Le nouvel entraîneur des Dogues a traversé toute la France pour relever un nouveau défi : résister avec Lille à la déferlante parisienne et monégasque. Il en faut plus que deux grands shows financiers pour impressionner cet amoureux du football qui a toujours craché dans ses pognes pour réussir, que ce soit en tant que joueur ou qu'entraîneur. En 2011-12, l'ancien milieu de terrain des Girondins de Bordeaux (59 ans, trois titres de champion, deux Coupes de France) a permis au Montpellier de Louis Nicollin, uni, solide, courageux, bosseur, de monter sur la plus haute marche du podium. Girard a remplacé le soleil de l'Hérault par la chaleur de coeur des gens du nord. Au Domaine de Luchin, un centre d'entraînement de toute beauté situé à deux pas de la frontière belge, il respire la confiance, le calme et la sérénité, des richesses dont les Lillois, auteurs du doublé en 2010-11, auront grand besoin cette saison.
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Le nouvel entraîneur des Dogues a traversé toute la France pour relever un nouveau défi : résister avec Lille à la déferlante parisienne et monégasque. Il en faut plus que deux grands shows financiers pour impressionner cet amoureux du football qui a toujours craché dans ses pognes pour réussir, que ce soit en tant que joueur ou qu'entraîneur. En 2011-12, l'ancien milieu de terrain des Girondins de Bordeaux (59 ans, trois titres de champion, deux Coupes de France) a permis au Montpellier de Louis Nicollin, uni, solide, courageux, bosseur, de monter sur la plus haute marche du podium. Girard a remplacé le soleil de l'Hérault par la chaleur de coeur des gens du nord. Au Domaine de Luchin, un centre d'entraînement de toute beauté situé à deux pas de la frontière belge, il respire la confiance, le calme et la sérénité, des richesses dont les Lillois, auteurs du doublé en 2010-11, auront grand besoin cette saison. René Girard : Ecoutez, je dirais que, finalement, c'est un peu comme dans tous les championnats. Que ce soit en Italie, en Espagne, en Allemagne ou en Angleterre, pour ne citer que ces pays, il y a toujours deux ou trois clubs qui sortent du lot et attirent l'attention générale par leur palmarès, leur puissance économique et leur mercato. Mais cela ne doit pas empêcher les autres d'exister, bien au contraire. Cela permettra à nos garçons, à ceux des autres clubs, de progresser en se frottant aux grands noms de Paris ou Monaco. Mais, c'est vrai, il s'agira aussi d'observer les effets de cette déferlante financière. Paris, c'est Paris, le centre du monde pour beaucoup et... Pour moi, oui : je suis de là, je l'aime cette ville, plus que Paris. Mais quand on est les meilleurs dans la Ville Lumière, cela dépasse le cadre, déjà important du football, et cela a un impact global qui, je suppose, justifie les investissements qui y sont faits. C'est la preuve qu'il y a de la qualité et du potentiel chez nous. Les U20, champions du monde et les U19, finalistes de l'Euro 19, le prouvent. Il était temps. Oui, j'ai travaillé 10 ans à la Direction technique nationale, à l'appel d'Aimé Jacquet, qui fut mon coach à Bordeaux, et j'ai été le T2 de Roger Lemerre, notamment durant l'Euro 2000 en Belgique. La formation à la française a été imitée, ou adaptée, un peu partout. Avec le temps, et les succès, c'est probablement humain, les envies de dépassements de soi n'ont plus été les mêmes. Il y a eu, peut-être, une forme d'embourgeoisement. Nous nous sommes reposés sur nos lauriers. Les U 19 et les U20 nous rappellent au bon moment qu'il y a du talent en France. Monaco a frappé fort en allant pêcher Falcao à l'Atletico Madrid pour une fortune. Je me réjouis de le voir à l'oeuvre, comme ce sera le cas, aussi, de Cavani du PSG. Là, on est dans le haut de gamme européen et mondial. C'est intéressant pour la L1 et les joueurs du cru, je le répète, mais ces clubs n'aligneront peut-être qu'un ou deux footballeurs français. Cela ne me dérange pas mais cela me rappelle la grande époque de Bordeaux : quand les Girondins cherchaient un attaquant, Claude Bez en trouvait à l'étranger. Les clubs français n'en formaient pas, ou pas beaucoup. Ils faisaient fausse route. Nos jeunes viennent donc de réagir à bon escient... Mais tout à fait. Lyon a fait partie du top européen. La donne financière a changé pour ce grand club aussi. Par la force des choses, Lyon en revient aussi à la formation. Grâce aux contrôles de la DNGC, les clubs français se portent bien. Et ce n'est pas parce que le PSG et Monaco disposent de fonds financiers sans fin que les autres clubs doivent péter plus haut que leur cul. Le problème, c'est le temps. Plus personne n'en a et c'est le plus frustrant pour les techniciens. Le long terme n'existe plus. Les grands veulent bâtir vite. Nous, on est dans la durée, l'artisanat, la patience, le travail bien fait. Mais les petits clubs peuvent être dévalisés, pillés à chaque instant. C'est même un pillage permanent. Manchester City, Chelsea ou le PSG peuvent acquérir sans problèmes un de vos bons jeunes. Personne ne résiste hélas à cette spirale financière. C'est un éternel recommencement. Tout à fait. C'est intéressant pour le joueur et le club. Il étai impossible de résister à l'appel des sirènes. C'est parfois un handicap. Avant, les joueurs partaient à 22 ou 23 ans mais cette époque est révolue dans le système économique actuel. A 17 ou 18 ans, certains quittent leur club formateur sans rien leur rapporter. Je suis un bâtisseur et à, Lille, on va aller au charbon avec des jeunes bien épaulés. L'état d'esprit : confiance, travail, abnégation. Je reste totalement persuadé qu'un club moins bien coté médiatiquement pour le moment peut émerger. Et on aurait tort, croyez-moi, d'oublier ou de négliger Marseille, Lyon ou Bordeaux. Personne ne fera de cadeaux au PSG ou à Monaco En 2012, Montpellier a récolté un point de moins que le PSG un an plus tard. Etre champion de France, c'est un travail de longue haleine. Nous avions la meilleure défense et la troisième attaque. Cela prouve que tout est possible et je ne suis pas du genre à abdiquer. Et il y en a d'autres qui pensent la même chose. J'étais comme ça sur le terrain aussi. Footballeur, je respectais les grands, les vedettes mais cela s'arrêtait là. S'il fallait que je bouge une tour pour passer, je la bougeais, pas de problème. Il y a deux monstres en L1 mais si en plus... Ils ont une avance financière importante, sportive aussi, et si, en plus, on leur dit : Messieurs, je vous en prie, passez. Le respect, c'est tout faire pour battre les deux monstres. C'est une source de motivation pour Lille et tous les autres clubs de L1. Celui qui est champion mérite de l'être. On peut gagner la Coupe de France, ou de la Ligue, avec un peu de chance, pas un titre au bout de 38 journées. Le PSG et Monaco disposent de fonds financiers sans fin mais les autres clubs ne doivent pas péter plus haut que leur cul. Un peu, oui. Mais c'est différent quand même Les grands clubs disposent de joueurs qui ont l'habitude d'enchaîner la Ligue des Champions, la L1 avec des contrats doublés, des offres d'autres clubs, la renommée, le succès quoi. A Lille, je découvre une ambiance différente mais j'ai constaté que c'est une ville de football. Je n'en doutais pas mais l'accueil m'a été droit au coeur. Quand je me promène, les gens m'abordent : - Merci d'être venu chez nous. C'est un club historique, un beau club. L'outil est remarquable. Je songe au centre d'entraînement et au stade, un des plus beaux de France, entièrement couvet si nécessaire. Je veux continuer à avancer. Il y aura des surprises dans le Top 5, derrière le PSG, Monaco et Marseille. J'espère que Lille sera une de ces surprises. Oui, je le savais. Digne est au PSG, Chedjou à Galatasaray, Payet à Marseille. Ce sont des départs de cadres importants. Avec eux, ce serait différent, être plus confortable, mais je ne suis pas fataliste. Il nous faudra un peu de temps pour atteindre notre rythme de croisière. Les départs dégageront de l'espace pour d'autres joueurs : Divock Origi, Ronny Rodelin, John Ruiz, etc. Ruiz a passé une saison intéressante à Mouscron. Je suivrai attentivement ce club, bien entendu. Je connais bien le football belge, notamment via les Diables Rouges : quelle génération ! Et un de mes amis est un grand supporter du Standard. Oui, j'ai eu un échange avec le président. Mais cela en est resté là : le club a choisi une autre solution. A Bordeaux, je n'ai pas joué avec des Belges. J'ai loupé Raymond Goethals et Enzo Scifo de peu, dommage. Aimé Jacquet ne cessait de nous le répéter : on progresse contre les plus forts. Son discours n'a pas pris une ride. J'ai adoré travailler avec lui à Bordeaux et à la fédération française de football. Il vous apportait quelque chose tous les jours. C'était un plaisir de le côtoyer. Aujourd'hui, il a des problèmes de santé (dos) et s'est retiré du côté d'Annecy. Oui, tout à fait. Bordeaux, c'est comme Lille : il y a tout le poids des traditions là-bas. Si les Girondins peuvent tailler des croupières au PSG et à Monaco, ils ne se gêneront pas un seul instant. Bordeaux connaît le goût de la gagne, l'ambiance des grandes soirées européennes. Les favoris n'y auront jamais le tapis rouge dressé. Marseille sera plus à l'aise qu'on ne le pense dans son rôle de troisième larron. N'oublions pas non plus Lyon, Guingamp, Lorient, Montpellier, Toulouse, notamment, qui peuvent signer une bonne saison. Je suis déjà un des plus anciens coachs de la L1. Jeune, je n'imaginais pas parcourir un tel chemin. Pourquoi moi et pas mon frère ? Je me suis beaucoup investi, comme je l'aurais fait dans un autre travail. Je crois à l'importance des rencontres comme ce fut le cas à Vauvert, mon premier club, à Nîmes, à Bordeaux. J'ai heureusement pour moi croisé la route de Kader Firoud, de Stevan Kovacs, de Michel Hidalgo, d'Aimé Jacquet. Sans eux, rien n'aurait été pareil. Oui, je ne veux pas jouer au vieux con. On était modestes, modestes mais heureux. Vous savez, j'ai vécu des moments mémorables dont les quatre saisons à Montpellier après 10 ans à Clairefontaine. Nicollin est un sacré personnage. La page est tournée : c'est Lille qui compte désormais. PAR PIERRE BILIC- PHOTOS : IMAGEGLOBE" Il y a le PSG et Monaco mais les autres clubs ne doivent pas péter plus haut que leur cul. " " J'ai eu un échange avec le président du Standard. Mais cela en est resté là : le club a choisi une autre solution. " " Footballeur, je respectais les grands, les vedettes mais cela s'arrêtait là. S'il fallait que je bouge une tour pour passer, je la bougeais, pas de problème. "