy, j'avais déjà vu de bonnes choses ", avance-t-il. " Et le dimanche, elle a poussé Dementieva, tout de même sixième joueuse mondiale, aux trois sets. Cela prouve que tennistiquement, Justine n'est déjà plus très loin de son meilleur niveau même si elle a très mal servi durant tout le week-end. Mais c'est sur le plan du physique que le retard est le plus flagrant. Ceci dit, Charleroi lui aura permis de repousser un peu ses limites. Elle a disputé deux matches de plus d'une heure et demi chacun, ce qui ne lui était plus arrivé depuis longtemps. Avec du temps et de la patience, elle retrouvera un niveau digne de ce nom. On sait à présent où elle en est. On sait aussi que la route va être longue. Tout ce que j'espère, c'est qu'elle sera épargnée par les bobos physiques pendant les trois ou quatre premiers tournois de l'année. Car c'est là le plus grand risque quand on revient d'une longue période d'inactivité ". Travail et patience : tel sera le cocktail proposé à Justine Henin ces prochaines semaines et mois. Florient Etienne" J'ai UN PARCOURS à LA LLEYTON HEWITT : après une incroyable progression, il a aussi été dans le creux " " Je vais toujours énormément travailler, mais PLUS INTELLIGEMMENT "