Ce lundi soir, vu que ça devient un tic, j'ai donc allumé La Deux peu avant 20 h 10 : pour savoir ce que Stéphane Pauwels, le Michaël Youn de nos débats de foot, allait cette fois inventer de dérangeant ou de pseudo dérangeant... Gros distrait que j'étais : il n'y avait pas Studio 1 car le championnat avait fait relâche le week-end, pour cause de Kazakhstan- Belgique tout à l'heure ! Mais je suis resté sur La Deux qui, maligne comme pas deux, avait quand même programmé 90' de foot pour les benêts/zappeurs dans mon genre. Et j'ai gagné au change : Maradona, un gamin en or était un fantastique documentaire, tourné l'an dernier par Jean-Christophe Rosé ! Rosé est une star de ce genre mésestimé qu'est le docu sportif intelligent : ...

Ce lundi soir, vu que ça devient un tic, j'ai donc allumé La Deux peu avant 20 h 10 : pour savoir ce que Stéphane Pauwels, le Michaël Youn de nos débats de foot, allait cette fois inventer de dérangeant ou de pseudo dérangeant... Gros distrait que j'étais : il n'y avait pas Studio 1 car le championnat avait fait relâche le week-end, pour cause de Kazakhstan- Belgique tout à l'heure ! Mais je suis resté sur La Deux qui, maligne comme pas deux, avait quand même programmé 90' de foot pour les benêts/zappeurs dans mon genre. Et j'ai gagné au change : Maradona, un gamin en or était un fantastique documentaire, tourné l'an dernier par Jean-Christophe Rosé ! Rosé est une star de ce genre mésestimé qu'est le docu sportif intelligent : Fausto Coppi, une histoire d'Italie, Les rois du ring, Pelé et Garrincha, dieux du Brésil, Onze footballeurs en or (l'épopée des Hongrois de 1954), et peut-être par-dessus tout L'odyssée du coureur de fond sont des films que vous devez croiser si votre âme aime le sport... En 1995, Maradona, ange ou démon ? de Ken Sicklen, fut déjà un fort bon film, recadrant adroitement l'ascension du Pibe de oro dans l'histoire politique et sociale argentine. Mais aujourd'hui, pour le grand bonheur des Maradoniens, plus Diego gonfle, plus gonfle chez les cinéastes l'envie de se frotter au mythe. Ainsi, dans la foulée de Rosé, l'Italien Marco Risi (fils de Dino pour les intimes) vient de commettre La mano de Dios, qui raconte la vie de Maradona... avec un acteur ( Marco Leonardi) dans le rôle ! Par ailleurs, l'immense réalisateur serbe Emir Kusturica annonce pour l'an prochain la sortie de son documentaire à lui sur la star : la musique sera de Manu Chao, qui chanta jadis Santa Maradona avec la Mano Negra ! Sans oublier le récent road-movie El camino de San Diego de Carlos Sorin (le cousin de Juan Pablo le footballeur) : l'histoire adorable d'un jeune bûcheron quittant sa femme pour pèleriner vers un Maradona convalescent, et lui offrir une racine amoureusement sculptée... Pour ceux qui l'ignorent, il y a aussi l'Eglise Maradonienne née en 1998, (c'est pas une blague), aujourd'hui 80.000 fidèles de Diez (jeu de mots entre dieu et dix) dans 600 villes du monde entier : on y prie (au point que ladite église a ramassé une carte jaune du Vatican himself), il y en a même qui s'y marient ! Bref, le culte maradonien grandit, et le film de Rosé fait bien sentir pourquoi. En 1986, le but de la main face aux Anglais fut la Main de Dieu pour tout un peuple : le Dieu des pauvres concédait le geste tricheur, pour bénir une victoire juste qui pansait les blessures des Malouines. Ensuite et via ses excès mêmes (fréquentations mafieuses, coke, sexe, dépenses tapageuses, boulimie...), le gamin du peuple est toujours resté gamin du peuple. A l'exact opposé d'un Pelétoujours propre sur lui, recyclé fastoche VIP, au point d'avoir même joué à " ministre brésilien des Sports "... Pelé, Maradona : sud-américains, mythiques, n°10, buteurs, 1,70 m environ. A part ça, rien de commun. Pelé était un droitier avec un fameux pied gauche et un jeu de tête, Maradona n'avait qu'un pied gauche... mais infiniment plus magique et virevoltant que le droit de Pelé ! Pelé faisait ses trucs magiques à l'époque où le jeu était lent et les tackles assassins aussi ; Maradona fut magique à toute vapeur, malgré des tackles assassins à toute vapeur aussi. Edson Arantès n'a jamais joué en Europe, et les traces télévisuelles qu'il nous a laissées sont forcément moins nombreuses et éclairantes que celles laissées par Diego Armando. L'un s'est embourgeoisé après sa carrière active, il est devenu lisse ; l'autre n'a pas su ou pas voulu s'embourgeoiser, il est resté rebelle... A 46 ans, Maradona a doublé de volume et fait peine à voir... alors qu'à 66 ans, Pelé épate la galerie en ayant su garder son volume d'origine. Est-ce pour étaler cette différence que, récemment, Pelé a suggéré à Maradona de rechausser tous deux les crampons dans le cadre d'un match Boca Juniors-Santos ? " Je suis bien physiquement, reste à voir comment lui il va ", aurait plaisanté Pelé. C'est vraiment con. Si le match avait lieu, si Diego s'aventurait à l'accepter et s'il tombait raide mort d'une attaque (cardiaque) en tentant une attaque (pied gauche), Pelé qui se la pète serait ni plus ni moins responsable du décès de Maradona. Ce serait impardonnable, tout Edson Arantès do Nascimento soit-il. par bernard jeunejean