Les Diables ont souffert, à l'image de leur numéro 7. Maître à jouer de la phalange de Marc Wilmots, Kevin De Bruyne a su être décisif, une nouvelle fois. Un ballon calibré pour la tête renversante de Marouane Fellaini et un tacle rageur qui envoie la Belgique vers un premier succès importantissime, De Bruyne n'a pas brillé, a même peiné par moments, mais a su sortir son bleu de travail quand le seul talent ne suffisait pas. Pour Sport/Foot Magazine, il évoque son rôle et ses grandes ambitions.
...

Les Diables ont souffert, à l'image de leur numéro 7. Maître à jouer de la phalange de Marc Wilmots, Kevin De Bruyne a su être décisif, une nouvelle fois. Un ballon calibré pour la tête renversante de Marouane Fellaini et un tacle rageur qui envoie la Belgique vers un premier succès importantissime, De Bruyne n'a pas brillé, a même peiné par moments, mais a su sortir son bleu de travail quand le seul talent ne suffisait pas. Pour Sport/Foot Magazine, il évoque son rôle et ses grandes ambitions. Kevin De Bruyne : On a peut-être été trop nerveux en première mi-temps mais je pense que c'était physiquement difficile pour l'Algérie en deuxième. Dans un match comme celui-là, tu dois avoir de la patience car on était préparé à une Algérie très compacte. A partir du moment où on égalise, on sait qu'on peut aller chercher la victoire. Et quand le 2e tombe, on sait qu'on va remporter le match. On sent qu'à ce moment-là, plus rien ne peut nous arriver. Ma position m'a un petit peu surpris surtout au vu des derniers entraînements mais tout le monde sait que j'ai joué de nombreux bons matches à droite. Mentalement, ça fait du bien de débuter par une victoire mais ça ne reste que trois points. Te voilà à participer à une Coupe du Monde. Est-ce un rêve qui s'est réalisé ? Non, je ne peux pas dire que j'ai rêvé de la Coupe du Monde toutes les nuits. Cette saison, tout le monde en parlait. Moi, pas. Ce ne sont que des matches de foot. Certes, il s'agit d'une bonne expérience pour tout le monde mais de là à dire que j'y ai pensé toute l'année, non ! Je prends les événements les uns après les autres, sans me mettre de la pression. Je ne fais jamais un match dans ma tête avant de le jouer. Par contre, une fois que le coup de sifflet est donné, je suis à fond dedans. Ce n'est que quand nous avons commencé notre premier match que je me suis senti dans la Coupe du Monde. Pas avant. Simplement atteindre le meilleur niveau possible. Je ne me dis pas que je veux devenir le meilleur joueur du monde ou faire partie des 100 meilleurs. J'essaye de gagner des titres, des Coupes, de bien jouer, de donner des assists, et on fera le bilan à la fin de ma carrière. Toute ma vie. J'ai tout fait pour le foot. C'est mon boulot. Je gagne mon salaire grâce au foot. Cela fait 17 ans que je joue. Comment voulez-vous que j'imagine faire autre chose que du foot ? C'est la seule chose, avec l'école, que j'ai faite dans ma vie ! A Chelsea, je mesurais la chance que j'avais de m'entraîner avec des joueurs comme Samuel Eto'o, Mickaël Essien, Branislav Ivanovic. Mais ce ne sont finalement que des joueurs... comme moi. Même si je n'ai que 22 ans et pas encore une carrière comme la leur. Non, jamais. Je suis toujours resté le même. Je n'avais pas de stress et j'ai toujours tout fait pour être prêt si on faisait appel à moi. Et puis quand j'ai vu que la situation était bloquée, j'ai réfléchi à un transfert. Quand je suis arrivé à Wolfsburg, ils ont directement vu que je manquais de rythme de match mais que ma condition était bonne. J'ai d'ailleurs tout joué depuis mon arrivée en janvier. Non, pas spécialement. Je ne suis pas allé en Allemagne uniquement pour disputer la Coupe du Monde. Je suis parti de Chelsea car ce club ne me convenait pas. Je voulais jouer, et partir en prêt quelque part ne me convenait plus, de peur de me retrouver bloqué dans la même situation. A Wolfsburg, je me suis senti désiré et ça a tout changé. Je joue et évidemment, si c'est bon pour ma situation personnelle, c'est bénéfique également pour l'équipe nationale. Même si jusqu'à présent, je n'avais cessé de progresser, je suis lucide : je sais qu'une carrière est faite de hauts et de bas. Je me suis rendu compte que réussir à Chelsea quand tu y arrives comme " petit joueur " n'était pas évident. Lukaku a vécu la même chose ! Chelsea n'a pas constitué la meilleure période de ma carrière mais il faut aussi en tirer du positif : depuis quatre ans, je n'avais pas eu de repos. Ces six mois à Chelsea m'ont permis de me reposer. Pour moi, il s'agissait d'un moment magnifique. Mon déclic s'est produit contre les Pays-Bas. J'étais certes depuis deux ans en sélection mais avant ce match, je ne me sentais pas vraiment dedans. Je n'avais pas beaucoup d'occasions, même lors des matches amicaux, pour me montrer. J'étais là, OK, mais sur le banc. Wilmots m'a donné une chance et je l'ai saisie. Après les Pays-Bas, je me suis senti partie intégrante de cette équipe des 23. C'est d'ailleurs la grande différence entre Wilmots et Leekens. Sous Leekens, il y avait 15 joueurs et huit autres pour faire nombre. Aujourd'hui, tout le monde est impliqué. C'est ce qu'on dit. Ça me fait plaisir. En même temps, c'est un peu normal. Cela fait maintenant quelques années que le groupe se connaît et que la plupart des joueurs évoluent dans des grands clubs. Il s'agit en quelque sorte d'un choix naturel... et payant puisqu'on ne peut pas nous reprocher de mauvais résultats. Et regardez les joueurs qui sont sur le banc : ils sont à Arsenal, Tottenham ou Porto. Ce n'est pas la même chose que Genk ou Bruges, avec tout le respect que j'ai pour les clubs belges. Je connais la différence qu'il y a entre les championnats : la compétition belge doit encore franchir des étapes. Oui, tout va plus vite. On voit cela aussi en équipe nationale. En Belgique, on veut se professionnaliser mais parfois, on veut trop en faire. C'est à Chelsea que j'ai eu le régime d'entraînement le moins strict. On peut manger ce qu'on veut alors qu'en Belgique, boire un coca, c'est déjà de trop. Il faut permettre aux joueurs de se prendre en charge. Que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, je n'ai jamais vu de problèmes. ... oui, c'est tout à fait cela. Avec lui, tout est clair. On sait ce qu'on peut faire ou ne pas faire. Il ne passe pas son temps à nous rappeler les règles ; il les énonce une fois, et après, tout le monde les respecte et les suit. Au niveau tactique, c'est la même ligne de conduite. Il est clair, son système ne bouge pas beaucoup et tout le monde connaît parfaitement son rôle. Je ne l'ai jamais trop bien comprise car je suis un joueur totalement différent. Il possède d'autres qualités que moi. Dans le groupe, il y a d'autres joueurs, très forts en possession et qui aiment garder le ballon, qui ressemblent davantage à Eden. Moi, je me débarrasse du ballon plus rapidement. Il ne faut pas comparer les joueurs entre eux car chacun a des qualités uniques. Pourtant, cela fait des années qu'on passe son temps à faire des comparaisons entre tel ou tel joueur. Oui, je pense. Le groupe est très fort en possession de balle mais parfois je trouve que ça va trop lentement, alors j'essaye de jouer un peu plus vite. Il n'y a pas beaucoup de joueurs de mon style dans le noyau. C'est l'éternel débat. Ça fait six ans que j'ai entamé ma carrière pro et cela fait six ans que chacun émet un avis sur ma position. Moi, ça m'est égal. Je peux évoluer à cinq positions et je pense que c'est un avantage. Les quatre positions offensives et même en six. Mais c'est sûr que mon apport est avant tout offensif et plus tu me recules dans le jeu, moins je peux apporter offensivement. Après, mon boulot demeure le même : donner des assists et essayer de marquer. Dans l'axe, selon l'adversaire, tu peux avoir plus ou moins d'espace. Sur le côté, la vitesse peut être déterminante. Je me trouve assez rapide même si je ne suis pas le plus rapide du groupe. Ça ne me pose pas trop de problèmes car j'ai une grande vitesse de réaction. Je sais très vite ce que je vais faire : décrocher, donner une passe dans la profondeur, etc. C'est surtout le cas des gens qui cherchent à se mettre sur leur bon pied. Moi, je n'ai pas trop ce problème car même si je suis droitier, je peux frapper des deux pieds. Les gens attendent de moi que je fasse la différence. Par une passe ou un but. Les caméras sont toujours braquées sur ceux qui décident d'une rencontre : un attaquant qui marque trois buts, un gardien qui arrête tout. Et parfois, c'est moi. Tout le monde sait que j'ai chaque fois bien joué avec Chris, que ce soit à Genk, avec les Espoirs ou en équipe nationale. Je sentais ce qu'il voulait faire, et lui, il savait quel genre d'appel il devait effectuer. Entre nous, il y avait une fusion naturelle. Je remarque que cela arrive quand tu joues beaucoup avec un attaquant. J'avais le même genre de feeling avec Jelle Vossen. Je ne sais pas mais j'ai toujours recherché la passe parfaite. Je prends beaucoup de risques dans mes passes pour justement chercher à faire la différence. Cela explique également que je n'ai pas le meilleur pourcentage de passes réussies. Pour moi, l'idéal n'est pas de faire 98 % de bonnes passes à deux mètres mais bien de réussir huit ou dix passes dans l'intervalle qui créent des occasions. Je m'en fous alors de rater trois passes. Je pense que c'est cela que les gens veulent et attendent de moi. En fin de saison, contre Nuremberg, j'ai donné deux assists mais si les attaquants avaient marqué, cela aurait pu monter à six ou sept. Là, je sors de mon match particulièrement heureux. Si les gens nous soutiennent autant, c'est grâce aux résultats bien sûr mais aussi grâce à tout ce qu'on fait en dehors du terrain, comme les défis des Diables. Quand on demande qui veut participer à ces actions, tous les joueurs sont partants car c'est amusant et cela parle au pays. Quand je suis arrivé en équipe nationale, le pays n'était pas du tout derrière nous. Mais comme les supporters voient qu'on leur donne quelque chose, ils essaient de nous le rendre en nous supportant en masse. Je ne pense pas. Quand tu vois les matches contre la Serbie ou la Croatie, on a su surmonter la pression. Evidemment, il faut rester réaliste mais je crois honnêtement qu'on peut terminer parmi les deux premiers du groupe. Il y a plusieurs paramètres. On est tous des amis de jeunesse. Tu ne vois cela dans aucune autre équipe nationale, à part peut-être l'Espagne. Et puis, on aime s'amuser. Le football est notre boulot mais c'est avant tout notre passion et hobby. Il n'y a pas un moment précis. C'est la continuité des bons résultats qui prouvent que l'on a passé un palier. Dans la campagne, je n'ai jamais eu le sentiment qu'on pouvait perdre. Je ne sais pas car je n'ai que 22 ans et je n'ai jamais vu de match de cette époque. On nous compare toujours à cette équipe. Or, nous jouons d'une façon complètement différente parce que nous possédons des qualités différentes. On doit élaborer un style de jeu en fonction des joueurs actuels, pas en copiant ceux qui jouaient il y a 25 ans ! Non car je crois qu'on peut varier de style. On peut garder le ballon, jouer la profondeur, la contre-attaque. On a différents styles de joueurs dans le groupe. Quand on a rencontré l'Allemagne, on a peut-être perdu deux fois mais on a prouvé qu'on pouvait rivaliser et depuis lors, on a gagné deux ans en expérience. Quand on l'a rencontrée, la Croatie était quatrième mondiale et sortait d'un EURO réussi lors duquel elle avait accroché l'Italie et l'Espagne ! Oui. On l'a vu à plusieurs reprises. On avait perdu face à la Roumanie mais on a su enchaîner deux victoires après ce match. Même chose après le Japon, la Colombie et la Côte d'Ivoire.PAR STÉPHANE VANDE VELDE À BELO HORIZONTE - PHOTOS: BELGAIMAGE" Avant l'amical contre les Pays-Bas, je faisais partie de la sélection mais je ne me sentais pas dedans. " " En Angleterre, on peut tout faire alors qu'en Belgique, boire un coca, c'est déjà trop. "