Dans les pays voisins, les banques rachètent le peso argentin à la moitié du prix qu'elles l'ont vendu. Un signe qu'elles n'ont plus vraiment confiance dans cette monnaie. Les clubs de football sont, comme toutes les entreprises, affectés par la situation. A l'heure où l'équipe nationale est citée parmi les principaux favoris au titre mondial et où les vedettes amassent des millions de dollars dans les pays européens, ils doivent développer des trésors d'ingéniosité pour faire face à la crise et subsister.
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Dans les pays voisins, les banques rachètent le peso argentin à la moitié du prix qu'elles l'ont vendu. Un signe qu'elles n'ont plus vraiment confiance dans cette monnaie. Les clubs de football sont, comme toutes les entreprises, affectés par la situation. A l'heure où l'équipe nationale est citée parmi les principaux favoris au titre mondial et où les vedettes amassent des millions de dollars dans les pays européens, ils doivent développer des trésors d'ingéniosité pour faire face à la crise et subsister.Nous avons pris le pouls auprès de l'un de ces clubs, le Racing, pas un club comme les autres. Fin 2001, il a reconquis le titre national après 35 ans de disette. Un sacre fêté dans des conditions très spéciales. Avant la dernière journée, l'équipe avait encore besoin d'un point pour être assurée de terminer en tête. Mais on ignorait si cette dernière journée allait pouvoir se disputer: la crise venait de se déclencher et le pays était paralysé par les manifestations en tous genres. En février dernier, le Racing a également été frappé de plein fouet par un autre fléau qui gangrène le football argentin: la violence entre bandes rivales dans et autour des stades. Il y a eu mort d'homme lors du derby d'Avellaneda face à Independiente. Une tragédie malheureusement courante dans ce pays. Fernando Marin, le président du Racing, nous a reçu pour évoquer ces événements.Quatre grands clubsFernando Marin: Assurément. Et, après une aussi longue attente, il n'a été que plus apprécié. La concurrence n'avait pas attendu le Racing pour progresser. Suite à la gestion désastreuse de certains anciens dirigeants, le club s'était retrouvé sur un toboggan qui l'avait pratiquement conduit à la disparition. Il n'a été sauvé que grâce au soutien des supporters et à l'arrivée d'une société de management professionnel dont je fais partie. Il y a quatre grands clubs dans le football argentin: Boca Juniors, River Plate, le Racing et Independiente. Boca Juniors et River Plate sont actuellement plus connus parce que leurs succès sont plus récents. Mais le Racing est un club historique. Dans les années 50, il avait remporté sept titres d'affilée. Il fut champion d'Amérique du Sud et même le premier club champion du monde, puisqu'il a remporté la première édition de la Coupe Intercontinentale. Voici deux ans, il avait connu la pire saison de son histoire, terminant à la dernière place du classement avec 11 maigres petits points (NDLA: il n'y a pas de descente directe en Argentine). La saison suivante, il a terminé à une très méritoire cinquième place. Pour enfin remporter le titre l'an passé, grâce à un collectif bien huilé. On avait parlé d'arrêter le championnat pour le reprendre en février. Il y a eu une mobilisation, pacifique mais déterminée, de gens qui souhaitaient absolument que cette dernière journée puisse se dérouler à la date prévue. Nous avons finalement obtenu ce que nous voulions. Et nous avons arraché le point nécessaire sur la pelouse de Velez Sarsfield. Nous avons, d'ailleurs, réalisé un autre exploit à cette occasion: le Racing -cela doit être un cas unique à travers le monde- est parvenu à remplir deux stades en même temps pour un même match. Nous avons rempli le stade de Velez Sarsfield, où se disputait la rencontre, et notre propre stade d'une capacité de 50.000 places, où nous avions installé un écran géant.Ce sont des faits étrangers au football. Des malfrats profitent de la popularité de ce sport pour se livrer à des actes barbares. Un vrai supporter de football ne se rend pas au stade avec un revolver. Or, c'est bien ce qui s'est passé. Deux heures avant le coup d'envoi, aux alentours du stade, des coups de feu ont été tirés. Avec les conséquences que l'on sait. La violence, malheureusement, est présente partout dans le monde.Les "barras bravas" sèment la terreurOui, peut-être. Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Le drame du Heysel n'est pas vieux de vingt ans! Et tous les problèmes qu'ont causé les hooligans anglais, allemands, italiens? Ce sont des délinquants. Ils se regroupent en bandes et se déguisent en supporters.En appliquant la loi, tout simplement. Comme on l'a fait, après bien des années, en Angleterre et en Espagne. Il faut infliger à ces délinquants trois, quatre ou cinq années de prison, et ils ne séviront plus. Il est temps d'agir, car ces hooligans font fuir la masse des vrais supporters. Oui, c'est l'autre grand club d'Avellaneda. En Argentine, il y a deux derbies: celui qui oppose Boca Juniors à River Plate et celui qui oppose le Racing à Independiente. Avellaneda est le second port de la province de Buenos Aires. Un port pétrolier très important qui fête cette année le 150e anniversaire de sa fondation. C'est une localité populaire qui possède le deuxième théâtre du pays après le théâtre Colon. C'est aussi la seule localité à travers le monde qui possède deux clubs champions du monde: le Racing et Independiente ont, en effet, remporté la Coupe intercontinentale.La crise se ressent à tous les niveaux. L'Argentine traverse une conjoncture peu favorable et le football, fort logiquement, en subit les conséquences. Heureusement, les contrats de nos joueurs sont établis en pesos et non en dollars.Les joueurs doivent s'adapter. Ils exercent leur métier en Argentine et subissent donc les effets de la crise comme n'importe quel travailleur argentin.Les footballeurs et les ténorsNon, comme le football de la plupart des pays sud-américains. Mais c'est dû à la situation économique, pas au football proprement dit.C'est l'une des manières. Mais il en existe d'autres. Par exemple, la constitution de sociétés anonymes. Personnellement, j'estime qu'au prix d'une gestion rigoureuse, il y a moyen de s'en sortir.Non, c'est un marché dynamique. Heureusement, le réservoir semble inépuisable. Chaque année, des joueurs s'en vont, et à chaque fois, il en arrive de nouveaux. C'est positif lorsqu'un pays exporte du talent. Il n'y a rien de décevant à cela.Dans le talent naturel des Argentins. Ici, on pourrait presque dire que tous les enfants naissent avec un ballon au pied. Certains sont plus doués que d'autres, mais tous, à un moment donné, sont en contact avec le football.Oui, comme avoir une voix de ténor pour un chanteur...C'est vrai, mais leur carrière est plus courte également.Oui, mais Gabriel Batistuta s'est enrichi grâce à l'AS Rome, pas à l'AFA. C'est le propre des artistes. Il y a des artistes qui ont fait fortune et d'autres qui jouent du violon dans la rue pour espérer grappiller quelques sous.Oui, si l'on se réfère au fait qu'il subit, comme toutes les entreprises, les effets de la crise économique. Non, si l'on part du principe que l'humeur des gens se mesure à leur sourire. Les Argentins, face à la situation que traverse le pays, font grise mine. Mais, lorsqu'on leur parle de football, ils sont heureux. Daniel Devos, envoyé spécial en Argentine, ,dia3"Heureusement, les contrats des joueurs sont établis en pesos et non en dollars"