Six buts à Anderlecht, cinq à Prague et encore cinq à Bruges: Francky Vandendriessche n'en finit plus de se retourner. Celui qui était à la Coupe du Monde le troisième gardien de notre équipe nationale est aujourd'hui, avec ses vis-à-vis de Malines et de Charleroi, le portier le plus passé de l'élite.
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Six buts à Anderlecht, cinq à Prague et encore cinq à Bruges: Francky Vandendriessche n'en finit plus de se retourner. Celui qui était à la Coupe du Monde le troisième gardien de notre équipe nationale est aujourd'hui, avec ses vis-à-vis de Malines et de Charleroi, le portier le plus passé de l'élite.FranckyVandendriessche: Disons surtout que je traverse une période difficile. Car, en début de saison, tout avait bien fonctionné. Nous avons gagné au Standard et contre La Gantoise, nous avons également franchi le tour préliminaire de la Coupe de l'UEFA contre Fylkir. Depuis deux semaines, en revanche, j'encaisse beaucoup de buts. Je ne me souviens pas d'une telle avalanche durant ma carrière. Où réside le problème? On invoque actuellement la jeunesse et l'inexpérience de la défense, mais c'était déjà le cas lors du premier match au Standard.Effectivement. Et, ce soir-là, nous n'avions pas encaissé de but. Le problème est surtout collectif. A Anderlecht, à Prague et à Bruges, nous avons essayé de redresser la situation lorsque nous avons été menés par deux buts d'écart. En voulant nous ruer à l'offensive, nous avons oublié notre organisation et nous avons laissé des boulevards derrière.Des approximations défensives avaient déjà été constatées à Fylkir. Heureusement, face à un adversaire courageux mais maladroit, elles n'avaient pas porté à conséquence.C'est exact. Mais je ne peux pas trop accabler ma défense. Par rapport à la saison dernière, elle a été complètement remaniée. L'an passé, le quatuor défensif était constitué de Teklak-Besengez-Vidovic-Zewlakow. Aujourd'hui, à l'exception d'Olivier Besengez qui a disputé quelques rencontres, il n'en reste rien. On retrouve Charlet ou Fransman à droite, Claeys, Pecqueux ou Coulibaly au centre, et Filston ou Renier à gauche. En outre, en raison des blessures et suspensions, Lorenzo Staelens a dû fréquemment parer au plus pressé. Dix joueurs différents ont déjà occupé une position de défenseur cette saison. Difficile d'avoir des automatismes dans ces conditions. Aucune équipe, à mon avis, ne pourrait résister à pareille hécatombe. Reconstruire une défense prend du temps et coûte des buts. C'est ce qui nous arrive actuellement. Mais il ne faut pas dramatiser. Nous comptons 13 points sur 24 alors que nous avons déjà rencontré les quatre grands du championnat: le Standard, Genk, Anderlecht et Bruges. A domicile, nous avons récolté 10 points sur 12. Seul Genk n'a pas mordu la poussière au Canonnier.Pas question de paniquerEntièrement d'accord. En outre, ce soir-là, Eduardo avait tiré sur le poteau en début de match. Nous avions aussi le petit brin de réussite qui, ces dernières semaines, nous a tourné le dos. A Bruges, les ballons que j'ai repoussés sont toujours retombés dans les pieds d'un attaquant flandrien. Peut-être parce que mes défenseurs n'ont pas été assez prompts à réagir.Dans quelle mesure la fragilité de votre défense influence-t-elle vos propres prestations?A Bruges, je plaide coupable sur le premier but. Je ne pense pas être responsable des autres. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que je commence à douter, mais je dois admettre que les nombreux buts encaissés me travaillent l'esprit. Après les six encaissés à Anderlecht et les cinq à Prague, j'étais monté dans le bus pour Bruges en me disant: - Pourvuquejenereçoivepasunenouvelleraclée! C'est malheureusement arrivé. Mais ce n'est pas le moment de paniquer. La trêve décrétée pour l'équipe nationale nous a accordé du répit. Et nous récupérerons bientôt plusieurs défenseurs qui reviennent de blessure. Il ne faut cependant pas croire qu'ils résoudront tous les problèmes d'un coup de baguette magique. Ils devront d'abord retrouver le rythme, probablement en équipe Réserve. A long terme, leur retour devrait augurer de lendemains plus cléments. Et il accroîtra la concurrence. Ce qui, en soi, n'est pas mauvais: cela obligera tout le monde à rester concentré. Où est le problème?Ces dernières semaines, nous avons surtout gâté les supporters adverses. Ce n'est évidemment pas l'objectif.On a invoqué un problème de communication.Ce n'est pas totalement faux. On se parle très peu sur le terrain. D'une certaine manière, c'est compréhensible dans le chef de Bevan Fransman ou de Filston, qui découvrent la D1 et sont encore très jeunes. En outre, ce n'est pas dans leur nature de parler. Pourtant, ils devraient se faire violence. Personnellement, je n'ai aucun problème à recevoir des directives de la part d'un gamin. Il faut pouvoir l'accepter. Après tout, nous sommes tous sur le même bateau.On a aussi invoqué la lenteur de l'axe central.Eric Van Meir se voit aussi fréquemment reprocher sa lenteur. Cela ne l'a pas empêché de réussir la carrière que l'on connaît. Il faut compenser son manque de vitesse par le positionnement et l'expérience. Nos défenseurs actuels en sont capables.Il n'empêche: à Bruges, il a suffi d'un long ballon expédié de l'arrière pour qu'Andres Mendoza file seul vers le but.C'était beaucoup trop facile pour l'attaquant péruvien, j'en conviens.A gauche, Filston manque de gabarit face à des armoires à glace comme Gert Verheyen ou Ivica Mornar.C'est la nature qui l'a constitué ainsi, il n'y peut rien. Nous devons nous débrouiller avec les joueurs dont nous disposons. Lorsque Michal Zewlakow est parti pour Anderlecht, la direction a misé sur la jeunesse. Cela a bien réussi en début de saison, un peu moins maintenant. On savait, dès le départ, que les jeunes connaîtraient une période de creux. Il faut se montrer indulgent à leur égard.Les problèmes partent-ils de l'entrejeu? Ce serait étonnant, car le duo de demis défensifs Dugardein-Martic était considéré jusqu'ici comme l'une des forces de l'équipe...A juste titre. Mais, lorsque l'équipe oublie son organisation de base, ces joueurs ne peuvent pas colmater toutes les brèches.Mouscron devrait-il resserrer les boulons et verrouiller son arrière-garde?Je n'irai pas jusque-là. Il faudrait surtout rester organisé. Pour le reste, pourquoi changer un système qui a fait ses preuves? Le 4-4-2 a toujours constitué la force de Mouscron. Par ailleurs, nous n'avons pas une équipe capable de jouer le 0-0 en déplacement.Lorenzo Staelens prend des risques...Oui, mais personnellement je l'appuie à 100% dans ses choix. Son audace a rapporté plus de positif que de négatif. Je n'oublie pas les entrées de Claude Bakadal au Standard et d'Asanda Sishuba contre Genk, qui ont chaque fois rapporté des points. Alors, tant pis si je dois me retourner plus souvent qu'autrefois.Aucune sélection? Peu importe!Ce n'est pas une surprise. J'étais parti au Japon en qualité de troisième gardien. La hiérarchie était bien établie: De Vlieger n°1, Herpoel n°2 et Vandendriessche n°3. Aujourd'hui, rien n'a changé. Et, pour un match en Estonie, on n'emmène que deux gardiens. Je suis donc resté à la maison.La Coupe du Monde semble déjà bien loin. Qu'en gardez-vous comme souvenir?Un très bon souvenir. J'ai goûté à pleines dents à cette expérience à laquelle, quelques semaines auparavant, je n'avais jamais osé rêver. Ce fut une formidable récompense pour tout le travail accompli afin de retrouver mon meilleur niveau après les deux opérations délicates que j'ai subies au genou.Votre carrière internationale risque fort de se résumer à cette unique expérience...C'est fort possible. Et je n'en concevrais aucune amertume. Je comprendrais parfaitement qu'Aimé Anthuenis fasse appel à un jeune, au moment où Geert De Vlieger ou Fred Herpoel serait indisponible. Il y a suffisamment de bons gardiens en Belgique. A 32 ans, je ne représente plus une solution d'avenir. Mais vous n'avez disputé aucun match officiel. Vous n'avez donc aucune "cap" à votre palmarès, comme on dit dans le jargon.Peu importe. J'ai joué deux matches de préparation, contre les Espoirs et contre une sélection japonaise. Au moins, j'ai eu le plaisir d'enfiler le maillot des Diables Rouges. Et j'ai reçu de nombreux compliments. De la part de gens qui m'ont affirmé: - Francky, jenet'auraisjamaiscrucapabledecela! Aujourd'hui, avec les nombreux buts encaissés par Mouscron, votre prestige n'est-il pas écorné?Je ne le pense pas. Un gardien, comme tous les footballeurs, est tributaire du rendement de son équipe. Autant j'estime avoir dû mes sélections internationales aux bonnes prestations de Mouscron la saison dernière, autant je me suis senti impuissant face aux situations qui se sont présentées à moi ces dernières semaines. Après tout, Fred Herpoel s'est aussi incliné à six reprises à St-Trond, voici dix jours. Faut-il pour autant remettre ses qualités en doute?Lors de la dernière journée de championnat, un record de 46 buts inscrits a été enregistré et les 18 équipes ont toutes trouvé le chemin des filets. Qu'est-il advenu du football belge, autrefois réputé pour sa solidité défensive?Je ne pense pas que les défenseurs belges soient moins bons qu'il y a dix ans. Mais les équipes jouent de manière plus ouverte. La victoire à trois points a changé les mentalités. Autrefois, un libero couvrait systématiquement la défense. On jouait d'abord pour ne pas encaisser. Aujourd'hui, on joue pour marquer. Beaucoup d'équipes évoluent avec un quatre défensif en ligne. Je ne m'en plaindrai pas. C'est une évolution positive. Et tant pis pour les gardiens.Daniel Devos"Avant, on jouait pour ne pas encaisser. Maintenant, on joue pour marquer"