La gueule de bois vous guette ? Prenez une capsule de Payet ! Celui-là, Dimitri Payet, a évité un gros mal de crâne aux Français dès le week-end d'ouverture de l'EURO. Un but extraordinaire, déjà assuré de finir dans les plus belles réalisations du tournoi. Décisif. Inscrit dans les derniers instants du match contre la Roumanie, ce qui le rend encore plus beau. Dimitri Payet a mis Saint-Denis, tout Paris et le reste du pays en transe. Et pourtant...
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La gueule de bois vous guette ? Prenez une capsule de Payet ! Celui-là, Dimitri Payet, a évité un gros mal de crâne aux Français dès le week-end d'ouverture de l'EURO. Un but extraordinaire, déjà assuré de finir dans les plus belles réalisations du tournoi. Décisif. Inscrit dans les derniers instants du match contre la Roumanie, ce qui le rend encore plus beau. Dimitri Payet a mis Saint-Denis, tout Paris et le reste du pays en transe. Et pourtant... On a l'impression que cet état d'euphorie n'a duré que quelques heures. Dès le lendemain, des doutes ont commencé à pointer. Ces Bleus-là, plutôt brouillons pendant plusieurs séquences du match, ont-ils la carrure pour devenir champions d'Europe ? Tout le monde, ici, n'en est pas convaincu. Ou plutôt : tout le monde n'en est plus convaincu. Et c'est ça, le paradoxe. Avant ce France - Roumanie, les Bleus étaient pointés comme favoris par leur peuple, leurs supporters, leur presse. Et à la limite par eux-mêmes. Aujourd'hui, les Français sont plus prudents dans leurs pronostics. Complètement paradoxal après une victoire qui les place déjà sur une voie royale vers les huitièmes de finale. Analyse et anecdotes révélatrices. Si vous gagnez, les Bleus, Tout ira beaucoup mieux, La France ira danser, Sur les Champs-Elysées.Cet hymne très kitsch ne vaut pas le Ta fête de Stromae, composé en l'honneur des Diables Rouges avant la Coupe du Monde 2014, ou le Bafana Bafana Song conçu pour encourager l'équipe sud-africaine avant son Mondial quatre ans plus tôt. Mais il résume l'état d'esprit des Français avant l'ouverture de l'EURO. Ils croient à nouveau en leur sélection. Près de trois Français sur quatre pensent que les Bleus iront au moins jusqu'en demi-finale, une bonne partie est encore plus optimiste et pronostique la victoire. Interrogé quelques heures avant le match d'ouverture, le patron de la Fédération, Noël Le Graët, lâche : " Je ne dis pas qu'on est les meilleurs mais on s'en rapproche. " Autre sondage parlant : 51 % des Français ont une bonne opinion de leur équipe nationale, se font une bonne image des joueurs. Il faut remonter à la génération Zinédine Zidane pour retrouver une telle complicité entre les Bleus et le peuple. Ce n'est pas énorme, d'accord. Mais il faut se souvenir qu'en février de cette année, leur cote de popularité naviguait péniblement autour des 30 %. Ce sursaut a plusieurs explications. Il y a eu huit victoires lors des neuf derniers matches d'avant-EURO, dont certaines ont été très convaincantes. Il y a aussi la méthode Didier Deschamps qui fait l'unanimité. A l'interview, l'homme ne ressemble pas à grand-chose avec ses formules toutes faites, son accent à couper au couteau, sa timidité qu'il a du mal à camoufler, les déformations qu'il fait prendre à son visage dès qu'on le met face caméra. A côté de ça, DD sait faire jouer une équipe et prendre des décisions fortes. On apprend aujourd'hui que la non-sélection de Karim Benzema n'était pas une décision du top de la FFF mais la sienne. Les patrons de la Fédération étaient prêts à oublier, le temps de l'EURO, l'implication du joueur du Real dans l'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena. Le communiqué officiel de la fédé disait ceci : " Noël Le Graët et Didier Deschamps ont décidé que Karim Benzema ne pourra pas participer à l'EURO 2016. " Faux, donc. Le Graët s'est démené jusqu'au dernier moment pour que Benzema fasse partie de l'aventure. Et personne, dans les bureaux fédéraux, ne pensait que Deschamps allait finalement trancher dans le sens inverse. C'est une illustration du pouvoir du sélectionneur à la FFF. Deschamps est à Paris ce que Marc Wilmots est à Bruxelles : le vrai et seul patron de son équipe nationale. Un proche de ce dossier pourri raconte : " Deschamps s'est dit : -Si je reprends Benzema, d'autres problèmes vont perturber le groupe. " Retour au vendredi du match d'ouverture. Dans une France optimiste à fond la caisse, donc. Un micro trottoir est fourré sous le nez de gosses fous des Bleus. L'un d'eux aborde spontanément le sujet des bannis : " Il est trop chouette, le groupe de l'équipe de France. Avant, il y avait Karim Benzema et Franck Ribéry qui mettaient la mouise. Maintenant, il n'y a plus que des gars sympas. " Le Figaro analyse les chances françaises sous le titre EURO 2016 : 5 raisons de croire au sacre des Bleus. 1 En France, les Bleus savent faire. C'est le dernier pays à avoir remporté un Championnat d'Europe sur ses terres. Idem dans le cas de la Coupe du Monde. 2 Le talisman Deschamps. Son nom rime avec gagnant. Il était capitaine de la France championne du monde et d'Europe en 1998 et 2000 après avoir été celui du Marseille vainqueur de la Coupe des Champions en 1993. 3 Un groupe uni. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Le journal fait allusion à la manière dont le groupe a géré les problèmes des derniers mois : la soirée meurtrière de novembre avec les kamikazes autour de son Stade de France, la suspension pour dopage de Mamadou Sakho, l'affaire de la sextape, les critiques acerbes d'EricCantona suite à la non-sélection de Benzema et Hatem Ben Arfa (" Deschamps est peut-être le seul à avoir un nom très français en France. Personne dans sa famille ne s'est mélangé avec quelqu'un. Comme les Mormons en Amérique. Et pour sûr, Benzema et Ben Arfa ont des origines nord-africaines. "), les déclarations de l'humoriste Jamel Debbouze sur le même thème (" Karim Benzema et Hatem Ben Arfa paient la situation sociale de la France d'aujourd'hui "), ... Christophe Jallet, un Bleu de Lyon, parle d'une " force mentale supérieure ". Le Figaro juge que les joueurs sont aussi motivés par les polémiques récentes que le groupe de 1998 l'avait été par tous les pronostics pessimistes de la presse française avant la Coupe du Monde de cette année-là. 4 Une attaque de feu.André-Pierre Gignac dit : " Avec autant de talents offensifs, je ne me fais pas de soucis. " On parle dans le quotidien d'uneétoile montante du football mondial (Antoine Griezmann), de deux feux follets percutants et insouciants (Kingsley Coman et Anthony Martial), d'undistributeur de caviars (Dimitri Payet) et d'unbuteur en pleine bourre (Olivier Giroud). Les Bleus ont inscrit 13 buts en quatre matches depuis le début de l'année. 5 Pas de favori. Pour Le Figaro, aucune nation ne se dégage vraiment. Il signale que l'Allemagne, l'Espagne, la Belgique, l'Italie, l'Angleterre et le Portugal font partie des nombreux prétendants. Et que s'il faut désigner un seul favori, c'est l'équipe de France. Dans les heures qui précèdent le match contre la Roumanie, les émissions sur l'EURO et les Bleus slaloment entre les comptes-rendus sur l'immense malaise social. SNCF, Air France, entreprises de transports municipaux, sociétés de collecte des déchets : tout le monde se donne la main pour faire grève aux moments-clés et parasiter le tournoi. La faute à la Loi Travail qui fâche les syndicats. Et puis il y a la question de la sécurité. Là, c'est le secteur de l'horeca qui fait la gueule parce qu'il est question d'interdire les écrans sur les terrasses des cafés et restaurants, histoire d'éviter les grands rassemblements. Le gouvernement assimile les terrasses à des " cibles molles " pour les terroristes. Des cibles faciles d'accès car non surveillées, au contraire des stades et des fanzones. La France râle. Heureusement qu'il y a les Bleus pour faire encore rêver. Refaire l'histoire, titre L'Equipe qui évoque aussi un magnifique vertige. On y apprend qu'ily a de la foudre dans le jeu des Bleus, aussi qu'ilest l'heure qu'ils renversent tout. Seule crainte : trouver, en face, un mur de prison, une ligne arrière infranchissable. Tant les Roumains sont réputés défensifs. Le portrait général de la Roumanie, qui laisse penser que même l'Atlético Madrid aurait la possession contre elle, promet une soirée en équilibre pour les Bleus.La presse de la place devine que ce sera compliqué mais ne doute pas de la victoire. Dans ce match. Dans les suivants. Très loin dans le tournoi. Quelques heures avant l'ouverture et une cérémonie " nulle à chier " (expression entendue dans un couloir du Stade de France), une meute de journalistes fait le pied de grue devant l'hôtel de l'équipe. La traditionnelle promenade des joueurs en ville n'aura évidemment pas lieu. Didier Deschamps a fait aménager une petite pelouse synthétique dans la cour de l'hôtel pour le réveil musculaire de ses joueurs. Au moment où ils sont sur le point d'y venir, le coach passe furtivement la tête dehors, voit la présence massive de la presse et décide que les Bleus s'étireront finalement à l'intérieur. Trop de pression (1). Des stations de radio ont des reporters qui passent la journée sur place à épier le moindre mouvement des Bleus. Vu que personne ne met le nez dehors, ça devient forcément du grand n'importe quoi. A telle heure, on apprend avec intérêt que les joueurs sont " probablement " au déjeuner, qu'ils mangent " selon toute vraisemblance " ceci ou cela, que l'entraîneur est " selon nos informations " occupé à donner sa séance vidéo, que les Bleus sont " peut-être " à la sieste, ... Et puis il y a toutes les émissions cherchant l'anecdote qui tue, le consultant qui étonnera les auditeurs. Un diététicien explique ce qu'on peut manger et ce qu'on doit éviter devant la télé en regardant un match de l'EURO. Les artichauts et les amandes sont plus conseillés que les pizzas et les chips ! Un sexologue parle de l'incidence de l'EURO sur la libido des hommes passionnés de foot. Côté consultants, on a Ludivine, la femme de Bacary Sagna. Elle a au moins le mérite d'être jolie et de savoir s'exprimer. Elle explique qu'elle prépare des escalopes et des steaks " pas trop cuits " à son mari. Elle révèle que leurs deux fils, de cinq et sept ans, sont à l'Académie de Manchester City où ils ont déjà quatre entraînements par semaine. 21 heures, place au jeu. Enfin. 80.000 personnes au Stade de France et un paquet de supporters des Bleus habillés du maillot officiel à 140 euros. Antoine Griezmann et Paul Pogba sont les meilleurs vendeurs. Toute la France les a bombardés piliers de cette équipe, stars en puissance de cet EURO. Mais pour eux aussi, trop de pression (2). Ils passent à côté de leur rendez-vous et sont sortis avant la fin du match. Quelque part, Pogba avait vu clair dans une longue confidence, trois jours plus tôt : " Je vais louper des choses. Je vais louper des dribbles, des passes, des frappes. " Le héros est ailleurs, c'est Dimitri Payet. Deschamps a compris son impact potentiel dans les jours à venir et lâche : " Je vais le mettre dans les glaçons pour qu'il ne lui arrive rien de grave d'ici les prochains matches. " Et sur le but décisif de son sauveur, il dit : " C'est simple le football quand on frappe dans les lucarnes. Ça résout beaucoup de problèmes. " Imparable. Il n'empêche que, donc, cette victoire ne rassure pas. Les Français parlent de Bleus " décevants ". Là où, avant ce match, ils n'arrêtaient pas de souligner la puissance offensive de l'équipe, ils reviennent maintenant sur la fragilité de la défense, provoquée notamment par le forfait au tout dernier moment de Raphaël Varane. Son remplaçant, Adil Rami, a peu de fans. Et à la sortie du stade, on entend surtout parler de Patrice Evra, crédité d'un match " catastrophique ". De nombreux Français se demandent ce qu'il fait encore dans cette équipe, estiment qu'il aurait dû sauter définitivement après le scandale du bus en Afrique du Sud. Evra a déclaré un jour que le chapitre de Knysna était " léger comme une plume ", ça n'a pas arrangé son cas dans le public. PAR PIERRE DANVOYE À SAINT-DENIS - PHOTOS BELGAIMAGEDidier Deschamps est à Paris ce que Marc Wilmots est à Bruxelles : le vrai et seul patron de son équipe nationale.