Peu après la Seconde Guerre mondiale, fin 1947, Charles Baete, le père de John Baete, le rédacteur en chef actuel de notre magazine, et un collègue du quotidien Het Laatste Nieuws, cherchaient à meubler la fin d'année avec créativité. Pour rendre la rétrospective de l'année plus attractive, ils procédèrent à l'élection d'un Footballeur de l'Année, récompensé d'un Oscar. Deux figures émergèrent : Torke Lembrechts en Jules Henriet. L'un jouait à Malines, l'autre à Charleroi.
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Peu après la Seconde Guerre mondiale, fin 1947, Charles Baete, le père de John Baete, le rédacteur en chef actuel de notre magazine, et un collègue du quotidien Het Laatste Nieuws, cherchaient à meubler la fin d'année avec créativité. Pour rendre la rétrospective de l'année plus attractive, ils procédèrent à l'élection d'un Footballeur de l'Année, récompensé d'un Oscar. Deux figures émergèrent : Torke Lembrechts en Jules Henriet. L'un jouait à Malines, l'autre à Charleroi. Année après année, Charles Baete délivra son Oscar personnel, parfois à une équipe, parfois à un individu. Pol Anoul, Jef Mermans et RikCoppens figurent à son palmarès. Fin 1953, il demanda au journal s'il n'était pas possible de conférer plus de panache au prix, par exemple en le transformant en vrai trophée et en composant un jury, principalement de journalistes. C'est ainsi que Coppens reçut le premier Soulier d'Or en 1954, élu par 80 personnes. Plus tard, Coppens se complut à déclarer qu'il n'avait pas été surpris par sa victoire : " J'étais le meilleur ". Coppens avait également ses idées sur la personnalité de ceux qui devaient recevoir le prix : " Je suis content quand un attaquant gagne. Ou un gardien. Ce sont eux qui assurent le spectacle ". Le Soulier d'Or a toujours eu pour vocation de récompenser le meilleur footballeur de notre championnat. Longtemps, cela rima avec Belge. Le Néerlandais Johan Boskamp, que nous avons adopté depuis, brisa cette tradition en 1975. Un an plus tard, son compatriote Robbie Rensenbrink lui succédait. Il faut attendre 1993 pour assister à la victoire d'un troisième étranger, Pär Zetterberg. Cette préférence nationale était liée aux performances des Diables Rouges mais aussi à l'attitude de maints dirigeants et journalistes, qui s'estimaient obligés de voter pour un Belge. Le sacre était important, la fête pas. JanCeulemans : " L'élection avait lieu le lundi. Après l'entraînement, je rentrais à la maison. Comme tous les autres candidats, je recevais un journaliste du Laatste Nieuws et une équipe de la BRT, la chaîne TV d'alors. Nous attendions ensemble le coup de téléphone qui allait nous annoncer le résultat. Le vainqueur était photographié et conduit dans un restaurant chic de Bruxelles, sur la Grand-Place. D'autres journalistes et quelques lecteurs attendaient là. Les retransmissions à la télé ont commencé quatre ans après mon dernier Soulier d'Or. Je regrette de ne pas avoir vécu ça ". Tout dépendait aussi du club. Quand Paul Van Himst gagna son troisième Soulier d'Or en 1965, Anderlecht organisa une fête et un spectacle privé d'Holiday on Ice. Erwin Vandendaele reçut son prix dans un modeste resto brugeois. Peu de joueurs du Club Bruges ont gagné le trophée, d'ailleurs. Jacques Denolf, son secrétaire général, commente : " Nous avons toujours été plus collectifs qu'Anderlecht. Pour s'imposer, un Brugeois devait tenir les premiers rôles en équipe nationale ". Gert Verheyen n'eût pas déparé. D'autres grands noms manquent au palmarès. Juan Lozano fut deux fois deuxième, en 1981 et en 1986, troisième en 1982. Luc Nilis termina troisième en 1990 et en 1991. Morten Olsen, Preben Larsen, Jean-Pierre Papin, Ludo Coeck, Arie Haan, Walter Meeuws, Raoul Lambert, René Vandereycken, Marc Wilmots : tous eussent été de dignes lauréats. Les Africains ont tardé à se distinguer. En 1999, Souleymane Oulare fut le dauphin de Branko Strupar. Aruna Dindane fut le premier Africain, en 2003, lors de la 50e édition. Franky Vander Elst remporta le trophée 1990, le premier retransmis en direct à la TV. Le Soulier d'Or devint un événement médiatique. La popularité croissante de l'élection multiplia les critiques, notamment quand Gilles De Bilde fut élu en 1994 alors qu'il n'avait encore joué que seize matches en D1. Eddy Snelders : " A mes yeux, le vainqueur doit allier talent et rendement. De Bilde est un des rares joueurs à faire tache sur ce palmarès. Il n'a jamais exploité son talent à fond ". Le Soulier d'Or ne s'est pas mué en Soulier de Bois mais le profil a changé. Neuf des 14 dernières éditions sont revenues à un étranger. Wilmots avait tiré la sonnette d'alarme en 1998, suivi par Nilis. Wilmots : " L'arrêt Bosman a changé le football. Il faudrait adapter le règlement du Soulier d'Or ". Marc Degryse partageait cet avis à l'occasion du cinquantenaire du gala : " Le trophée du Football Pro de l'Année a autant de valeur, voire plus. On est élu par ses collègues, sur l'ensemble d'une saison et non sur deux tours qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre. En plus, on peut donner des points à des joueurs qui n'entrent pas en ligne de compte pour le Soulier d'Or. Il faudrait une présélection ". Le plus régulier s'est souvent emparé du trophée : Timmy Simons, Dindane, Jan Koller, VincentKompany. Parfois, il suffisait de briller six mois. C'est ainsi que le dernier lauréat, Mbark Boussoufa, a gagné 251 points au premier tour, sous le maillot de Gand. Passé à Anderlecht, il n'a reçu que 32 unités. L'élection 2001 fut encore plus étrange. Au premier tour, Wesley Sonck avait obtenu cinq petits points, Gert Verheyen sept... Sonck en récolta ensuite 242 contre 173 à Verheyen. Le trophée revint donc à Sonck. Leur Soulier a-t-il moins de valeur ? Non. Simplement, il n'est pas évident d'être régulier, ne serait-ce qu'à cause des blessures. Le Laatste Nieuws, quotidien organisateur, envisage-t-il de revoir la formule ? Stephan Keygnaert, responsable de la rubrique football : " Non. A court terme, il n'y a aucune raison de modifier le règlement. Le fait que l'élection porte sur deux saisons distinctes et une année civile suscitera toujours des commentaires, y compris chez les joueurs. Nous n'allons pas changer la date. Par contre, nous avions envisagé la possibilité de pouvoir élire un Belge se produisant à l'étranger mais nous y avons renoncé, faute de visibilité des performances. Prime diffuse maintenant à peu près tous les matches de Kompany à Hambourg mais à ce moment, nous dépendions des commentaires des autres. Nous téléphonions au Kicker ou au Bild pour savoir comment Sonck ou Wilmots avaient joué ". Boussoufa est-il un Petit Soulier d'Or, comme l'a titré un quotidien l'année dernière ? Ne rêvons-nous pas d'un vainqueur qui aurait une pointure de plus ? Keygnaert : " Le trophée reflète la valeur du championnat. Si nous écrivons toute l'année qu'il n'est pas bon, que nos meilleurs représentants ne jouent plus aucun rôle sur la scène européenne et que l'équipe nationale ne preste pas, nous ne pouvons clamer en janvier que le Soulier d'Or détient la classe européenne. Nous allons avoir un beau vainqueur mais il faut garder la nuance en tête ". l par peter t'kint