Avant et après le match contre l'Excelsior Mouscron, Gonzague Van Dooren s'est logiquement retrouvé sous les spots des médias. Tous les siens étaient venus de Dottignies, son village natal, pour le voir à l'action face à ses anciens camarades du Canonnier.
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Avant et après le match contre l'Excelsior Mouscron, Gonzague Van Dooren s'est logiquement retrouvé sous les spots des médias. Tous les siens étaient venus de Dottignies, son village natal, pour le voir à l'action face à ses anciens camarades du Canonnier. La presse l'a interrogé à propos de ce retour dans son terroir. Des retrouvailles émouvantes pour lui? Pas tellement. Il est resté imperturbable et n'aime pas tellement cette agitation journalistique. Gonzague ne regarde pas trop les émissions sportives à la télé, feuillète à peine la presse écrite. Sa tasse de thé, c'est le terrain et il laisse le reste aux autres. Une façon de se protéger, d'éviter la pression, de garder la tête sur les épauleslors des épreuves et des succès? A moins que cela ne cache une insatisfaction quant aux analyses à propos de ses performances? "Non, je n'ai pas besoin de tout cela ou de présence dans les médias: le fait de jouer suffit à mon bonheur", dit-il. On l'a compris: Gonzague Van Dooren ne sera jamais un émule de Zan-Marie Pfaff. Et la plaine de l'Excel, épart de son Paris-Dakar footballistique? "Mouscron, pour moi, c'est déjà loin, très loin même, dans mes souvenirs", avoue-t-il. Un peu comme si ses débuts en D1, en 1997, et son départ, pour le Lierse, en 2000, remontaient à l'ère des dinosaures. Mais à 23 ans, une saison, c'est parfois un siècle. "Sportivement, c'était bien mais on m'y a quand même traité comme de la merde au moment de me proposer un nouveau contrat", affirme-t-il. " Jean-Pierre Detremerrie peut dire tout ce qu'il veut: c'était nul. Je ne pouvais pas accepter son offre. Tous les jeunes et les clubmen étaient logés à la même enseigne que moi. Ils passent après les autres. Mais l'Excelsior n'a finalement pas à se plaindre: il a engrangé 625.000 euros en me vendant au Lierse". Depuis lors, les Hennuyers misent plus sur les produits du cru avec un centre de formation qui tourne à plein régime. Le temps a donc passé pour Gonzague, un des premiers enfants du Futurosport. Si on compare le joueur de 2000 à celui de nos jours, il a fait sa mue. L'attaquant est devenu back gauche: "Je ne refuserai jamais aucune mission sur un terrain mais j'aimerais m'installer, prendre mes habitudes, développer tous les automatismes qui me lient à mes équipiers".Il s'ennuyait au Lierse Quand il quitte Mouscron, la transformation n'a pas encore commencé. Gonzague avait joué avec Frédéric Pierre ou Zoran Ban en pointe ou, le plus souvent, en décalage sur la gauche. Vandooren fait preuve d'un énorme engagement, de rage de vaincre, de goût du travail de la première à la dernière minute de jeu, de présence dans le trafic aérien. Ces atouts compensent les faiblesses de son registre technique. Au Lisp, son intégration est fameusement contrariée par une cascade de blessureset une opération au genou. Puis, il ne se sent pas très bien à Lierre. Sa copine effectue ses études d'éducatrice à Bruxelles. Lierre est magnifique avec son hôtel de ville du XVIIIème siècle, son beffroi et son béguinage mais Vandooren s'y ennuie à mourir. Le soir, il setourne les pouces dans son appartement. "C'était d'autant plus intenable que les gens détournent la tête quand on parle français dans les cafés et restaurants de Lierre. Je n'étais pas à l'aise dans cette ambiance et j'ai alors pris la décision de m'installer à Bruxelles. Je retrouvais ma copine et tout fut bien plus agréable pour moi".Gonzague Vandooren ne prend finalement part qu'à 17 matches et son actif buts se limite au chiffre deux. Eric Van Meir lui confie alors que le Standard, où il vient de signer, entend aussi se payer ses services et ceux de Jurgen Cavens. Il avertit tout de suite son conseiller, l'agent de joueurs Walter Mortelmans. "Pour moi, c'était la chance de ma vie", affirme Gonzague Vandooren. "Le Standard s'était déjà intéressé à moi quand je jouais encore à Mouscron. Mais les relations entre les deux clubs étaient assez tendues et je suppose que cela a compliqué la donne. En pensant à nouveau à moi, le Standard me donnait une preuve de confiance en mes atouts. Mortelmans tenta de noyer le poisson. Il n'avait pas envie que j'aille à Sclessin. Van Meir me confirma plusieurs fois que le Standard était sur ma piste. J'ai fini par envoyer Mortelmans à la gare. Il n'agissait pas en ma faveur dans cette affaire et la rupture fut d'autant plus facile que nous n'étions pas liés par un contrat. Le Standard mandata alors Freddy Luyckx afin de finaliser le transfert". Les Liégeois déposèrent 1.250.000 millions d'euros sur la table du Lierse. Sans jouer beaucoup, l'échalas de Dottignies avait réussi à doubler sa valeur marchande. "C'est la preuve quele Standard avait totalement confiance en moi", pense-t-il. Il apposa sa signature au bas d'un contrat de cinq ans. Dès le départ, on lui signifia que sa place serait sur le flanc gauche. "Je n'ai jamais été un buteur", souligne Gonzague Vandooren. "Côté renards des rectangles, le Standard était alors paré avec Ole-MartinAarst, Ali Lukunku et Michaël Goossens. Si je le voulais, il me serait également possible de fignoler, de soigner avant tout la dernière passe. Mais ma nature est différente. Je joue d'abord avec mes tripes. Je donne tout ce que j'ai en moi. Mon job, c'est de faire mal à une défense. Je suis là pour abattre le sale boulot et donc de fatiguer les autres afin que des espaces finissent par s'ouvrir pour les buteurs. Je ne considère pas du tout que ce soit un job moins valorisant que celui des autres. Les finisseurs attirent plus les attentions. Leur fonction est plus stressante. Quand on s'intéresse au résultat d'un match, on demande tout de suite qui a marqué. C'est assez réducteur mais je réagis aussi comme cela en me renseignant à propos d'une autre rencontre. Je joue pratiquement tout le temps et c'est finalement ce qui compte quand on bosse dans un club comme le Standard. La pression est plus grande ici qu'ailleurs. Rien de comparable avec ce qui se passe à Mouscron ou au Lierse. Les attentes et les espoirs des supporters, la présence de la presse: c'est une autre planète par rapport à mes clubs précédents". Pas un lèche-culLe stress, Gonzague Vandooren le tutoie quotidiennement la saison passée. Evoluant en 4-3-3, le Standard réussit une fin de premier tour à la Eddy Merckx et s'empare même du maillot jaune avant la trêve hivernale. "C'était plus que parfait", avance Gonzague Vandooren. "La suite est à mettre sur le compte de la nervosité face à un objectif qui était à notre portée. Il y eut des blessures, notamment celle d'Ole-Martin Aarst, et la machine se grippa". Ce fut la chute aux enfers. Une salade folle à la Standard, pékêt et sirop de Liège y compris. Avec en conclusion: le pas en arrière de Michel Preud'homme, un zéro pointé dans la lutte pour l'Europe, etc. Malgré cet échec cuisant, Gonzague Vandooren a été séduit par l'apport de l'ancien coach des Rouches. "Je ne suis pas du style à jouer au lèche-cul",précise-t-il d'emblée. "Mais je n'ai pas peur de dire que Michel Preud'homme, c'était 100 fois mieux que Hugo Broos et Walter Meeuws. A tous les niveaux. Il n'y a pas photo. L'ancien coach de Mouscron ne brillait pas trop dans le dialogue avec le groupe. Il avait ses idées et quittait rarement son 4-4-2. Walter Meeuws c'était un peu la même chose. Michel Preud'homme était un coach beaucoup plus moderne. Il était proche de ses joueurs. Les échanges entre lui et nous étaient permanents. Preud'homme avait évidemment mis point un bon 4-3-3 mais ce n'était pas du tout rigide. Il adaptait aussi sa vision tactique aux forces et aux faiblesses tactiques de nos adversaires. Même si cela a finalement foiré, c'était une façon de travailler très enrichissante. Nous n'étions pas enfermés dans un corset tactique rigide, bon pour les automatismes, mais qui, quelque part, peut limiter la réflexion des joueurs. J'ai regretté son départ mais sa décision ne me concerne pas: chacun fait son chemin". A cette époque-là, Michel Preud'homme fait déjà reculer le grand Vandooren au poste de back gauche lors des blessures d' Ivica Dragutinovic. Ces expériences sont assez réussies mais Vandooren deviendra aussi le romanichel de sa formation, plantant sa tente sur l'aile gauche, au médian défensif, en pointe. C'est un peu de tout et le Standard ne peut se passer de sa mentalité positive et de sa force de travail. Mais il devait avoir un jour son permis de séjour dans un des secteurs de l'équipe. L'idée de Michel Preud'homme finira par quitter le provisoire pour devenir assez définitive. Gonzague Vandooren imite finalement d'autres attaquants ayant trouvé leur voie dans le bastion défensif. "Je me souviens que ce fut le cas de Gordan Vidovic", rappelle-t-il. "C'était une idée gagnante de Georges Leekens". Il ne sait pas que ce fut aussi le cas d' Eric Gerets, de Nicolas Dewalque, de Jean Thissen et de Gilbert Van Binst. Depuis quelques mois, il vit bien au back gauche. Les éclopés aidant, le capitaine Ivica Dragutinovic joue désormais au centre de la défense où sa classe, sa présence et ses coups de gueule font merveille. C'est le patron et son impact y est plus considérable qu'à gauche. De plus, Vandooren a pris ses aises à l'ancienne place de Drago. La défense est stabilisée mais Ivica rechigne un peu car il risque de perdre sa place de back gauche en équipe nationale yougoslave en s'installant au centre de la défende rouche. Il faut croire que Dominique D'Onofrio a su trouver les mots justes pour convaincre le boss serbe. Car, au jeu des comparaisons, Gonzague n'a pas encore l'impact d'Ivica. Les résultats broient tout "Je ne suis pas un concurrent de Drago", avance Gonzague. "Le coach fait des choix et je joue où on me demande de le faire. Je n'ai jamais parlé d'une quelconque place préférée, pour lui ou pour moi, avec notre capitaine. J'adore jouer avec lui, c'est ce qui compte. Avant, je jouais sur le flanc avec lui mais nous switchions tellement qu'on ne savait finalement pas qui de nous deux était back ou médian. C'est dire si nous nous complétions bien. Nos positions ont changé mais, s'il le faut, je rejouerai à nouveau avec lui à gauche". Cest de plus en plus improbable car Dominique a son schéma en tête. L'évolution tactique de Gonzague est progressive et profonde à la fois. Pour en poser l'importance, il a une phrase tellement simple: "Avant, j'étais attaquant à 75% et défenseur à 25%. Maintenant, c'est le contraire: 25% attaquant, 75% défenseur.La différence est énorme mais je m' y fais. Je joue derrière Johan Walem qui, plus axial que Drago, adore recevoir la balle et est notre distributeur. Je peux monter en faisant bien attention de choisir le bon moment et être certain que je serai couvert". Sous des airs gentils, de personnalité cool, détachée, échappant à la folle pression liégeoise par un sourire, il cache son ambition. Vandooren a encore une tête de teenager mais son approche du métier est pro. Il s'intéresse toujours au profil de ses adversaires afin d'avoir tous les atouts de son côté. La course au titre est pliée pour les Rouches. Il préfère ne pas revenir sur l'épouvantable début de saison: "Les résultats broient tout. Je n'ai finalement travaillé que trois mois avec Robert Waseige. Dommage mais c'est ainsi. Tout va vite en football. On n'a jamais le temps. Preud'homme a d'autres fonctions, Waseige est parti, mon ami Ali Lukunku joue désormais à Galatasaray: c'est le football. A côté de tout cela, Dominique D'Onofrio a redressé la barre. Nous savons ce qu'il reste à faire: ne rien lâcher en championnat et aller jusqu'au bout en Coupe de Belgique". Pierre Bilic"Preud'homme, c'est 100 fois mieux que Broos et Meeuws""Je ne suis pas un concurrent de Drago"