J upp Heynckes aura 73 ans le 9 mai prochain. Le 9 octobre 2017, l'ancien international a entamé son quatrième mandat au Bayern Munich, plus de quatre ans après avoir pris sa retraite. Il rêvait d'une vie paisible, loin des médias et du stress. Mais lorsque le club bavarois l'a contacté pour succéder à l'Italien Carlo Ancelotti, limogé, il a rapidement marqué son accord.

A la fin de la saison, Heynckes souhaiterait mettre un terme définitif à sa carrière. Mais y parviendra-t-il ? La question reste posée. Le Bayern ne semble pas pressé de trouver un nouvel entraîneur. Ici et là, on chuchote que Heynckes pourrait rempiler pour un an, séduit par l'offensive de charme lancée par les patrons du club, Karl-Heinz Rummenigge et Uli Hoeness.

Lui-même reste vague lorsqu'on aborde le sujet. Il se concentre sur la Bundesliga, la Coupe d'Allemagne et la Ligue des Champions. Il y a quatre ans, Heynckes avait arrêté la chasse aux trophées. Ce serait un exploit d'en reconquérir un - ou plusieurs - aujourd'hui.

Jupp Heynckes s'amuse sur le terrain. Les observateurs ne constatent qu'une seule différence avec le passé : il ne prend plus part aux petits matches lors des entraînements. En raison, notamment, d'une prothèse au genou. Mais il est toujours aussi perfectionniste.

" J'ai toujours accordé beaucoup d'importance à une méthode de travail scientifique. C'était déjà le cas lorsque j'étais joueur. Je faisais attention à mon poids, à mon alimentation et à mon corps. J'aime la précision, également comme entraîneur. La perfection n'existe pas dans le football. Mais on peut essayer de s'en approcher. "

Quel genre de football prônez-vous ?

Jupp Heynckes : L'art du football, c'est de se déplacer sur le terrain en donnant l'impression que tout est homogène et harmonieux. Comme cela se passe dans un jeu d'échecs. Si l'on parvient à le faire d'une manière intuitive, on est déjà très loin en tant qu'équipe.

Vous voulez dire que l'intuition d'un joueur doit être perceptible au sein de l'équipe ?

Heynckes : Tout doit être fluide. C'est pour y arriver que l'on s'entraîne tous les jours. Il faut sans cesse répéter les mouvements, corriger, perfectionner. Ce n'est pas toujours évident, car un être humain a tendance à rechercher la facilité. Je lutte contre cette tendance. Autrefois, j'ai été critiqué parce que j'exigeais de la discipline. Mais la discipline est indispensable en football.

" Le propos doit être de garder les joueurs sous tension jusqu'au bout "

En tant que perfectionniste, devez-vous également être un expert dans les faiblesses humaines ?

Heynckes : Bien sûr. Il ne faut pas traiter chacun de la même manière. Avec un tel, il faut se montrer conséquent car sinon, il ne comprendrait pas. Avec un autre, il faut donner l'impression qu'on lui prodigue certains conseils. Cela revient à trouver le message adéquat. Avec des sanctions et des amendes, on n'arrive à rien dans le football actuel. Il faut convaincre les joueurs, faire appel à leur professionnalisme.

Avec Pep Guardiola, le Bayern a pratiqué un football quasi parfait lors des matches aller, pendant trois ans. Mais en Ligue des Champions, la courbe de prestations s'inversait. Comment pouvez-vous empêcher cela ?

Heynckes : Il faut veiller à garder une certaine tension dans l'équipe, en toutes circonstances. Comme en 2013, lorsque nous nous sommes très vite forgés une avance considérable et que nous étions déjà champions début avril. Pourtant, nous avons continué à jouer à fond jusqu'au bout. Garder les joueurs affûtés pendant toute une saison, c'est tout de même le but du jeu, non ? Physiquement, mais aussi mentalement.

A cette époque, on voyait Franck Ribéry et Arjen Robben contribuer aux tâches défensives.

Heynckes : Parce qu'ils étaient affûtés.

Aujourd'hui, ils ont cinq ans de plus. Peut-on encore leur demander les mêmes tâches ? Ou leur manque-t-il la dernière impulsion lorsqu'ils amorcent une action ?

Heynckes : Dans des matches importants, il y a toujours des situations où les joueurs remarquent qu'ils doivent se replier pour défendre. Franck est un footballeur de rue et Arjen est professionnel jusqu'au bout des ongles, l'un des meilleurs footballeurs avec lesquels j'ai travaillé. Ils sentent lorsqu'on a besoin d'eux derrière.

L'âge joue-t-il un rôle ?

Heynckes : Peu importe l'âge, cela ne doit jamais constituer un critère. Ce qui importe, c'est l'envie, la passion. Ribéry et Robben sont des footballeurs passionnés par leur métier.

" Il faut construire une équipe comme on construit une maison "

Vous ne vous êtes jamais facilité la vie. Pourquoi n'avez-vous jamais sollicité un poste de sélectionneur au sein de la Mannschaft ?

Heynckes : J'ai déjà déclaré que j'aimerais succéder à Joachim Löw lorsque j'aurai 80 ans. C'était une blague, bien entendu. Certes, le job de sélectionneur est confortable, bien plus que celui d'entraîneur au Bayern. Mais j'aime me retrouver sur le terrain tous les jours.

Durant votre dernière saison au Bayern, lorsque vous avez réalisé le triplé, l'équipe n'a encaissé aucun but sur contre-attaque. Mais en septembre, lors du dernier match d'Ancelotti, il en a été tout autrement au Parc des Princes, face au PSG. Vous êtes-vous demandé, devant la télévision, comment vous pourriez redonner une organisation défensive à l'équipe ?

Heynckes : Lorsque le Bayern m'a contacté le lendemain, j'ai directement signalé qu'il fallait construire une équipe comme on construit une maison. Cela signifie qu'il faut d'abord bâtir des fondations solides. Les fondations, c'est la défense. Nous avons battu le PSG 3-1 à domicile. Nous avions défini deux zones de pressing et avions laissé opérer l'équipe dans une zone de 25 mètres, afin de réduire les espaces. Nous avons fait preuve de patience et d'intelligence, et n'avons autorisé aucune contre-attaque à l'adversaire. Ce fut la clef du succès. Mais, plus important encore : j'ai réussi à convaincre l'équipe du bien-fondé de ce concept.

La perfection n'existe pas dans le football. Mais on peut essayer de s'en approcher. " Jupp Heynckes

Comment expliquez-vous qu'un ancien attaquant comme vous accorde autant d'importance à la défense ?

Heynckes : Parce que je sais que c'est indispensable.

Mais on peut aussi gagner en produisant un football offensif. A Manchester City, Pep Guardiola le démontre. Tout comme Jürgen Klopp à Liverpool.

Heynckes : Manchester City peut jouer un football offensif et structuré grâce à tous les renforts qui ont été achetés. Liverpool ne joue pas tous les matches de la même manière. Contre Manchester City, par exemple, les Reds ont joué de façon très agressive, afin de ne pas laisser leur adversaire entrer dans la partie. S'ils parvenaient à le faire lors de tous les matches, ils seraient en tête du classement. Il faut exercer un pressing en s'économisant, jouer en s'économisant. Barcelone, le Real Madrid et Manchester City en sont capables. Nous sommes également en mesure de le faire. Je suis certain que le Bayern va encore progresser. Si nous passons l'écueil de Besiktas, ce qui ne sera pas facile, on devrait pouvoir battre toutes les équipes.

" J'ai du mal en voyant les contrats de certains footballeurs moyens "

Neymar, Mbappé, Coutinho, Dembélé... Le PSG, Barcelone et Manchester City ont acheté pour près d'un milliard d'euros de nouveaux joueurs à eux seuls, cette saison. Lorsque vous avez quitté Hanovre 96 pour rejoindre le Borussia Mönchengladbach en 1970, votre transfert a coûté un peu plus d'un demi-million d'euros.

Heynckes : Lorsque je suis devenu footballeur professionnel durant la saison 1964/1965, je gagnais 160 Deutsche Marks par mois, c'est-à-dire 80 euros. C'est dommage que je n'ai pas gardé ce contrat. J'aurais pu l'afficher au mur, dans le vestiaire. Mais les joueurs auraient sans doute été pris d'un fou-rire et n'auraient plus pu s'entraîner.

Après le triplé de 2013, vous avez dû crouler sous les propositions, plus attractives les unes que les autres.

Heynckes : De fait. Roman Abramovitch a voulu venir chez moi. Mais j'ai répondu que je ne voulais plus rien faire. Le patron du PSG a voulu débarquer dans ma ferme avec toute sa suite et une armée de chefs-coqs qui auraient cuisiné pour moi. Mais j'ai également refusé.

Vous vouliez la paix.

Heynckes : Et je l'ai eue, pendant quatre ans. J'ai pu faire ce que je voulais.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui ?

Heynckes : Si, bien sûr. Je prends beaucoup de plaisir à travailler ici. Mais, pour cela, je dois m'astreindre à une grande discipline. Je ne bois pas une goutte d'alcool, par exemple. Je dois être en pleine forme.

Que pensez-vous de l'explosion financière dans le football ?

Heynckes : Les temps changent, les sommes ne sont plus les mêmes. Je ne sais pas si c'est mieux. Je peux accepter que les meilleurs joueurs, qui travaillent de manière très professionnelle, puissent gagner beaucoup d'argent. J'ai plus de mal en voyant les contrats de certains footballeurs moyens.

Etes-vous fier d'avoir conquis le titre, la Coupe et la Ligue des Champions sans transferts particulièrement onéreux et sans l'aide d'un milliardaire ?

Heynckes : Je n'aime pas le mot 'fierté'. Ces trophées confirment simplement que mes méthodes sont les bonnes : on ne peut décrocher des titres qu'en jouant la carte de l'équipe. Le Bayern a entamé, à temps, une nouvelle ère, et a déjà lancé plusieurs jeunes en équipe Première. Je suis persuadé que ce club fera toujours partie des grands du football européen. Alors que d'autres clubs n'hésitent pas à dépenser 100 ou 200 millions d'euros sur le marché des transferts. Certains joueurs pensent qu'ils valent leur prix de transfert.

" De Bruyne vaut son prix "

Et c'est peut-être le cas, pour certains d'entre eux. Kevin De Bruyne, par exemple. Il y a deux ans, le Bayern aurait pu le transférer pour 70 millions d'euros. Il aurait préféré venir au Bayern que partir à Manchester City. Peut-être faut-il, parfois, oser investir dans un joueur.

Heynckes : Dans le cas de Kevin De Bruyne, vous n'avez pas tort, naturellement. Ce n'était peut-être pas le bon moment, pour De Bruyne, de venir au Bayern. Lui vaut son prix. C'est grâce à lui que Wolfsburg a remporté la Coupe et a été vice-champion d'Allemagne. Si le Bayern est convaincu par le talent d'un joueur, et que l'entraîneur l'est également, je pense que le club serait prêt à assumer un tel transfert.

Après 53 ans de football au niveau professionnel, plus rien ne peut vous surprendre. A moins que ? En 2013, après le plus grand triomphe de l'histoire du club, vous n'aviez pas pu rester, mais aujourd'hui la direction essaie tout de même de vous convaincre de prolonger.

Heynckes : Vous savez, j'ai vécu tellement de choses dans le football, des victoires et des défaites, de l'euphorie et de la déception, que rien ne peut me perturber. Je vous le dis honnêtement : que l'on essaie déjà de me convaincre de prolonger, cela ne me fait ni chaud ni froid. J'ai toujours été très réaliste. Je ne veux pas en dire plus. Au Bayern, on sait comment j'envisage l'avenir.

Jupp Heynckes en compagnie de Julian Nagelsmann, en qui beaucoup voient son successeur tout désigné., BELGAIMAGE
Jupp Heynckes en compagnie de Julian Nagelsmann, en qui beaucoup voient son successeur tout désigné. © BELGAIMAGE
J upp Heynckes aura 73 ans le 9 mai prochain. Le 9 octobre 2017, l'ancien international a entamé son quatrième mandat au Bayern Munich, plus de quatre ans après avoir pris sa retraite. Il rêvait d'une vie paisible, loin des médias et du stress. Mais lorsque le club bavarois l'a contacté pour succéder à l'Italien Carlo Ancelotti, limogé, il a rapidement marqué son accord. A la fin de la saison, Heynckes souhaiterait mettre un terme définitif à sa carrière. Mais y parviendra-t-il ? La question reste posée. Le Bayern ne semble pas pressé de trouver un nouvel entraîneur. Ici et là, on chuchote que Heynckes pourrait rempiler pour un an, séduit par l'offensive de charme lancée par les patrons du club, Karl-Heinz Rummenigge et Uli Hoeness. Lui-même reste vague lorsqu'on aborde le sujet. Il se concentre sur la Bundesliga, la Coupe d'Allemagne et la Ligue des Champions. Il y a quatre ans, Heynckes avait arrêté la chasse aux trophées. Ce serait un exploit d'en reconquérir un - ou plusieurs - aujourd'hui. Jupp Heynckes s'amuse sur le terrain. Les observateurs ne constatent qu'une seule différence avec le passé : il ne prend plus part aux petits matches lors des entraînements. En raison, notamment, d'une prothèse au genou. Mais il est toujours aussi perfectionniste. " J'ai toujours accordé beaucoup d'importance à une méthode de travail scientifique. C'était déjà le cas lorsque j'étais joueur. Je faisais attention à mon poids, à mon alimentation et à mon corps. J'aime la précision, également comme entraîneur. La perfection n'existe pas dans le football. Mais on peut essayer de s'en approcher. " Quel genre de football prônez-vous ? Jupp Heynckes : L'art du football, c'est de se déplacer sur le terrain en donnant l'impression que tout est homogène et harmonieux. Comme cela se passe dans un jeu d'échecs. Si l'on parvient à le faire d'une manière intuitive, on est déjà très loin en tant qu'équipe. Vous voulez dire que l'intuition d'un joueur doit être perceptible au sein de l'équipe ? Heynckes : Tout doit être fluide. C'est pour y arriver que l'on s'entraîne tous les jours. Il faut sans cesse répéter les mouvements, corriger, perfectionner. Ce n'est pas toujours évident, car un être humain a tendance à rechercher la facilité. Je lutte contre cette tendance. Autrefois, j'ai été critiqué parce que j'exigeais de la discipline. Mais la discipline est indispensable en football. En tant que perfectionniste, devez-vous également être un expert dans les faiblesses humaines ? Heynckes : Bien sûr. Il ne faut pas traiter chacun de la même manière. Avec un tel, il faut se montrer conséquent car sinon, il ne comprendrait pas. Avec un autre, il faut donner l'impression qu'on lui prodigue certains conseils. Cela revient à trouver le message adéquat. Avec des sanctions et des amendes, on n'arrive à rien dans le football actuel. Il faut convaincre les joueurs, faire appel à leur professionnalisme. Avec Pep Guardiola, le Bayern a pratiqué un football quasi parfait lors des matches aller, pendant trois ans. Mais en Ligue des Champions, la courbe de prestations s'inversait. Comment pouvez-vous empêcher cela ? Heynckes : Il faut veiller à garder une certaine tension dans l'équipe, en toutes circonstances. Comme en 2013, lorsque nous nous sommes très vite forgés une avance considérable et que nous étions déjà champions début avril. Pourtant, nous avons continué à jouer à fond jusqu'au bout. Garder les joueurs affûtés pendant toute une saison, c'est tout de même le but du jeu, non ? Physiquement, mais aussi mentalement. A cette époque, on voyait Franck Ribéry et Arjen Robben contribuer aux tâches défensives. Heynckes : Parce qu'ils étaient affûtés. Aujourd'hui, ils ont cinq ans de plus. Peut-on encore leur demander les mêmes tâches ? Ou leur manque-t-il la dernière impulsion lorsqu'ils amorcent une action ? Heynckes : Dans des matches importants, il y a toujours des situations où les joueurs remarquent qu'ils doivent se replier pour défendre. Franck est un footballeur de rue et Arjen est professionnel jusqu'au bout des ongles, l'un des meilleurs footballeurs avec lesquels j'ai travaillé. Ils sentent lorsqu'on a besoin d'eux derrière. L'âge joue-t-il un rôle ? Heynckes : Peu importe l'âge, cela ne doit jamais constituer un critère. Ce qui importe, c'est l'envie, la passion. Ribéry et Robben sont des footballeurs passionnés par leur métier. Vous ne vous êtes jamais facilité la vie. Pourquoi n'avez-vous jamais sollicité un poste de sélectionneur au sein de la Mannschaft ? Heynckes : J'ai déjà déclaré que j'aimerais succéder à Joachim Löw lorsque j'aurai 80 ans. C'était une blague, bien entendu. Certes, le job de sélectionneur est confortable, bien plus que celui d'entraîneur au Bayern. Mais j'aime me retrouver sur le terrain tous les jours. Durant votre dernière saison au Bayern, lorsque vous avez réalisé le triplé, l'équipe n'a encaissé aucun but sur contre-attaque. Mais en septembre, lors du dernier match d'Ancelotti, il en a été tout autrement au Parc des Princes, face au PSG. Vous êtes-vous demandé, devant la télévision, comment vous pourriez redonner une organisation défensive à l'équipe ? Heynckes : Lorsque le Bayern m'a contacté le lendemain, j'ai directement signalé qu'il fallait construire une équipe comme on construit une maison. Cela signifie qu'il faut d'abord bâtir des fondations solides. Les fondations, c'est la défense. Nous avons battu le PSG 3-1 à domicile. Nous avions défini deux zones de pressing et avions laissé opérer l'équipe dans une zone de 25 mètres, afin de réduire les espaces. Nous avons fait preuve de patience et d'intelligence, et n'avons autorisé aucune contre-attaque à l'adversaire. Ce fut la clef du succès. Mais, plus important encore : j'ai réussi à convaincre l'équipe du bien-fondé de ce concept. Comment expliquez-vous qu'un ancien attaquant comme vous accorde autant d'importance à la défense ? Heynckes : Parce que je sais que c'est indispensable. Mais on peut aussi gagner en produisant un football offensif. A Manchester City, Pep Guardiola le démontre. Tout comme Jürgen Klopp à Liverpool. Heynckes : Manchester City peut jouer un football offensif et structuré grâce à tous les renforts qui ont été achetés. Liverpool ne joue pas tous les matches de la même manière. Contre Manchester City, par exemple, les Reds ont joué de façon très agressive, afin de ne pas laisser leur adversaire entrer dans la partie. S'ils parvenaient à le faire lors de tous les matches, ils seraient en tête du classement. Il faut exercer un pressing en s'économisant, jouer en s'économisant. Barcelone, le Real Madrid et Manchester City en sont capables. Nous sommes également en mesure de le faire. Je suis certain que le Bayern va encore progresser. Si nous passons l'écueil de Besiktas, ce qui ne sera pas facile, on devrait pouvoir battre toutes les équipes. Neymar, Mbappé, Coutinho, Dembélé... Le PSG, Barcelone et Manchester City ont acheté pour près d'un milliard d'euros de nouveaux joueurs à eux seuls, cette saison. Lorsque vous avez quitté Hanovre 96 pour rejoindre le Borussia Mönchengladbach en 1970, votre transfert a coûté un peu plus d'un demi-million d'euros. Heynckes : Lorsque je suis devenu footballeur professionnel durant la saison 1964/1965, je gagnais 160 Deutsche Marks par mois, c'est-à-dire 80 euros. C'est dommage que je n'ai pas gardé ce contrat. J'aurais pu l'afficher au mur, dans le vestiaire. Mais les joueurs auraient sans doute été pris d'un fou-rire et n'auraient plus pu s'entraîner. Après le triplé de 2013, vous avez dû crouler sous les propositions, plus attractives les unes que les autres. Heynckes : De fait. Roman Abramovitch a voulu venir chez moi. Mais j'ai répondu que je ne voulais plus rien faire. Le patron du PSG a voulu débarquer dans ma ferme avec toute sa suite et une armée de chefs-coqs qui auraient cuisiné pour moi. Mais j'ai également refusé. Vous vouliez la paix. Heynckes : Et je l'ai eue, pendant quatre ans. J'ai pu faire ce que je voulais. Ce n'est plus le cas aujourd'hui ? Heynckes : Si, bien sûr. Je prends beaucoup de plaisir à travailler ici. Mais, pour cela, je dois m'astreindre à une grande discipline. Je ne bois pas une goutte d'alcool, par exemple. Je dois être en pleine forme. Que pensez-vous de l'explosion financière dans le football ? Heynckes : Les temps changent, les sommes ne sont plus les mêmes. Je ne sais pas si c'est mieux. Je peux accepter que les meilleurs joueurs, qui travaillent de manière très professionnelle, puissent gagner beaucoup d'argent. J'ai plus de mal en voyant les contrats de certains footballeurs moyens. Etes-vous fier d'avoir conquis le titre, la Coupe et la Ligue des Champions sans transferts particulièrement onéreux et sans l'aide d'un milliardaire ? Heynckes : Je n'aime pas le mot 'fierté'. Ces trophées confirment simplement que mes méthodes sont les bonnes : on ne peut décrocher des titres qu'en jouant la carte de l'équipe. Le Bayern a entamé, à temps, une nouvelle ère, et a déjà lancé plusieurs jeunes en équipe Première. Je suis persuadé que ce club fera toujours partie des grands du football européen. Alors que d'autres clubs n'hésitent pas à dépenser 100 ou 200 millions d'euros sur le marché des transferts. Certains joueurs pensent qu'ils valent leur prix de transfert. Et c'est peut-être le cas, pour certains d'entre eux. Kevin De Bruyne, par exemple. Il y a deux ans, le Bayern aurait pu le transférer pour 70 millions d'euros. Il aurait préféré venir au Bayern que partir à Manchester City. Peut-être faut-il, parfois, oser investir dans un joueur. Heynckes : Dans le cas de Kevin De Bruyne, vous n'avez pas tort, naturellement. Ce n'était peut-être pas le bon moment, pour De Bruyne, de venir au Bayern. Lui vaut son prix. C'est grâce à lui que Wolfsburg a remporté la Coupe et a été vice-champion d'Allemagne. Si le Bayern est convaincu par le talent d'un joueur, et que l'entraîneur l'est également, je pense que le club serait prêt à assumer un tel transfert. Après 53 ans de football au niveau professionnel, plus rien ne peut vous surprendre. A moins que ? En 2013, après le plus grand triomphe de l'histoire du club, vous n'aviez pas pu rester, mais aujourd'hui la direction essaie tout de même de vous convaincre de prolonger. Heynckes : Vous savez, j'ai vécu tellement de choses dans le football, des victoires et des défaites, de l'euphorie et de la déception, que rien ne peut me perturber. Je vous le dis honnêtement : que l'on essaie déjà de me convaincre de prolonger, cela ne me fait ni chaud ni froid. J'ai toujours été très réaliste. Je ne veux pas en dire plus. Au Bayern, on sait comment j'envisage l'avenir.