Une équipe de football est parfois aussi fragile qu'un château de cartes. Un simple coup de vent peut emporter tout ce qui a été construit avec la plus grande des patiences. C'est ce qui est arrivé au Standard au Stade Constant VandenStock. Il donna deux fois l'impression de pouvoir émerger mais le champion fut incapable de gérer ou de contenir les variations de tempo de son challenger bruxellois, surtout au niveau de la ligne médiane. Le trio Axel Witsel- Eliaquim Mangala- Igor de Camargo n'a pas fait le poids.
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Une équipe de football est parfois aussi fragile qu'un château de cartes. Un simple coup de vent peut emporter tout ce qui a été construit avec la plus grande des patiences. C'est ce qui est arrivé au Standard au Stade Constant VandenStock. Il donna deux fois l'impression de pouvoir émerger mais le champion fut incapable de gérer ou de contenir les variations de tempo de son challenger bruxellois, surtout au niveau de la ligne médiane. Le trio Axel Witsel- Eliaquim Mangala- Igor de Camargo n'a pas fait le poids. Alors qu'il avait semblé aussi absent et aussi assommé que ses joueurs à Braga, Laszlo Bölöni était dans le feu de l'action à Anderlecht, quittant son banc comme il le fit à Liverpool ou à Everton. Sa jeune équipe a besoin d'un coaching permanent du staff technique. " Je n'ai jamais dit que j'étais parfait ", précisa-t-il à ce propos en préparant le déplacement à Anderlecht. C'est peut-être à la 11e minute de Braga-Standard que les Liégeois ont hypothéqué la suite de leur saison et même leurs chances de succès à Anderlecht. Sans son capitaine, Steven Defour, touché à la cheville (hors combat pour trois semaines), le Standard a encaissé sept buts en 169 minutes de jeu. C'est énorme et Bölöni mesurait mieux que personne qu'il y avait péril en la demeure à Anderlecht sans sa dynamo. " Tout le monde sait ce qu'il représente pour nous ", avançait-il. " Il apporte sa présence, sa force de travail, ses ouvertures et sa frappe à distance. Je crois que nous pouvons trouver des solutions dans le groupe et chacun devra reprendre une partie de sa production. " L'entraîneur du Standard se trompait : la ligne médiane du Standard ne peut pas se passer de son petit colonel. Impossible. L'effectif n'est pas assez riche et expérimenté pour remplacer Defour sans problème. Au Portugal, Benjamin Nicaise tenta vainement de prendre ce rôle à son compte. L'ancien Montois ne manque certes pas de bonne volonté mais joue souvent trop bas et ne peut pas colmater toutes les brèches. Sans Defour et Marouane Fellaini, il ne reste presque plus rien du c£ur de la ligne médiane de la saison passée. Les jeunes talents ont peut-être été surestimés, que ce soit Witsel (en panne de forme) ou surtout Mangala et ses 17 ans. Quand Dante a fait ses bagages pour Mönchenglabach, tous les regards se tournèrent vers ce médian comme si c'était la chose la plus naturelle du monde de planter sa tente au back gauche... C'était sans aucun doute une façon de minimiser l'apport de Dante. Or, ce n'était pas n'importe qui sur l'échiquier liégeois, que ce soit sur le flanc gauche ou au centre de la défense. Il avait parfois été hésitant sur les grandes scènes européennes mais le Standard avait besoin de sa frappe, de son talent et de sa personnalité. Mangala n'a pas encore assez de vécu pour se taper des matches aussi importants. Même si la presse lui tresse des louanges, tout va tellement vite pour lui, trop vite. Il doit encore apprendre les ficelles du métier. En perdition et souvent dépassé par les événements au Portugal, peu sûr dans son marquage et ses coulissements, il garda cependant sa place dans l'équipe de base à Anderlecht. N'était-ce pas une erreur de confier un rôle d'essuie-glaces à cet ado alors que Nicaise, même s'il n'est pas parfait, a bien plus de planches que lui ? Bölöni installa cette fois Landry Mulemo au back gauche, Mohamed Sarr (rétabli mais à court de compétition) à côté d' Oguchi Onyewu. Il fut rapidement évident que Witsel et Mangala ne tiendraient pas la baraque. Mangala a égaré pas mal de ballons, galopé comme un chien fou et commis la faute fatale, à l'entrée du rectangle, qui a permis à Boussoufa d'égaliser avant le repos : son coup franc était un bijou. " Ce fut un moment important du match ", concède Bölöni. " On ne reprend pas son souffle de la même façon à 0-1 ou après l'égalisation. De plus, nous avons mené des contres qui auraient pu nous permettre de doubler notre avance. " Le coach du Standard oublie de signaler que le Standard joua bien durant le premier quart d'heure avant de se replier trop profondément dans son camp, comme s'il était certain de remettre le couvert après le but d'ouverture de Wilfried Dalmat (8e minute de jeu) qui profita du langage de sourds de Davy Schollen et Roland Juhasz. Bölöni ne remplaça pas Mangala au repos et les événements lui donnèrent d'abord raison : 1-2, débordement et centre en retrait de Milan Jovanovic concrétisé par Dieumerci Mbokani. Le Standard se replia à niveau, ne joua plus, exposa trop ses points faibles (la ligne médiane) face à Boussoufa et aux autres techniciens mauves. Bölöni tarda trop à procéder à des changements : Boussoufa mit le grand braquet. La note fut salée : 2-2, 3-2, 4-2. A part l'attaque, aucun secteur liégeois n'a véritablement répondu à l'attente. La défense s'est retournée à sept reprises en quatre jours ( voir l'analyse tactique d'Etienne Delangre ci-après). " C'est un constat qui ne me fait évidemment pas plaisir ", avance Bölöni. " Mais notre effectif résoudra ce problème. J'aurais préféré vivre ce sommet à un autre moment. Quand on est largement battu en coupe d'Europe, comme à Braga, cela laisse des traces. Malgré la défaite du Clasico, le Standard a nettement mieux négocié ce rendez-vous que le match à Braga. Il y avait de la qualité dans notre jeu, cette fois. Notre attaque a été à la hauteur mais le groupe n'a pas su gérer et réagir quand Anderlecht a appuyé sur l'accélérateur. Je ne discute pas le succès de notre rival. Mené deux fois à la marque, il a trouvé les forces nécessaires pour redresser la barre et gagner. Mais je ne crois pas que le championnat puisse se jouer lors d'un Clasico. Nous avions remporté l'aller à Sclessin. Mais ce ne fut pas pour autant une grande rencontre. A l'époque, je n'avais tiré aucune leçon hâtive. Le football n'est pas une science exacte. En jouant aussi mal qu'à Braga, le Standard peut gagner n'importe quel match de championnat, que ce soit contre Tubize, Dender ou même Anderlecht. Moralement, les Bruxellois avaient acquis un certain avantage avant le Clasico. Cette fois, c'est à leur tour d'imposer leur loi après des tas de rebondissements. Un titre se joue ailleurs que dans les confrontations directes : mon collègue le sait tout aussi bien que moi. La ligne d'arrivée est encore éloignée. En préparant ce rendez-vous, je n'ai pas accordé d'importance aux conséquences du résultat. Il est plus agréable de gagner mais j'ai inscrit cette affiche dans une autre perspective. Une de nos ambitions est de permettre à nos jeunes de grandir... "Ce faux-pas n'ébranlera pas du tout la confiance que le Standard a investi dans la formation. C'est une crise de croissance... Un exemple : ennuyés par les blessures de Nicolas Frutos, les Bruxellois ont délié largement les cordons de la bourse pour acquérir Tom De Sutter en pleine saison au Cercle. Ce fut un tir réussi car l'avant apporte beaucoup à ses nouvelles couleurs et son tempo ne cesse de monter. Le Standard n'achètera jamais un De Sutter au prix fort. Ce n'est pas nécessairement une question de moyens financiers mais de politique sportive totalement différente et articulée autour de l'Académie Robert Louis-Dreyfus. De 1998 à 2005, Lucien D'Onofrio a tout essayé en vain pour mettre le train sur les rails. Il a acquis de bons joueurs de D1 ou des Diables Rouges et chercha à réaliser de bonnes affaires sur les marchés internationaux. Aucune de ces formules ne rencontra finalement le succès escompté. En fin de saison 2004-2005, un événement important, qu'on a peine à imaginer quatre ans plus tard, secoua les Rouches. Alors que le Standard avait bataillé pour le titre durant toute la saison, il baissa pied à Roulers avant d'être battu par Gand à Sclessin. Cette conclusion décevante déclencha la colère d'une partie des supporters qui avaient envahi le terrain. Le malheureux DominiqueD'Onofrio fut injustement bombardé de terre et de bière. C'est ce soir-là, au c£ur de la plus profonde des déceptions que Lucien D'Onofrio décida de changer de cap et d'accorder la priorité aux jeunes. C'était sa dernière solution. Il y eut encore des soubresauts avant que tout ne se mette en place. En quittant le stade Constant Vanden Stock, après une affiche qui tint ses promesses, surtout en deuxième mi-temps, Lucien D'Onofrio se sera certainement dit qu'il y a des défaites plus intéressantes que les succès qu'on enfourne à en perdre la saveur. C'est aussi pour cela que le Standard peut rebondir après avoir traversé deux solides tempêtes. par pierre bilic - photos :