Les méthodes de travail de Jürgen Klinsmann furent peut-être résumées de la meilleure manière par Bernd Schneider, le milieu de terrain du Bayer Leverkusen : " J'ai accompli des progrès énormes pendant ces six semaines avec Klinsmann. C'est impensable qu'à 32 ans j'aie pu encore progresser en matière de vitesse et de mobilité e puisse m'en rendre compte ".
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Les méthodes de travail de Jürgen Klinsmann furent peut-être résumées de la meilleure manière par Bernd Schneider, le milieu de terrain du Bayer Leverkusen : " J'ai accompli des progrès énormes pendant ces six semaines avec Klinsmann. C'est impensable qu'à 32 ans j'aie pu encore progresser en matière de vitesse et de mobilité e puisse m'en rendre compte ". Les confessions de Schneider sont une attaque en règle contre le travail mené par les entraîneurs en Bundesliga. Une conclusion que Klinsmann lui-même avait déjà tirée, s'étonnant que certains joueurs brillant en Coupe du Monde soient sur le banc dans leur club. Il affirma aussi qu'il y avait un fossé entre le niveau des clubs allemands et le top de la Ligue des Champions... Il a prôné sa philosophie de jeu rapide et audacieux où l'on cherche constamment à aller de l'avant. Seul un club allemand pratique la même méthode selon le grand blond : le Werder Brême. Logique que les trois joueurs issus de ce club qu'il a sélectionnés en équipe nationale se sont intégrés sans aucun problème : Miroslav Klose, Tim Borowski et Torsten Frings, la fourmi du milieu de terrain encore réserviste au Bayern en 2004-2005 et dont le rôle de pare-chocs aura cruellement manqué face à l'Italie. Klinsmann réfléchit. L'ancien attaché de presse de la fédération allemande, Rainer Holzschuh, se rappelle que Klinsmann joueur était très curieux dans le bon sens : " Quand j'allais envoyer un communiqué, il venait à mes côtés pour voir comment je le rédigeais ". En s'inspirant de la culture sportive américaine, Klinsmann a aussi développé sa vision du football et n'a jamais compris que certains lui reprochent son manque d'expérience lorsqu'il débuta sa carrière d'entraîneur. " Le fait d'avoir une philosophie n'a rien à voir avec l'expérience ", disait-il. Son premier axe de travail fut de mettre l'accent sur une individualisation de l'approche. Il engagea l'entraîneur de fitness américain Mark Verstegen (qui a notamment travaillé avec le basketteur Kobe Bryant, des Lakers et est un gourou dans son pays), a installé des ordinateurs le long des terrains d'entraînement et a demandé aux joueurs de porter des capteurs afin d'analyser leur condition physique. Conséquence : les Allemands ont beaucoup couru sans aucune blessure musculaire. Ensuite, Klinsmann appela Hans-Dieter Hermann, un psychologue réputé qui avait travaillé pour l'équipe nationale de hockey et suivi les meilleurs skieurs autrichiens. Les critiques fusèrent mais Hermann a apporté au groupe des nouvelles techniques de concentration pour " que les joueurs puissent développer leurs qualités au moment opportun. Comme disait Antoine de Saint-Exupéry : -Si vous voulez faire construire un bateau, il faut faire en sorte qu'il ait la nostalgie de la mer ". Klinsmann a eu du mal à imposer ses nouvelles méthodes dans une Allemagne où les modes de pensée conservateurs sont encore bien ancrés. Naturellement, les résultats lui donnent raison et renforcent sa position. Mieux même : ses mots ont presque acquis un caractère sacré en cours de tournoi. Et l'élimination en demi-finales n'y a pas changé grand-chose. Klinsmann a su montrer le chemin à emprunter. Par exemple, après le match d'ouverture contre le Costa Rica, lorsque tout le monde se demandait s'il était bien intelligent de défendre à quatre après avoir encaissé deux buts. Ou alors si aligner des défenseurs aussi faibles que Per Mertezacker et Christoph Metzelder n'était pas suicidaire. Suite à quoi Klinsmann a fait travailler le duo défensif à l'entraînement. Il leur a parlé de la façon dont ils devaient sortir de leur défense et la manière de couvrir leurs partenaires. Il fit aussi glisser Michael Ballack dans un rôle plus défensif au milieu. Résultat : les deux défenseurs se reprirent de fort belle manière, ne commettant presque plus d'erreurs. Plus fort : après les quarts de finale, la FIFA publia les noms des défenseurs ayant remporté le plus de duels et Mertezacker (83,3 %) et Metzelder (74 %) se trouvaient aux deux premières positions. A la question de savoir ce qui l'avait le plus surpris lors du Mondial, Klinsmann a répondu le peu d'occasions laissées aux adversaires de l'Allemagne. En résumé, le message de Klinsmann au football allemand est simple : il faut travailler différemment, les méthodes doivent être à la fois plus individuelles et plus collectives et surtout plus scientifiques. Il reste maintenant à voir comment la fédération allemande et les clubs vont insuffler ces principes au sein de leurs structures. Le président de la fédération Theo Zwanziger a d'ores et déjà adopté le discours de son entraîneur principal. Il clame que la philosophie de Klinsmann est la seule voie à suivre à l'avenir. Mais pour l'instant, aucun autre écho n'est venu confirmer ces propos. Même pas chez les dirigeants du Bayern Munich qui avaient lancé une attaque frontale contre Klinsmann avant la Coupe du Monde parce qu'il avait osé privilégier Jens Lehmann dans les buts plutôt que leur Oliver Kahn. Depuis le début du tournoi, les Bavarois sont devenus silencieux... Il sera donc difficile de se replonger dans la réalité quotidienne de la Bundesliga et surtout il sera plus ardu de faire passer des clichés allemands comme les qualités de discipline et d'engagement alors que derrière tout cela se cache un manque d'idées et de créativité. Aujourd'hui, les dirigeants et les entraîneurs doivent avoir des idées nouvelles et modernes. Et peut-être certains avoueront qu'ils se sont trompés lourdement. Par exemple les critiques qui avaient préparé un rapport très dur à l'encontre de Klinsmann lorsqu'il avait dévoilé les 23 noms de sa sélection : trop jeunes, trop inexpérimentés et un manque criant de leaders, avait-on entendu alors. Cela ressemblait à une accusation prématurée pour un entraîneur qui n'avait pas encore eu l'occasion de faire ses preuves. Au lendemain des illusions perdues face à l'Italie, l'Allemagne avait encore les larmes aux yeux après trois semaines et demi d'euphorie. Mais c'est toute une nation qui suppliait Klinsmann d'une chose : continuer son travail. JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE