Koen Persoons (24 ans) a vécu les derniers mois de l'Eendracht Alost en D1. Il a poursuivi sa maturation à Denderleeuw, en rêvant toujours de D1. Pourtant, quand Dender, la saison passée, a été sacré champion de D2 et promu, il a refusé de prolonger son contrat. Il a signé pour Malines, qui n'avait pas encore son billet pour l'élite.
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Koen Persoons (24 ans) a vécu les derniers mois de l'Eendracht Alost en D1. Il a poursuivi sa maturation à Denderleeuw, en rêvant toujours de D1. Pourtant, quand Dender, la saison passée, a été sacré champion de D2 et promu, il a refusé de prolonger son contrat. Il a signé pour Malines, qui n'avait pas encore son billet pour l'élite. Koen Persoons : A cinq ans, je me suis affilié à l'équipe du village, Oudegem. C'est là qu'Alost m'a repéré. Je devais avoir onze ou douze ans. Ma mère a joué au tennis, mon grand-père était arbitre, mais la famille n'est pas vraiment sportive. Si j'ai un bon bagage technique, c'est parce que j'ai beaucoup joué avec un ballon. Je ne me suis jamais entraîné spécifiquement. Alost m'a fait jouer dans une catégorie d'âge supérieure. C'était la coutume pour les bons footballeurs. Alost était un chouette club, qui vivait une fabuleuse aventure européenne. Rien ne semblait impossible, y compris pour l'école des jeunes. Nous avions un coordinateur, un entraîneur de sprint, tout. Alost avait la meilleure formation de la région. Plus maintenant mais à l'époque, c'était Anderlecht. Quand on joue soi-même, le football devient un travail et on oublie ses sentiments. Moins bons. J'ai entamé des humanités classiques mais je me suis vite orienté vers le sport. Le football ne me laissait pas de temps et je n'avais pas le goût de l'étude. J'ai finalement rejoint l'école de sport de haut niveau de Zwijnaarde, où tout était axé autour du football : douze heures par semaine, essentiellement le matin. L'après-midi était réservé aux cours normaux. Le soir, je m'entraînais avec le club. J'étais le seul d'Alost à l'école. Les autres jouaient à Gand. Piet Demol m'a régulièrement demandé de rejoindre Gand mais je me plaisais à Alost. J'étais en bonne condition. Les Gantois bénéficiaient parfois d'un programme adapté au club. Il m'est arrivé d'être fatigué à Alost mais la direction en tenait compte. C'est parfois dur, en effet, surtout en pleine croissance. Enfin, cela m'a permis de progresser techniquement. Plus on est en contact avec le ballon, plus on évolue. Ce n'est évidemment pas une garantie. Peu de mes compagnons ont émergé parmi l'élite. Il y a Spencer Verbiest à l'Antwerp et Kevin Franck à Lommel. Je crois que c'est tout. Il faut effectuer des choix. A 16 ou 17 ans, les sorties et les filles constituent des tentations redoutables. Beaucoup de talents n'émergent pas, pour toutes sortes de raisons. Mes parents me permettaient de sortir mais à une heure, mon père m'attendait à la sortie. D'autres étaient nettement plus libres. Mes parents étaient aussi très attentifs à ma scolarité, même si elle n'était pas idéale. J'ai quand même obtenu mon diplôme d'études secondaires. Les clubs tiennent souvent un double langage. Ils affirment que les études sont prioritaires mais quand on rate un entraînement pendant les examens, on ne joue pas. Or, que veut un jeune ? Jouer, évidemment. Donc, on ne loupe aucune séance, au détriment des études. Gamin. A Alost. Piet Demol a renforcé ce désir en me répétant qu'il croyait en moi. Quand j'ai été incorporé au noyau A vers 18 ou 19 ans, c'est devenu plus concret. C'était une situation idéale pour les jeunes. Sans ces problèmes, nous n'aurions jamais reçu notre chance. Manu Ferrera m'a lancé au jeu alors que tout allait encore bien. Puis Luc Impens a repris l'équipe et fait jouer les jeunes. Georges Arts était capitaine. Il voulait que le club paie ses dettes. Nous, les jeunes, ne désirions pas faire grève. Nous voulions nous entraîner et jouer mais je comprenais nos aînés, qui avaient une famille en charge. Nous avons fait l'impasse sur quelques entraînements. C'était spécial pour moi car mon père était manager. J'ai fait grève contre lui ! J'étais déjà dans le noyau A. Il venait me voir. Lorsque Patrick De Cock a été limogé, il a travaillé pour le club. Heureusement que j'étais déjà en place sinon, cela aurait fait jaser. Ferrera m'a dit, une fois, qu'il ne m'avantagerait ni ne me désavantagerait sous prétexte que mon père était manager. Pas du tout, si ce n'est que ses trois fils jouaient à Alost. Il est comptable. Il sait donc jongler avec les chiffres. Il a envoyé son cv et on l'a embauché. Nous étions en stage quand il m'a annoncé la nouvelle. Je n'ai pas dû négocier avec lui car j'avais déjà mon contrat. C'eût été le comble ! Presque jusqu'à la fin de la saison. Les curateurs ont géré les quatre derniers matches, sans nous deux. Nous n'étions plus payés. Le comble a été atteint quand Leo Van Der Elst m'a téléphoné. Il allait être l'entraîneur la saison suivante : -Nous ne comptons plus sur toi et tu le dois à ton père. La nouvelle direction a raconté qu'il s'était mis de l'argent dans les poches. Or, il n'y en avait pas au club ! Nous avons rompu tout contact avec le club. Ce fut dur pour la famille : nous étions cinq enfants et d'un coup, nous perdions deux salaires... Ma mère est gynécologue et elle a subvenu aux besoins de la famille mais cela a provoqué des tensions. Comme renfort en profondeur, cinquième avant, mais j'ai été titularisé à partir de la deuxième journée, en attaque, derrière Gunter Thiebaut. J'ai marqué huit à dix buts au premier tour puis Gunter a pris tous les goals à son compte. On m'a chargé de lui passer tous les ballons. Nous avons atteint le tour final, cette saison-là. Je consacrais tout mon temps au football mais je n'étais pas payé en pro. J'ai entamé des études en marketing à Alost. Je crois que je n'ai pas tenu plus de deux mois. Nous nous entraînions parfois l'après-midi et la combinaison était délicate. Je me suis aussi laissé influencer par deux copains, même si ma mère a tenté de faire contrepoids. Elle voulait que je suive au moins une formation ou des cours de langue. J'aurais pu, ayant joué cinq ans en D2 et en D3. On a tendance à rester plus longtemps au lit ou à aller au fitness pour passer le temps. On ne peut jouer à la Playstation pendant des mois. L'après-midi, je passais quelques coups de fil, j'allais manger au snack. Maintenant, je me dis que j'aurais mieux fait de rester à l'école. Non mais je ne savais pas si je jouerais en D1 ou en D2. A l'échelon inférieur, on ne peut pas économiser pour l'avenir. Denderleeuw est même descendu en D3. Ma mère a alors vraiment insisté mais nous avons joué la tête : nous avons atteint le tour final la première saison puis nous avons été champions. J'ai quand même perdu deux ans. Oui. Je n'aurais pas réussi comme avant. Je ne suis pas assez rapide, je n'ai pas un sens du but assez affûté. Je suis devenu médian défensif en D3 et j'ai longtemps évolué à ce poste. Cela me poursuit. En D2, je trouvais ça chouette mais depuis que j'ai rejoint l'élite, je préférerais que les gens me voient tel que je suis. Le Koen Persoons de la D1. Biglia répond toujours présent. J'espère atteindre sa régularité. J'essaie de jouer le plus simplement possible. Je me fie beaucoup à mon intuition. Ceux qui manquent de vitesse doivent anticiper. Pas complètement : ce serait contre nature. Je peux m'aventurer sur le flanc mais sans y rester. C'est comme ça que nous avons fait mal à Bruges : Antun Dunkovic jouait à gauche, moi à droite. Jonathan Blondel et Ivan Leko étaient obligés de courir derrière nous. Collectivement, Dender, mais seul Malines nous a résisté : nous avons fait match nul à Malines et perdu à domicile. Si, mais il a renouvelé son noyau alors que Malines a conservé l'ossature de son équipe. Nous nous trouvons mieux, anciens ou nouveaux. Et chacun est avide de faire ses preuves. A Dender, certains ont déjà joué en D1. S'appuient-ils sur cette expérience ? Elle ne constitue pas un inconvénient, évidemment. Et Malines veut prouver qu'il a le niveau de la D1. Nous avons perdu pas mal de points en fin de match. Le calendrier ne nous a pas avantagés non plus. Oui. Je jouais à Dender depuis cinq ans, ce n'était pas loin de chez moi et le club montait en D1. Cependant, lors de nos négociations, rien n'était clair. Serions-nous professionnels, nous entraînerions-nous l'après-midi ou le soir ? Comment la collaboration avec Murcie fonctionnerait-elle ? Le club a aussi attendu longtemps avant de m'appeler à la table des négociations. Jusqu'en mars. Dender n'était pas encore sûr d'être champion, évidemment, mais il pouvait rédiger un contrat valable en cas de promotion. Malines a été plus clair : statut professionnel, repas à midi... Quand j'ai été champion avec Dender, je me suis posé des questions, rêvant de la D1. J'ai traversé des moments difficiles jusqu'à l'issue du tour final. Mon amie partageait mon rêve, mes parents avaient consenti tellement de sacrifices... Finalement, tout s'est arrangé. Je ne connais pas les transferts de mon ancien club. Malines a beaucoup de jeunes. Steven De Petter va éclater à Denderleeuw, j'en suis certain. Il travaille en professionnel depuis des années. Les autres sont plus âgés. Certains ont joué en D3. En le voyant débarquer l'année dernière, je me suis demandé où il avait perdu son temps. A Hoek en amateurs, à Lovendegem et à Evergem. Puis, il ridiculise Anderlecht à lui tout seul ou presque ! Je ne sais vraiment pas pourquoi il émerge aussi tard ni comment un tel talent a pu passer inaperçu. Si vous parlez de Destorme, oui. Xavier Chen et moi avons également longtemps joué en D2 ou en D3 et nous ne sommes pas les seuls. Pourquoi toujours se tourner vers la France et l'Afrique ? Tous les trois, nous devons confirmer mais si nous y parvenons, je vous répondrai qu'il y a énormément de joueurs comme nous en D2. par peter t'kint - photo: reporters/ thys