La gloire est parfois si près. Et la toucher peut vous brûler les doigts. Car elle se mérite et, parfois, elle se retire sans crier gare. Les projecteurs restent allumés mais les spectateurs sont partis. Et c'est tout naturellement que la lumière s'éteint. Certains joueurs ont été encensés dès leurs premières touches de balle, promis à un bel avenir. Mais l'avenir s'est transformé pour eux en passé. De beau, il n'en fut rien. Aujourd'hui, il reste quelques miettes d'une gloire éphémère, quelques souvenirs et des photos jaunies. Ils auraient pu devenir des stars du football belge. Ils auraient dû. Mais les événements en ont décidé autrement. Pourtant, le bonheur irradie leur visage. Quelques regrets mais la page football est (presque) définitivement tournée. Histoire de quatre parcours ratés.
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La gloire est parfois si près. Et la toucher peut vous brûler les doigts. Car elle se mérite et, parfois, elle se retire sans crier gare. Les projecteurs restent allumés mais les spectateurs sont partis. Et c'est tout naturellement que la lumière s'éteint. Certains joueurs ont été encensés dès leurs premières touches de balle, promis à un bel avenir. Mais l'avenir s'est transformé pour eux en passé. De beau, il n'en fut rien. Aujourd'hui, il reste quelques miettes d'une gloire éphémère, quelques souvenirs et des photos jaunies. Ils auraient pu devenir des stars du football belge. Ils auraient dû. Mais les événements en ont décidé autrement. Pourtant, le bonheur irradie leur visage. Quelques regrets mais la page football est (presque) définitivement tournée. Histoire de quatre parcours ratés. L'élégance est toujours de mise. A 42 ans, Joseph Varrichio nous reçoit dans son magasin de cuisines équipées, à Lodelinsart, dans la région carolo. Toujours chaleureux, il s'assied avant de se souvenir de ses 44 matches en D1. Une bricole par rapport à ce qu'on lui promettait. A l'époque, on le comparait à Enzo Scifo. " Dans les équipes d'âge, on se valait tous les deux. Quand je suis monté de D2 en D1 avec Charleroi, lui partait à Anderlecht. Si je l'avais imité, j'aurais peut-être connu une tout autre carrière. A la place, j'ai découvert la D1 avec Charleroi. Les dirigeants n'avaient pas voulu effectuer de transferts mirobolants et on voulait que je tire la charrette à moi tout seul. A 16 ans, c'était impossible. Je n'avais pas les épaules assez solides. N'importe qui vit la tête dans les nuages à cet âge-là. Je me dis que je suis arrivé au top trop jeune. Quand je faisais un match moyen, on ne trouvait pas cela normal. Avec le recul, je ne suis pas frustré de ne pas avoir réalisé la carrière de Scifo. Par contre, je le suis quand je regarde la génération des Espoirs dont je faisais partie. Je suis le seul qui n'ait pas réussi. Il y avait Marc Degryse, Luc Nilis, Stéphane Demol et Marc Emmers notamment. Je ne sais pas s'il me manquait quelque chose au niveau de la mentalité ou si je n'ai pas été assez patient. J'ai raté des étapes. Je me souviens qu'en 1985, Robert Waseige me voulait à Liège mais Charleroi demandait trop d'argent. A la place, ils ont pris Danny Boffin. Vous avez vu la carrière qu'il a réalisée ?". Varrichio est donc resté à Charleroi. " En 1986, le Sporting a fait venir Peter Mraz, un vieux briscard, meneur de jeu comme moi, au talent fou. A ce moment-là, on m'a mis dans une armoire et on a fermé la porte à clé. En juin, je suis parti pour le RWDM où j'ai réalisé une bonne saison mais j'ai dû revenir à Charleroi. C'était l'époque d' Aimé Anthuenis. Il y avait beaucoup de médians. Je voyais mon avenir bouché. J'ai alors effectué un test à Sedan contre... Charleroi. Face à Philippe Albert, j'ai réalisé un match extraordinaire. Anthuenis a insisté pour que je reste. Pour quel résultat ? Je n'ai jamais joué. Je suis alors parti au Puy-de-dôme, en D2 française. J'y suis resté deux saisons. J'aurais pu m'y épanouir mais Charleroi a encore bloqué mon transfert en demandant 375.000 euros. J'ai encore disputé quelques rencontres sous Georges Heylens mais j'avais un salaire de misère. Je suis alors parti dans les divisions inférieures ". Suivront Wavre, l'Olympic, Tubize, Heppignies-Lambusart, Fayt-lez-Manage. " Je me dis que je suis né 20 ans trop tôt. Parfois, j'avais le tort de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. J'avais aussi un côté playboy. Il y avait beaucoup de jalousie autour de ma personne. On a toujours affirmé que j'étais un sorteur, un homme à femmes. Or, sur toute ma carrière, j'ai peut-être mis deux fois les pieds en discothèque. Quand je suis revenu de France, j'ai vite compris que je ne ferais pas carrière au plus haut niveau. Je me suis alors lancé dans les cuisines équipées ". Aujourd'hui, Varrichio ne se rend plus au stade du Pays de Charleroi : " Cela restera à jamais le club de mon c£ur mais je suis fatigué d'entendre - Si tu avais joué maintenant... ". La région est la même. L'époque est un peu différente. Direction : Châtelineau et un petit lotissement. C'est là qu'habite Christopher Fernandez, 24 ans. C'est là qu'il s'occupe de son jeune fils qu'il a prénommé Diego, en l'honneur de Maradona. Le virus du football est toujours bien présent. Flash-back : en 2001, âgé de 17 ans, Fernandez débutait en équipe Première de Charleroi. Son pied gauche suscitait alors un torrent d'éloges. " On disait - enfin un gaucher qui sait centrer à Charleroi. J'offrais plein de passes décisives mais personne n'était capable de les convertir en buts ! Je me souviens de mon premier match à Genk, dans une ambiance indescriptible. J'avais été lancé par Enzo Scifo, monument du football belge. Cela ne me faisait pas peur de faire partie du noyau A à 17 ans. Scifo avait commencé au même âge. Mais cela ne s'est pas passé comme je l'espérais ". Scifo fit place à Etienne Delangre, puis à Dante Brogno, deux personnes avec lesquelles le courant n'est jamais passé : " Charleroi ne tournait pas et les mauvais résultats s'accumulaient. On en a voulu aux jeunes. De plus, j'avais un caractère fort. On m'a versé dans le noyau B. Quand on vous abandonne dans le noyau B, c'est qu'on n'a plus besoin de vous, non ? J'avais reçu une offre de Mons mais Mogi Bayat n'a pas voulu me libérer. Il a enterré ma carrière. Comme Brogno d'ailleurs. Un jour, je devais disputer un match avec la Belgique contre l'Autriche mais Charleroi ne m'a pas dispensé de l'entraînement du jour. Je me suis épargné et je n'ai pas terminé la course aux bois. Brogno m'a dit - Puisque tu n'as pas fini l'entraînement, tu ne vas pas avec la Belgique. Je m'en veux de ne pas avoir tout donné lors de cette séance mais si je l'avais fait, j'aurais été cuit pour le match du soir ". A l'époque, Fernandez ne doutait pas de lui et rêvait des grands championnats. " Une interview dans Sport/Foot Magazine m'avait fait beaucoup de mal. Je déclarais que je visais Barcelone et Milan AC. Mais je savais qu'il s'agissait d'un rêve. Le lendemain, Delangre est venu me trouver me traitant de prétentieux - Tu n'aurais pas dû dire cela. Il me reprochait aussi ma façon de m'habiller. Moi, j'ai toujours aimé la mode et les belles voitures. A Charleroi, c'était mal vu. Je n'avais pas le droit. Delangre ne me faisait que des reproches de la sorte. Jamais rien sur mon jeu. Dans un club flamand, j'aurais été protégé. A Charleroi, j'étais descendu ". Delangre mettait sans doute en garde le jeune joueur face aux pièges de la célébrité : " C'est vrai qu'à 18 ans, on ne connaît rien de la vie. Ni du monde du football qui est une jungle peuplée de loups. Pourtant, je ne regrette pas mon comportement. Si. Un jour, j'ai brossé l'entraînement parce que je n'avais pas entendu le réveil. Mais, cela m'est arrivé une fois. Et cela m'a valu 15 jours dans le noyau B. Quand je regarde dans le rétro, je me dis que j'ai été mal encadré. Je n'en veux ni à Scifo, ni à Robert Waseige. Mais, du temps de Delangre, c'était vraiment n'importe quoi. Et avec Khalid Karama, là, c'était vraiment le cirque ". Bloqué à Charleroi, Fernandez est alors parti à Hambourg, où sous la houlette de Thomas Doll (qui devint par la suite entraîneur principal) il intégra le noyau des réserves. " Cela reste une expérience formidable. Je m'entraînais deux à trois fois par semaine avec les pros. Et s'entraîner avec Sergej Barbarez, c'est autre chose que de le faire avec Daryush Yazdani ou Ali Reza Emamifar. Pourtant, ce fut difficile de partir. Le seul club auquel Charleroi voulait me prêter, c'était Heppignies-Lambusart ! ". Par la suite, Fernandez porta les vareuses de Courtrai (" J'y ai côtoyé le meilleur entraîneur de ma carrière : Manu Ferrera. Je n'aurais pas dû partir mais je me suis fait embobiner par certains managers "), de Tubize (" où je retrouvais Scifo. Je fus désigné meilleur joueur du premier tour avant de me blesser "), de La Louvière et enfin de Couvin-Mariembourg (Promotion) où il évolue encore maintenant. " Depuis un an, j'ai ouvert un magasin de vêtements à Fleurus. Je ne me suis jamais dit que c'était fini. Je n'ai que 25 ans mais je sais que mon étiquette me poursuit. On m'a traité d'arrogant mais je crois surtout que j'ai payé les pots cassés de la guerre ouverte entre Scifo et Brogno. Or, comme j'étais jeune, je me suis tué tout seul. Mais, je suis heureux. Mon fils est ma fierté et je me dis que j'aurai connu la D1 l'espace d'une vingtaine de matches ( NDLR : 22 exactement). J'ai réussi ma reconversion. Se relever, c'est aussi une source de fierté ". Mais, il n'y a pas qu'à Charleroi que les grands talents s'éparpillent. Au Sporting bruxellois, une belle palette de jeunes a aussi été gâchée. Parmi elles, la génération de Kurt Van De Paar, Chris De Witte et Tom Soetaers. Les trois joueurs ont dû aller chercher fortune aux Pays-Bas et seul le dernier est revenu comblé en Belgique. Agé de 30 ans, Van De Paar a connu des beaux moments aux Pays-Bas mais sa carrière est engluée depuis cinq ans. C'est sur la Grand-Place de Diest qu'il se remémore ses heures de gloire : " J'ai dû quitter Anderlecht à 19 ans. A 11 ans, pourtant, je suscitais déjà pas mal de convoitises. La BRT avait même tourné un reportage sur moi avec Marc Degryse. Mais j'ai percé à un moment où, à Anderlecht, Scifo et Pär Zetterberg occupaient mon poste. Or, la direction ne faisait pas confiance aux jeunes. A part Walter Baseggio, personne n'a percé chez les Mauve et Blanc. Tout le monde est parti. Je me souviens d'un match contre Feyenoord. On avait gagné 6-0 et j'avais marqué trois buts. Arie Haan m'a pris à part et m'a dit - Si tu joues comme cela, tu ne peux pas partir. Je lui ai répondu - Il y a Scifo et Zetterberg. Si j'évolue de la sorte, est-ce que tu vas me donner une chance ? Je n'ai même pas attendu la réponse. Je la connaissais. Il a fallu que Vincent Kompany fasse son trou pour qu'Anderlecht se rende compte qu'il y avait de bons jeunes ". A 19 ans, Van De Paar passa donc le Moerdijk. " J'ai vécu mes meilleurs moments à Twente. J'y ai remporté la Coupe et après ma première saison, j'ai été élu meilleur joueur du club. L'entraîneur m'avait lancé dans le bain alors que je n'étais pas à 100 %. Le chouchou local s'était blessé, je l'ai remplacé et je n'ai plus quitté l'équipe ". Pourtant l'état de grâce ne dura pas longtemps : " Quand j'étais apte, j'étais toujours aligné mais j'ai eu de nombreuses blessures. En cinq ans, j'ai été opéré trois fois et la première intervention m'a écarté des terrains plus d'un an. Je n'ai jamais retrouvé le niveau de ma première saison hollandaise. Pourtant, après cinq ans à Twente, les dirigeants m'ont proposé un nouveau contrat de cinq saisons mais j'avais envie de changer d'air, de découvrir quelque chose de nouveau ". Et c'est la Turquie qui l'accueillit. " J'avais opté pour ADO La Haye mais nous ne sommes pas tombés d'accord sur le volet financier. Je me suis rendu à Trabzonspor et je me suis aperçu que la vie y était nulle. J'ai refusé mais ils sont revenus à la charge en proposant chaque fois plus d'argent. Je me suis dit - Je dois y aller pour l'argent. J'y suis resté six mois : j'ai commis une erreur. Ma femme était demeurée en Belgique car elle était enceinte et je ne suis pas quelqu'un qui peut vivre seul ". Si une page s'était tournée, la suivante ne tarda pas à s'ouvrir. " J'ai arrêté six mois. Je n'avais plus envie. Je ne sais pas pourquoi. Je n'avais tout simplement plus la flamme. J'étais content d'être à la maison. Le foot ne me manquait pas. Le président du Patro Maasmechelen m'a alors sollicité. J'ai joué six mois. Comme le plaisir ne revenait pas, j'ai de nouveau arrêté. Finalement, Mol (aujourd'hui en D3) est venu aux nouvelles. Depuis trois ans, j'évolue là-bas. Et l'envie est enfin de retour ". Aujourd'hui, à 30 ans, il est magasinier dans l'entreprise du président de Geel, Vic Keersmaekers (" avec d'autres anciens joueurs comme Robby Van De Weyer, Werry Sels. Bart Goor a commencé là "). " C'est rare qu'une équipe s'intéresse à moi. A 30 ans, je suis un peu oublié. Pourtant, je trouve que je renoue enfin avec mon niveau de ma première année à Twente. Je me dis qu'avec des entraînements plus poussés, je pourrais évoluer en D1. A 20 ans, je savais que je ne retrouverais plus le haut niveau alors que je n'avais pas encore connu de blessures et que m'entraînais dur. Maintenant, je me sens comme à 20 ans. C'est difficile à comprendre. Je ne suis pas quelqu'un qui regarde dans le rétroviseur. Avec mes qualités, je n'ai réussi qu'à 50 %. Ce n'est pas assez. Que voulez-vous faire ?". par stéphane vande velde - photos: reporters