Le Cercle reste un club sympa : pour fêter son titre, il a offert le champagne à la presse et des litres de bière aux supporters, réguliers ou occasionnels. Lors du dernier match contre Dessel, il accueillait 8.000 spectateurs.
...

Le Cercle reste un club sympa : pour fêter son titre, il a offert le champagne à la presse et des litres de bière aux supporters, réguliers ou occasionnels. Lors du dernier match contre Dessel, il accueillait 8.000 spectateurs. Six ans en D2 n'ont pas fait chuter l'assistance, au contraire. Les supporters sont jeunes et Brugeois. 14 des 17 clubs de supporters viennent de la Venise du Nord. Le plus lointain est de... Dixmude, les deux autres d'Ostende. Pour un match normal, on peut se permettre d'arriver une demi-heure avant le coup d'envoi. Le stade Jan Breydel a l'air bien vide, en fait. La tribune qui fait face à la tribune d'honneur est fermée, comme la salle de presse. Mais derrière le but gauche, le kop du Cercle donne de la voix dès le début. Une fois le titre acquis, les supporters ont quitté le stade, ravis, au son de Simply the Best, de Tina Turner, pour chanter leur joie dans leur local, au stade, puis dans les rues de Bruges. Cette saison, le Cercle a aussi attiré autant de monde en déplacement qu'à domicile. A l'exception des joueurs et des entraîneurs Jerko Tipuric et Ronny Desmedt, le Cercle n'emploie plus qu'un secrétaire à temps plein et un représentant commercial payé à la commission. Parfois, le délégué donne un coup de main au secrétariat et sa femme gère le fanshop. Le Cercle est resté digne d'un club de D1 en matière d'installations et d'organisation mais il y a trois ans, sa caisse était vide. Son dernier transfert juteux remonte au départ de Geoffrey Claeys à Feyenoord, il y a sept ans. La direction a changé aussi. Elle est jeune et dynamique, proche des joueurs. Après 30 ans de bons et loyaux services, Paul Ducheyne, le président, un juriste, a cédé sa place il y a un an à Frans Schotte (54 ans), directeur des éditions Standaard Boekhandel. Georges Ingelbrecht et Franky Carlier, qui avaient l'art de détecter des talents bon marché, sont partis. C'est en vendant, chaque année, des joueurs doués que le Cercle a comblé son déficit d'exploitation. Deux administrateurs les remplacent, Lieven Verschuere et Filip Ducheyne. Celui-ci, un juriste de 38 ans, n'avait pas l'intention de marcher dans les traces de son père mais, suite au départ de Joris Lievens, le Cercle n'avait plus d'avocat. Il s'est laissé convaincre. Non qu'il prenne chaque semaine l'avion à destination de pays exotiques pour y rechercher des talents : le Cercle n'en a plus les moyens. Il n'a plus non plus de représentants dans des pays comme la Zambie, où il avait acquis à bas prix des joueurs comme Kalusha ou Musonda. Faute de remonter directement en D1, le Cercle a touché le fond il y a deux ans, avec 1.000 spectateurs en moyenne. Il a alors diminué de moitié son budget. Depuis l'année dernière, il s'élève à 1,1 millions d'euros, ce qui demeure appréciable en D2. Le Cercle a alors fixé un salaire maximal et les joueurs mécontents pouvaient partir gratuitement ou se chercher un travail à mi-temps. Les entraînements ont été déplacés en soirée mais cette saison, dix joueurs participaient aux séances matinales. Cinq ans après son dernier passage au Cercle, Jerko Tipuric constate beaucoup de changements. " Le Cercle a mûri. Il lui reste son ambiance familiale mais il a enfin de l'ambition. Cette saison, après dix matches, on criait - Jerko dehors ! J'ai trouvé ça fantastique car c'était le signe que les supporters attendaient davantage de nous. Avant, tout était toujours bon, comme si les gens se fichaient de ce qui se passait. Cinq ans de frustrations en D2 ont alimenté l'ambition actuelle, auprès de la direction, des supporters, des joueurs et des sponsors ". Avant tout, le Cercle veut régler le sort de l'entraîneur. Il n'a jamais été question de Franky Van der Elst, auquel Filip Ducheyne n'a parlé qu'une fois... chez le coiffeur. Et pourquoi Jerko Tipuric ne recevrait-il plus sa chance, même si certains journalistes préféreraient les longues analyses de Dennis van Wijk aux réponses monosyllabiques de Tipuric ? Mais van Wijk n'a pu promouvoir le Cercle en trois ans et demi, alors qu'il avait un bon noyau, et il est toujours en procès avec lui pour son indemnité de limogeage. Tipuric reste positif en toutes circonstances : " Jouer en D2, c'est faire de la corde raide pendant 34 matches. Il faut encourager les garçons, pas crier. Ma mission, cette année, a été de les tenir éveillés. Je les aime bien mais ils doivent seulement me respecter ". L'ancien défenseur a changé : plus serein, il relativise mieux les résultats. Il refuse de critiquer l'arbitrage : " Qu'y gagnerais-je ? L'arbitre est seul, comme le gardien et l'entraîneur. Il est une proie facile. Je respecte les arbitres. " Le Cercle a besoin de nouveaux joueurs s'il veut faire bonne figure en D1, même si après un début de championnat pénible, il a fait forte impression au second tour. Il est invaincu depuis 13 matches. Durant cette série, il n'a concédé qu'un nul, à Zulte-Waregem. Après sa relégation il y a sept ans, le petit poucet brugeois s'est égaré sur des pistes brésiliennes et une collaboration avec Udinese. Il n'a trouvé le bon équilibre que cette saison, avec sept jeunes du cru, sept étrangers et quelques joueurs expérimentés. S'il a peiné en début de saison, c'est parce que les transferts ont été réalisés au compte-gouttes. Ainsi, Roman Vonasek et Kristof Arijs ne sont arrivés qu'en janvier. Parmi les routiniers, on retrouve deux médians, Vital Borkelmans (39 ans) et Roman Vonasek (35 ans). Ils sont les seuls à avoir une telle expérience de la D1. Borkelmans, qui a effectué toute sa carrière sur le flanc gauche, est devenu médian défensif au Cercle. Il s'y esquinte. Il court, il se démène, il est l'âme de l'entrejeu et les supporters ne lui ménagent pas leurs applaudissements, ce qui n'est pas évident pour un joueur qui a vécu ses plus belles années au Club. Il souhaite rempiler pour un an mais il admet : " Je ne sais pas si je tiendrai toute une saison en D1 ". Le Cercle souhaite prolonger le contrat du Tchèque, loué à Lokeren, où il est en fin de contrat, mais il devra faire des sacrifices. Même si Vonasek reste au Cercle, celui-ci recherche au moins un joueur confirmé dans chaque ligne. C'est que l'expérience des autres au plus haut niveau reste très limitée. Mohammed Kanu, un défenseur de 35 ans, originaire de la Sierra Leone, a été le meilleur joueur du Cercle la saison passée. Il a tâté de la D1 avec l'Eendracht Alost et le KV Ostende. Giovanni Dekeyser, un médian de 26 ans, a lutté contre la relégation avec le Cercle, jadis. Il est d'ailleurs le seul rescapé de cette époque, malgré un petit détour par l'Antwerp, la saison passée, où il n'a guère joué. Un autre défenseur, Johnny Nierynck, a évolué en D1 avec Ostende, comme Kader Camara, un arrière droit de 21 ans, à Harelbeke. Camara est arrivé au Cercle en même temps que Jerko Tipuric. Le Bruxellois Sébastien Stassin (24 ans), frère de l'ancien Anderlechtois Stéphane, qui est actuellement à Mönchengladbach, a joué dans l'élite néerlandaise avec le RBC. Dans le compartiment offensif, il faut voir comment le Danois Ole Butz (23 ans, 13 buts), poursuit sa progression. Butz était le meilleur buteur de la D3 danoise quand il a atterri à Bruges, après la première journée de championnat, sur le conseil d'un ancien joueur du Cercle, Benny Nielsen. Ingelmunster le trouvait trop cher. Il a l'air maladroit mais il marque facilement et il a un bon jeu de tête. Le joueur dont le Cercle avait tant besoin vient des équipes d'âge. Kristof Arijs n'a pas percé à Bruges mais des détours à Wetteren, Aalter, Torhout et Deinze ont finalement permis au buteur de rejoindre l'élite du football belge. La saison passée, il a terminé deuxième du classement des buteurs de D2, avec 19 buts (et pas un seul penalty), derrière Daniel Gomez, de Virton. Cet enseignant de 27 ans était déjà d'accord avec les Vert et Noir l'année dernière, en août, mais il s'était heurté au niet de Deinze, qui exigeait 100.000 euros. Le club ne l'a libéré contre une somme moindre qu'une fois son maintien assuré, grâce aux 13 buts d'Arijs. Au Cercle, depuis le début du second tour, il a inscrit sept buts et tout le monde y est convaincu que si Deinze l'avait lâché en août, il aurait fêté son titre bien plus tôt. Le Français Mohammed Berthé (28 ans) est le troisième attaquant. Il a débarqué à Strombeek via West Ham et Heart of Midlothians l'année dernière. Le Cercle l'a transféré, sur la recommandation de Dennis van Wijk. Il a d'abord fait banquette avant de s'affirmer derrière les attaquants, devenant un des piliers du Cercle, grâce à sa puissance physique. En fait, à cette position, on attendait plutôt le Slovaque Tomas Labun, âgé de 18 ans. L'année dernière, il a effectué un test à Parme mais, sur le conseil de Paul Courant, un ancien joueur du Cercle devenu agent de joueurs, il a préféré un parcours plus progressif. Toutefois, Labun est trop frêle pour le rude football de D2 et ne compte que 19 sélections et 754 minutes de jeu. Ce médian au solide bagage technique devrait toutefois s'épanouir parmi l'élite. On ignore la marge de progression des autres jeunes, comme le gardien Ricky Begeyn (26 ans). Comme Arijs, il est un produit brugeois qui a effectué quelques détours, dont un, pour l'argent, par Roulers, mais il avait envie de revenir à ses premières amours. Il y a aussi l'ambitieux Bram Vandenbussche (21 ans), un stopper fiable et ambitieux, fils de boulanger et étudiant. Le capitaine-arrière gauche et kinésithérapeute Denis Viane (25 ans) ne sait pas non plus s'il est apte à évoluer au plus haut niveau, pas plus que le médian gauche Kristoff Van Robaeys (25 ans), dans lequel Borkelmans avoue se reconnaître. Le médian droit, Sam De Meester (21 ans) est une autre inconnue. Comme un autre produit du Cercle, Thomas Buffel, il a été loué par Feyenoord à l'Excelsior, quand celui-ci évoluait en D2 hollandaise, mais il n'a guère été aligné. Filip Ducheyne : " Nous ne voulons pas jouer les yoyos. A terme, nous avons besoin de 20 joueurs professionnels ". Il cherche trois ou quatre routiniers en D1 qui obtiendraient un salaire décent et accepteraient de coucher un double scénario dans leur contrat : " Si ça tourne mal, nous ne voulons pas être liés pour des années par des contrats de D1 que nous ne pourrions honorer à l'étage inférieur. Pas question d'hypothéquer l'avenir du club dans l'euphorie du moment ". " Je trouvais génial qu'on crie ûJerko, dehors ! " (Jerko Tipuric)